mercredi, 01 juin 2016 18:31

Fin du monopole de SONIDEP : la mémoire de Kountché trahie!

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Seyni Kountche PRLe Gouvernement vient de prendre une décision des plus inconséquentes, et certainement la plus mauvaise depuis l’avènement de la 7e République, si l’on fait abstraction du passage du nombre de députés de 113 à 171. En effet, en brisant le monopole de la SONIDEP en matière de distribution de produits pétroliers, il met ainsi fin à une politique hardie de sécurité d’approvisionnement du pays en hydrocarbures, péniblement mise en oeuvre par SeyniKountché, mais complètement occultée par la gestion patrimoniale de cette société depuis la Conférence Nationale Souveraine. Aussi, me semble-t-il nécessaire de rappeler à ceux qui nous gouvernent aujourd’hui qui sont pour la plupart contemporains de l’ère Kountché et aux plus jeunes nigériens, le contexte de la création de la SONIDEP.

L’approvisionnement du Niger était assuré par les sociétés multinationales opérant au Niger à savoir TOTAL, SHELL et B.P. Les seules capacités de stockage dont ils disposaient se limitaient à quelques cuves de très faibles capacités qui sont encore, je crois, visibles, entre NIGERGAZ et la station TOTAL sur la route de l’aéroport. En nationaliste hors pair, Kountché a vite compris que cette situation est gravissime et qu’il est irresponsable de s’y accommoder : Comment dormir sans cauchemar lorsqu’on est à la tête d’un pays aussi vaste et enclavé comme le Niger dont l’approvisionnement en produits aussi stratégiques que les hydrocarbures dépend exclusivement des humeurs de gestions de sociétés étrangères ?

Ainsi, malgré une farouche opposition de ces sociétés, Kountché a fait de l’approvisionnement de son pays en hydrocarbures une question de souveraineté nationale et a créé la SONIDEP pour l’assumer. Sa mission découle tout naturellement du contexte de sa création : assurer un approvisionnement régulier de tout le Niger en hydrocarbures, tout en détenant un stock de sécurité couvrant au moins trois mois de consommation du pays.

En outre, elle devrait répondre au sentiment de justice sociale quasi-obsessionnel chez lui, en vendant ces produits aux mêmes prix partout au Niger. Nous sommes tellement habituer à acheterle litre d’essence au même prix dans toutes les stations, à Niamey comme à Arlit ou à Ayorou et N’guigmi, que cela nous parait comme allant de soi, banal et même naturel.Demandez à un résident de Fada-Ngourma le prix auquel il paye le litre par rapport à Ouagadougou, la capitale située à moins de 300km, et vous comprendrez aisément les avantages que tirent les résidant d’Arlit ou de Diffa de la péréquation du prix de l’essence au Niger !

A l’oeuvre, et vu l’ampleur de la tache, les sociétés TOTAL, SHELL et B.P ont vite compris qu’elles n’étaient pas qualifiées pour cela. En effet, il fallait investir d’abord des milliards pour réaliser les infrastructures de stockage et ensuite geler d’autres milliards dans la constitution des réserves d’hydrocarbures pour traduire cette nouvelle politique dans les faits. Les faits ce sont, en effet, les plateformes de cuves géantes et ce qu’elles renferment à Sorey, à Dosso, Maradi, Zinder, Diffa, Agadez et bientôt à Tahoua.

La charge financière de cette politique est donc énorme : coût du stockage (infrastructure de stockage et produits stockés) et coût de la péréquation de prix. Aucune société privée ne peut l’assumer !Et la SONIDEP qui en a la charge a besoin de marges financières conséquentes. Or la nouvelle politique lui demande de continuer à supporter les charges de stockage et de péréquation des prix des hydrocarbures et departager avec SORAZ l’activité qui semble rentable, sans qu’on sache véritablement la raison. Ou bien pense-t-on que l’existence de la SORAZ nous met définitivement à l’abri de toute rupture d’approvisionnement ? Qu’en bien même c’est le cas, qui supportera alors la charge de la péréquation ? A-t-on demandé à cette société d’en supporter la moitié comme il lui est autorisé de commercialiser la moitié de l’excédent de production exportable?

Cessons de rêver en pensant que la SORAZ, fruit de la coopération la plus dangereuse et ruineuse pour notre économie. On se rappelle de l’escroquerie qui a entaché son coût de réalisation qui est passé de 600 millions de dollars avec Tanja à 980 millions avec Issoufou après négociation du niveau arrêté à 1200 millions avec Salou. Quel crédit accordé à une coopération avec la CNPC qui, en plus, continue à vendre à SORAZ le pétrole brut à 65 dollars le baril, soit plus du double de son prix sur le marché international ? Non !C’est avec effroi que je pense au danger que représente l’opacité de la gestion de la SORAZ pour notre approvisionnement en hydrocarbures. Non ! Les chinois nous ont clairement donné la preuve que nous ne sommes pas en sécurité avec la SORAZ en arrêtant la production pour faire pression sur nos Autorités. L’adage dit « chat échaude craint l’eau froide », faisons donc tout pour sauver le monopole de la SONIIDEP qui doit toujours, par prudence, maintenir des relations avec des fournisseurs étrangers pour nous mettre à l’abri des caprices de nos partenaires chinois.

La société civile dans son ensemble, les associations de défense des consommateurs et les syndicats, est interpelée pour faire échec à la liquidation programmée de SONIDEP, et défendre notre souveraineté chèrement acquise en matière d’approvisionnement en hydrocarbure. Sans l’occulter, la gestion calamiteuse de cette société ne doit pas constituer un frein pour notre mobilisation. Mobilisons-nous, comme le font les français contre leur code du travail, pour sauver les nobles missions qui sont confiées à la SONIDEP : sécurité d’approvisionnement du pays en hydrocarbures et péréquation de leurs prix pour une certaine justice sociale.

Un citoyen lambda
1er juin 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le mercredi, 01 juin 2016 21:04

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