lundi, 06 juin 2016 05:58

Billet : Ali Soumana, le fondateur du journal « Le Courrier » et Moussa Dodo, le directeur de publication dudit journal détenus en garde à vue dans les locaux de la Police judiciaire

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Journal Courrier Ali SoumanaAmères vérités Ali Soumana, le fondateur du journal « Le Courrier » et Moussa Dodo, le directeur de publication dudit journal sont, depuis le samedi 4 juin 2016, détenus en garde à vue dans les locaux de la Police judiciaire. Les services d’un certain Jet Lee s’emploieraient à leur tirer le ver du nez : révéler la source des listes qu’ils publient et qui compromettent Malika Issoufou Mahamadou, l’épouse de celui qui dirige le Niger depuis le holdup électoral du 20 mars 2016, Kadidiatou Ly, la présidente de la Cour constitutionnelle, Seyni Garba, le chef d’Etat-major général des armées, Pierre Foumakoye Gado, le ministre du Pétrole et tant d’autres.

Leur reprocherait- on d’avoir osé révéler que Malika Issoufou a parrainé des candidats lors de ce concours ? Ou bien d’avoir révélé au grand jour le vrai visage de la présidente de la Cour constitutionnelle ? Leur misère ne viendrait-elle pas plutôt du courage dont ils font preuve en dénonçant le système de deux poids deux mesures qui prévaut dans la conduite des dossiers judiciaires ? Moussa Dodo et Ali Soumana ont été convoqués et retenus à l’issue de trois numéros successifs dans lesquels ont été dénoncés les commanditaires des listes frauduleuses au concours de la Fonction publique au titre des agents de santé. L’injustice et le parti pris , lorsqu’ils atteignent un certain seuil, sont toujours générateurs de manifestations populaires des plus redoutables. Les Nigériens sont de plus en plus énervés face à cette police et cette justice qui n’existent que pour une catégorie de citoyens. C’est un fait justifiable et justifié.

 

En 2013, c’est un journal de la place qui a révélé, sans aucune preuve tangible, l’affaire qui a conduit le président de l’Assemblée nationale, Hama Amadou, d’abord en exil forcé, puis finalement en prison. Jet Lee, le même commissaire de police qui dirige la police judiciaire était pourtant au même poste. Il n’a jamais inquiété le promoteur du journal en question. Au contraire, il a mis de l’eau à leur moulin. Chaïbou Samna, l’actuel procureur de la République était également là puisqu’il était procureur adjoint et à ce titre – déjà – il était envoyé au charbon. C’est essentiellement lui qui a été l’icône principale de ce dossier. Il est là, aujourd’hui, à ce poste de procureur de la République, avec la plénitude des pouvoirs que lui confère la loi. Alors ! Quel mal y a-t-il à faire remarquer que, bien que logés à la même enseigne, les uns sont célébrés tandis que les autres sont voués aux gémonies, enquiquinés par une police et une justice qu’on ne peut pas ne pas accuser de parti pris notoire. Quel mal y at- il à dire que le procureur Samna a le dos au mur, contraint de traiter de façon équitable et égalitaire tous les citoyens impliqués dans ce scandale ou faire la preuve ultime qu’Il est là où il se trouve pour d’autres missions insolites ? Quel mal y a-til à dire que Madame Abdoulaye Diori née Kadidiatou Ly n’est plus digne d’être à la tête de la plus haute juridiction du pays ? Où est le pêché à constater que le Niger est pourri et qu’il est aisé d’établir les relations de parenté entre les mis en cause et les candidats parrainés ? Safi Idrissa Kane n’est-elle pas la nièce directe de la présidente de la Cour constitutionnelle ? Niandou Adamou Foumakoye est-il un parfait étranger pour Pierre Foumakoye Gado ? Balira Mamane Abdou n’est-telle pas le rejeton de ce syndicaliste tapi à la présidence de la République et qui dit être de Lokoko ? Bref, qu’on nous arrête cette diversion pour s’atteler aux questions qui urgent : l’interpellation puis le jugement, dans les plus brefs délais, de tous les commanditaires. Si la justice rechigne à le faire ou traîne les pieds dans une simulation de procédure d’instruction à n’en plus finir, elle ne peut empêcher aux victimes de cette justice à double vitesse ainsi qu’à de tous les citoyens assoiffés de justice, de crier à l’injustice. Oui, à l’injustice qui est toujours source de contestations, voire de révolte. Ali Soumana et Moussa Dodo sont des journalistes professionnels qui savent qu’ils empêchent de tourner en rond et qu’il n’y a pas grand-chose à espérer du point de vue du respect des lois. Pour autant, ils ne vont pas courber l’échine même si par ailleurs instruction a été donnée quelque part de leur interdire toute visite extérieure. Le journalisme, c’est leur métier, leur moyen de contribution à la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit. Pas tel que l’entendent Mahamadou Issoufou et ses hommes-liges, mais tel que le dictent la Constitution et les autres lois du Niger. Chercher à les intimider est un jeu puéril qui est symptomatique d’un pouvoir en proie au vertigo, incapable de discernement pour comprendre que l’injustice fleurit mais ne donne pas de fruits. Ali Soumana et Moussa Dodo ne s’appellent pas visiblement Moussa Aksar et tout le monde l’a compris. Ils ne travaillent pas non plus pour anéantir un adversaire politique et ça, aussi, tout le monde l’a compris. Qu’on les interpelle et même qu’on les fasse juger pour les incarcérer ne surprendrait personne, au Niger. Soumana Sanda, Issoufou Issaka, Mamane Issa, Oumarou Moumouni Dogari et bien d’autres sont toujours en prison, n’est-ce pas ? Ne soyez même pas surpris que des morts soient déterrés pour être interrogés sur des faits postérieurs à leur décès. Ainsi va la « renaissance » !

 

Mahamadou Issoufou était du côté de Dakar, la capitale sénégalaise, lorsqu’il y a eu le carnage de Bosso. Officiellement, ce sont 30 militaires nigériens qui ont trouvé la mort dans cette mission de l’Etat. 67 autres seraient blessés et nous ignorons, aujourd’hui encore, l’état de ces blessés. Pour moins que ça, tout chef d’Etat qui se soucie du bien-être de son peuple, se serait précipité chez lui. Les exemples sont légion où des chefs d’Etat ont illico presto interrompu leurs missions – nettement plus importantes que celle qui a conduit Mahamadou Issoufou à Dakar et l’objectif était d’obtenir la présidence de la Commission de l’Uemoa pour …Brigi Rafini (?), s’est contenté d’un vulgaire communiqué de son gouvernement pour regretter ce qui s’est passé à Bosso et présenter ses condoléances aux familles des disparus. Autant en emporte le vent, n’est-ce pas ? Par delà ce comportement déplorable de Mahamadou Issoufou, il faut bien s’interroger sur certains aspects de l’affaire. Comment, en effet, comprendre que Bosso, un poste militaire vieux de plus de quatre décennies, ait fait l’objet de trois attaques, pratiquement en dix jours ? L’armée nigérienne est-elle véritablement si bien équipée que le prétendent Mahamadou Issoufou, Hassoumi Massoudou et Bazoum Mohamed ?. C’est sur la base de ce constat amer que Moussa Kaka, correspondant de Rfi au Niger, de retour de ces zones dévastées par Boko Haram, a cru devoir demander à Mahamadou Issoufou s’il serait disposé à affecter aux forces militaires sur le front de guerre l’équipement militaire moderne et surabondant qu’il garde à la présidence de la République pour sa propre protection. Mahamadou Issoufou a esquivé la question mais c’était déjà une réponse. Une belle réponse qui portait en elle les germes du drame qui s’est déroulé dans la nuit du vendredi 3 au samedi 4 juin 2016 à Bosso. Et jusqu’au dimanche 5 juin, selon Rfi, le gouvernement ne s’est pas manifesté aux côtés des populations de Bosso, des populations meurtries, désemparées et traumatisées. Que peut-on espérer d’autre d’une telle gouvernance que la persécution de ceux qui luttent au quotidien pour un autre Niger : un Niger de paix, de justice et de démocratie. C’est ce Niger-là qui pourra émerger, pas celui anachronique et décadent qu’on veut nous imposer. Ali Soumana et Moussa Dodo sont les icônes de ce Niger gagnant. Qu’ils trouvent, ici, tous nos encouragements et nos soutiens dans ces épreuves injustes qu’on leur impose.

06 juin 2016
Source : Canard Déchaîné

Dernière modification le lundi, 06 juin 2016 13:24

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