mercredi, 01 juin 2016 18:46

Lettre à mes compatriotes ... les voleurs de l’État se la coulent douce, investis dans certains cas de la mission de traquer les voleurs de l’État tandis que des citoyens et des sociétés qui n’ont pas grand-chose à verser dans la sébile sont...

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Lettre ouverte Mallami BoucarLettre à mes compatriotes ... les voleurs de l’État se la coulent douce, investis dans certains cas de la mission de traquer les voleurs de l’État tandis que des citoyens et des sociétés qui n’ont pas grand-chose à verser dans la sébile sont pris au collet et sommés de payer. Chers compatriotes, Vous avez certainement des échos sur l’état du pays. Si vous ne comprenez rien aux effets néfastes de ces émissions de bons de trésor et d’emprunts obligataires auxquels Mahamadou Issoufou fait abusivement recours pour sauver une situation qui empire pourtant de mois en mois, vous devez indiscutablement avoir remarqué une frénésie inhabituelle au sein des régies financières.

On dirait des ruches en pleine effervescence. En plus des coups de poing auxquels la police nationale se livre avec intransigeance, l’Inspection d’État, l’Inspection des finances et même, tenez-vous bien, la Halcia à qui on a pu enfin dégoter une occupation à plein temps, s’adonnent à une croisade contre, paraît-il, les mauvais payeurs et les fraudeurs. Une croisade qui fait sourire bien de monde, sachant que Mahamadou Issoufou se livre, encore une fois, à un numéro théâtral digne de Coluche ou si vous préférez, digne de Tchiwaké. Il sait où se trouve l’argent de l’État, usurpé dans maintes opérations frauduleuses dont il a parfaitement connaissance. Ne sait-il pas que l’année dernière, Gandou Zakara, le Secrétaire général du gouvernement, a illégalement annulé des milliards de pénalités que devaient payer, selon la Direction générale des Impôts (Dgi) certaines sociétés de téléphonie cellulaire dont le sport favori, depuis cinq, est de faire de l’argent sur le dos de l’État ? Ne connaîtil pas les rapports financiers de la Sonidep, plombée et probablement sur le point d’être enterrée ? Ignore-til tous ces milliards que des privilégiés doivent à la Sonidep et qui expliquent en partie la banqueroute de cette société, fleuron de l’économie nigérienne avant qu’elle ne tombe dans les mains de ce jeune homme qui ne répond que de lui ? À vrai dire, la prétendue croisade pour mobiliser les recettes internes fait plus que sourire. Elle fait carrément marrer, tant il est vrai que Mahamadou Issoufou cherche l’argent qu’il a passé du temps et du plaisir à dilapider. Ne l’a-t-on pas mis en garde contre cette gestion calamiteuse des ressources publiques ? En mobilisant l’inspection d’État, l’Inspection des finances et la Halcia, il veut donner une impression qui n’a rien à voir avec la réalité. En lieu et place de recettes mobilisées, il est en train de construire son propre monstre, c’est-à-dire une administration déçue et désabusée de constater que les voleurs de l’État se la coulent douce, investis dans certains cas de la mission de traquer les voleurs de l’État tandis que des citoyens et des sociétés qui n’ont pas grand-chose à verser dans la sébile sont pris au collet et sommés de payer. Sans broncher, illico et sans possibilité de procéder à des vérifications qui s’imposent. Car, rares sont les cas dans lesquels les super « gendarmes » investis de la lourde mission de mobiliser quelque chose qui n’existe pas, ont accepté d’accorder ce temps de vérification et de contradiction nécessaire.

 

Mes chers compatriotes, je l’ai dit la semaine dernière, je le répète cette semaine. Mahamadou Issoufou a ruiné le Niger. Les preuves sont là, indiscutables. D’abord dans les chantiers que nous savions désastreux pour le Niger mais que la propagande populiste de Mahamadou Issoufou a présenté comme de francs succès. Il en est ainsi de cette prétendue révolution agricole à travers un hypothétique 3N – un discours de séduction à l’endroit d’un Occident trop sensible aux discours et quelque fois hypocrite – alors que des millions de nos compatriotes ne doivent leur survie, depuis quatre ans, que grâce à la générosité et à la promptitude des organisations humanitaires. Il en est surtout ainsi de ce ridicule chemin de fer entrepris en dehors de toute étude de faisabilité, sur un coup de tête d’un chef d’État prêt à tout pour éblouir son peuple et la quête de profits d’un homme d’affaires sans scrupules. Ce chemin de fer qui ne respecte pas les standards internationaux actuellement admis - l’écartement métrique est d’un mètre au lieu de 1,435 m qui est conforme aux normes internationales va probablement valoir à notre pays des déboires judiciaires. J’ai déjà informé sur les aberrations de ce projet stupide qui n’a pris véritablement forme qu’au Niger, pays dans lequel les autorités se sont pliées à toutes les exigences de Bolloré, sans se soucier des avis motivés des techniciens nationaux, formellement contre les choix farfelus et désastreux du groupe Bolloré. Connaître le fond de cette autre scabreuse affaire dont Mahamadou Issoufou s’enorgueillit mais qui est en vérité une perte sèche pour le Niger me paraît important pour mes compatriotes. Aussi, ai-je décidé de consacrer l’essentiel de ma lettre à rappeler les grands faits de ce dossier où seul le Niger sortira perdant.

 

Premier acte : en novembre 2015, la société française Geftarail demande à la Cour internationale d’arbitrage l’arrêt des travaux lancés sur le tronçon Cotonou-Niamey de la boucle ferroviaire que construit le groupe Bolloré depuis 2014. Geftarail et sa filiale Africarail, fondées par l’expert français Michel Bosio avec l’appui de l’ancien Premier ministre Michel Rocard, indiquent avoir ratifié dès 1999 un protocole d’accord avec le Niger, le Bénin ainsi que le Burkina Faso et le Togo pour la conduite d’un projet ferroviaire similaire à celui mené par Bolloré. Selon la société française Geftarail, la procédure d’arbitrage ne concerne pas le groupe Bolloré mais seulement le Niger et le Bénin. Geftarail et Africarail demandent au tribunal arbitral d’ordonner à ces deux pays de stopper les travaux sur la ligne ferroviaire. Les plaignants exigent en outre une pénalité de 50 000 euros pour chaque jour de retard pris dans l’application de ces mesures ainsi que des dommages et intérêts dont le montant n’a pas été spécifié. À noter que le groupe Bolloré estime ne pas être concerné par ces contestations, rejetant vers les États la responsabilité “des droits antérieurs qu’ils auraient pu accorder à des tiers”, avait indiqué Vincent Bolloré au quotidien Le Monde en septembre.

 

Deuxième acte : toujours en novembre 2015, comme un malheur ne vient jamais seul, la justice béninoise arrête les travaux de Bolloré en ce qui concerne les rails Bénin-Niger. En effet, la Cour, statuant publiquement, contradictoirement, en référé civil, en appel et en dernier ressort : En la forme : Déclare recevable l’appel de la Société PETROLIN TRADING LIMITED, de la Société PIC NETWORK LIMITED et de la Société PIC INTERNATIONAL SA ; Au fond : Annule l’ordonnance N°013/14/3ème CH. Réf. Civ du 20 octobre 2014 rendue par la troisième chambre de référé civil du Tribunal de Première Instance de Cotonou en toutes ses dispositions ; évoquant et statuant à nouveau : se déclare compétente ; dit que les travaux entrepris par BOLLORE AFRICA LOGISTICS et les agissements de l’État béninois sont constitutifs de voie de fait ; ordonne la cessation par BOLLORE AFRICA LOGISTICS de tous travaux entrepris sur le site de l’OCBN à Cotonou, sous astreinte de cent millions (100.000.000) de francs CFA par jour de résistance ; ordonne tant à l’État béninois qu’à la société BOLLORE AFRICA LOGISTICS de s’abstenir de tous travaux sur les composantes du projet « Epine Dorsale » également sous astreinte de cent millions (100.000.000) de francs CFA par jour de résistance ; ordonne l’exécution provisoire sur minute, avant enregistrement de la présente décision nonobstant toutes voies de recours ; déboute l’État béninois et la Société BOLLORE AFRICA LOGISTICS de toutes leurs demandes, fins et conclusions ; condamne la société BOLLORE AFRICA LOGISTICS et l’État béninois aux dépens. Avec cet arrêt, le Groupe PETROLIN vient de se faire rétablir dans ses droits.

 

Il faut enfin rappeler que le groupe PETROLIN a gagné l’appel d’offre bi-étatique Bénin-Niger sur la concession ferroviaire relative à la réhabilitation, à la construction des voies de chemin de fer Cotonou-Dosso-Niamey et à la gestion du même réseau ferroviaire. La lettre de notification de l’adjudication de la concession à Pétrolin signée par les deux Etats le 22 juillet 2010 a permis à Petrolin de continuer son soutien apporté au réseau ferroviaire Bénin-Niger en attendant la finalisation de la Convention particulière ferroviaire. Cette convention ne sera jamais signée. Réunis à Cotonou le 12 Novembre 2013, les Chefs d’État du Niger et du Bénin en dépit des règles de droit ont décidé de créer une multinationale avec le Groupe Bolloré comme partenaire stratégique. Une manière de dépouiller Samuel Dossou de son projet.

 

Troisième acte en mai 2016, on apprend de Jeune Afrique que pour le Niger, africarail est le concessionnaire du projet. C’est un coup de tonnerre au Benin car Boni Yayi, le président béninois sortant, Lionel zinsou et Bolloré sont ainsi désavoués par le Niger dans le dossier boucle ferroviaire. En effet, dans une déclaration commune, le Niger et Africarail mettent un terme à leurs différends juridiques. Niamey reconnaît les droits de la société de Michel Bosio sur les axes allant de Ouidah (Bénin) à Kaya (Burkina) et de Blitta (Togo) à Ouagadougou. Les malheurs s’accumulent sur le groupe Bolloré dont les travaux sur le chemin de fer reliant Cotonou, la capitale béninoise, à Niamey, la capitale du Niger, sont bloqués depuis la décision du 19 novembre de la Cour d’appel de Cotonou.

 

Selon une information révélée par La Lettre du Continent, et confirmée à Jeune Afrique par plusieurs parties, le Niger et Africarail ont adopté dans le cadre de discussions qui se sont tenues les 24 et 25 mai [2016] une déclaration commune stipulant que « l’État du Niger réaffirme qu’Africarail est toujours concessionnaire du droit de construire et d’exploiter les ouvrages d’art et les infrastructures ferroviaires sur l’axe Kaya (Burkina Faso) – Niamey (Niger) – Parakou (Bénin), Anoho (Togo) – Ouidah (Bénin) ainsi que sur l’axe Blitta (Togo) – Ouagadougou (Burkina Faso) constituant la grande boucle ferroviaire de l’Afrique de l’Ouest, conformément au protocole du 15 janvier 1999 et au protocole additionnel du 31 août 2000. » Une véritable mine qui saute avec Vincent Bolloré.

 

Dès la signature des conventions intervenue quinze mois après les premiers coups de pioche, portés en avril 2014 par Bolloré sans autorisation juridique, Michel Rocard, ancien premier ministre français et proche de Michel Bosio (président d’Africarail), s’était quelques semaines plus tard exprimé publiquement contre cette décision, estimant détenir des droits sur ce projet de boucle. C’était dans une interview au quotidien Le Monde. En novembre, Africarail entamait une procédure d’arbitrage contre le Bénin et le Niger auprès de la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale à Paris, demandant l’arrêt des travaux.

 

Selon toujours Jeune Afrique, il existe une possibilité d’entente, notamment à travers des discussions communes entre toutes les parties. Seulement, indique le groupe de presse de Ben Yamed, il existe plusieurs points de blocage dont un, au moins, rend difficile toute conciliation. C’est que les travaux de construction déjà réalisés par le groupe Bolloré au Niger ont été faits sur la base d’un chemin de fer à écartement métrique (sur le même modèle que les parties déjà existantes), solution que rejette Africarail (car non adaptée selon lui aux transports actuels). D’après le document consulté par Jeune Afrique, le Niger s’est engagé à présenter au Bénin les résultats des réunions qui se sont tenues à Paris les 24 et 25 mai (dans les locaux du cabinet Betto Seraglini, conseil d’Africarail).

 

Voici, rassemblé, chers compatriotes, l’essentiel de l’information disparate sur cette épineuse question qui est loin d’être résolue. Je vous laisse le soin de tirer les conclusions qui s’imposent. Pour ma part, je voudrais juste préciser que le groupe Bolloré a travaillé en dehors de tout contrôle d’un bureau d’étude aux fins d’un suivi technique nécessaire permettant d’estimer financièrement les dépenses engagées par ledit groupe. Aujourd’hui débouté, d’une part, par la justice béninoise, d’autre part, par le Niger – autant dire Mahamadou Issoufou – qui l’a précipité dans cette aventure, le groupe Bolloré va probablement traîner notre pays devant les tribunaux.

Mallami Boucar 

1er juin 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le mercredi, 01 juin 2016 21:08

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