mercredi, 15 juin 2016 09:08

Lettre à mes compatriotes : Tout va mal et il faut craindre le pire pour notre pays, étranglé par une gestion chaotique

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Lettre ouverte Mallami BoucarVous le savez pratiquement, tous : l’État du Niger est empêtré dans de grosses difficultés financières. Le gouvernement issu du hold-up électoral du 20 mars 2016 vient d’opérer de grosses coupes sur les secteurs sociaux de base mais cela ne suffira pas à camoufler les effets de dérives sur lesquelles Mahamadou Issoufou a été avisé. Très tôt, il faut le dire. Tout va mal et il faut craindre le pire, si jamais nous n’y sommes déjà. L’État peine à payer les salaires, traîne déjà des mois d’arriérés de pécules aux contractuels de l’enseignement ; des milliers de personnes sont en errance dans l’Est du pays, en proie à la faim, à la soif et aux intempéries ; l’énergie électrique fait défaut et on nous demande de ne pas espérer y voir la fin pour bientôt ; des centaines, (peut-être des milliers ?) de jeunes ont été recrutés à la Fonction publique mais toujours sans postes budgétaires car l’État n’a rien à leur donner ; le Trésor public, asséché, serait incapable de débloquer 100 millions et des centaines de prestataires divers croisent les doigts,

dans l’impossibilité de se faire payer ; 2,1 millions de personnes sont en insécurité alimentaire ; les régions de Maradi, Zinder et Tahoua sont les plus touchées par la malnutrition aiguë ; 4,4 millions de personnes, soit 25,8% de la population, sont à risque, c’est-à-dire en sécurité alimentaire fragile ; que sur les 63 départements que compte le pays, 34 sont sous pression et 4 en phase de crise dans les régions de Diffa (Bosso, Diffa et Nguigmi) et de Dosso (Loga) ; que pour la période de juin à août, 2 départements risquent d’être sous pression et 6 en crise, notamment dans les régions de Dosso (Falmèye, Loga), de Tillabéry (Banibangou,Ouallam) et Diffa (Bosso et Nguigmi) ; qu’il faut 212 millions de dollars, soit plus de 60% des fonds recherchés à travers le plan de réponse humanitaire, pour assurer la sécurité alimentaire et qu’à ce jour, selon les informations recueillies par le système de suivi financier géré par OCHA, seuls 6,4 millions de dollars sont mobilisés, soit environ 5% du financement requis ; que si les financements ne sont reçus rapidement, il est à craindre que la situation des personnes affectées par l’insécurité alimentaire et des communautés à risque ne s’aggrave. Le Niger, en un mot, est à la croisée des chemins, victime d’une gouvernance anarchique qui frise bien plus que de l’amateurisme. Mahamadou Issoufou court aujourd’hui aux quatre vents, à la recherche effrénée de ressources financières qui le tireront de l’abîme dans lequel il ne serait jamais tombé s’il avait écouté les conseils avisés de ceux qui en ont la science et l’expérience. Aujourd’hui, les carottes sont cuites. L’État est incapable d’assumer ses charges de souveraineté. Et lorsqu’on sait que nous sommes en juin, loin des trois derniers mois de l’année qui sont traditionnellement difficiles en matière de mobilisation de recettes internes, il y a de quoi s’inquiéter au plus haut point.

Mes chers compatriotes, au regard de la situation catastrophique dans laquelle Mahamadou Issoufou a plongé le Niger, il m’a paru hautement indiqué de rappeler à votre bon souvenir les propos presque «prophétiques» de Hama Amadou à propos du « kamékamé » de l’homme fort du 20 mars 2016. Voici, sans autre commentaire, quelques extraits d’un discours dont plus personne ne s’aviserait de contester la pertinence, y compris ceux qui, au lieu d’en tirer des leçons utiles, avaient plutôt entrepris, dans un populisme de mauvais aloi, de discréditer le président de l’Assemblée nationale de l’époque :

« L’examen du projet de budget a aussi mis en exergue le rythme effrayant et incontrôlé de l’augmentation de la masse salariale. De 57 milliards en 2007, elle dépasse largement, sur les deux rubriques qui la concernent, les 200 milliards en 2012. Si l’on s’amuse à rapprocher ce chiffre aux 550 milliards de ressources internes cash effectivement mobilisés en ces années de vaches maigres, l’on est obligé de prendre conscience de la démesure de certaines revendications et du danger réel que courent les agents de l’État à renouer avec les arriérés de salaires ».

« Car, il ne faut pas s’y tromper, l’État a beau mobiliser 6 000 milliards de financement extérieur, ceux-ci ne participeront pour quelque raison que ce soit, au payement des salaires. Car, ces ressources sont presque toujours affectées au financement des investissements ciblés dans une convention. Il est vrai, elles peuvent parfois appuyer le fonctionnement des administrations chargées des secteurs sociaux de base. Toutefois, elles ne contribuent jamais à financer des dépenses de personnel ».

« Il y a donc lieu de s’arrêter et de réfléchir sur le rythme de ces revendications salariales qui se succèdent et ne finissent pas. Elles aboutiront cependant, si elles doivent perdurer, à des conséquences désastreuses, presque certaines pour les fonctionnaires dans un avenir plus proche que l’on ne l’entrevoit ».

« C’est donc un budget qui permet de prendre conscience de cette cruelle vérité, que la volonté politique ne saurait transformer à elle-seule la situation d’un pays. Il faut que le peuple se mobilise et crée la richesse. Car, si les besoins du peuple sont immenses, les moyens du Niger, eux, sont modestes. Pour nous, députés, nous ne pouvons qu’en ressentir de l’impuissance, de la peine et de la frustration. Mais nous en tirons aussi une leçon : il faut que les Nigériens se mobilisent et travaillent davantage et qu’ils se disciplinent ».

« Cette discipline est indispensable parce que c’est elle qui nous dictera la modération. Modération en tout, qu’il s’agisse des revendications ou du débat politique. Modération qui nous évitera de proférer des exigences surréalistes, surtout dans un contexte économique encore peu vigoureux. Discipline librement consentie, bien entendu, d’autant que nous vivons dans une période où l’Administration, malheureusement, travaille peu et mal, jusqu’à se révéler incapable d’élaborer et de mettre en oeuvre le programme du gouvernement qui, par les investissements massifs qu’il envisage, aurait permis d’insuffler aux activités économiques un regain de dynamisme dont les effets bénéfiques auraient déjà profité à tous, et auraient contribué à créer davantage de richesse dans notre pays ».

« Car, sans création de richesses nouvelles, je le disais tantôt, il sera bien difficile pour le budget de l’Etat de consentir par exemple des augmentations régulières de salaires afin de maintenir le pouvoir d’achat au rythme de la folle spéculation sur les prix à laquelle se livrent, de manière quasi délirante, les opérateurs économiques nigériens. Créer la richesse et mieux diffuser la croissance économique nécessitent cependant que notre pays renoue avec le culte du travail. Parce qu’en effet, la richesse, ne nous leurrons pas, ne saurait provenir uniquement de l’exploitation exclusive des ressources minières et pétrolières du pays, par des entreprises étrangères. Et même si cela était, le peuple nigérien ne ressentira de manière effective les retombées positives de l’exploitation de ces ressources que d’ici à plusieurs années. Nous devons, donc, cesser de rêver éveillés. Car, croire que le Niger est devenu déjà un pays pétrolier est une grave erreur ».

« Comme du reste, croire que la mise en exploitation de la mine d’uranium d’Imouraren sur laquelle se cristallisent nos espérances en des recettes accrues pour le budget de l’Etat, est pour bientôt. Au contraire, tout semble indiquer que celle-ci ne pourrait intervenir, au plus tôt, et peut-être avec beaucoup de pression, que vers 2015 ».

« Notre rôle, j’en suis persuadé, est de diriger l’esprit de ce peuple vers le Vrai, d’éveiller son coeur à la fierté et de conduire sa volonté vers l’effort afin qu’au bout de notre action, le Niger devienne une Nation d’hommes dignes et ambitieux, déterminés à vaincre les maux par elle-même, tous les maux qui l’entravent et le déprécient aux yeux du reste du monde ». C’était le 4 décembre 2012, dans son discours de clôture de la deuxième session ordinaire au titre de 2012.

Mes chers compatriotes, en réponse à ces conseils et avis pertinents, qu’avez-vous remarqué et enregistré que des scandales dans la gouvernance : dans les concours de recrutement ; dans la gestion des finances publiques ; dans la gouvernance démocratique ; dans le respect des libertés publiques et des droits humains ; bref, Mahamadou Issoufou n’affiche au tableau qu’échecs et désastres. Aussi bien sur le plan de la gestion que sur le plan moral. Voici, si jamais, vous n’avez eu l’occasion de l’écouter lors de son speech, ce qu’en pense la Commission nationale des droits de l’Homme et des Libertés fondamentales (CNDH):

« Depuis quelques mois, à Niamey comme dans d’autres localités du pays les populations font face à des coupures intempestives d’électricité qui non seulement paralysent sérieusement certaines branches de l’économie nationale occasionnant un manque à gagner considérable ; mais surtout privent une partie des populations d’eau potable. Ce qui affecte la jouissance par les populations de leurs droits à l’eau, à l’énergie et à l’alimentation (article 12 de la Constitution du 25 novembre 2010) ».

« Des manquements sont observés dans le domaine des libertés notamment, dans les mesures parfois injustifiées d’interdiction de manifester, des actes de violences perpétrés contre les manifestants, les circonstances d’interpellations de journalistes parfois attentatoires aux droits humains ».

« La CNDH se préoccupe aussi du cas de certains acteurs de la vie politique et autres justiciables qui continuent de garder prison ».

« D’autres aspects de la vie nationale connaissent également des grèves récurrentes, c’est le cas du secteur de la santé où depuis deux ans le Syndicat des médecins spécialistes observe des mouvements de grève à intervalles réguliers pour demander une amélioration de leurs conditions de travail et du secteur de l’éducation et de la formation ».

« Pour la situation spécifique des médecins spécialistes, ces grèves ont des répercussions sur l’offre de santé car les populations continuent de payer un lourd tribut »

Mes chers compatriotes, outre la situation financière et alimentaire qui est d’une vive préoccupation, cet avis de la CNDH sur les conditions chaotiques d’exercice de la démocratie, des droits humains et des libertés humaines, est assez édifiant pour ceux qui, au regard de leur éloignement du pays, peuvent être facilement abusés par des discours lénifiants, sans aucune concordance avec la réalité.

Pour ma part, je dirais que Hama Amadou a agi en homme d’État, avec tout ce que cela représente comme responsabilité, c’est-à-dire comme risque de ne pas plaire et/ou de prêter le flan à des attaques politiciennes outrancières. Aujourd’hui, les Nigériens ont vu la portée de ce discours pour lequel des hommes, avec l’escarpolette de la mauvaise foi, ont voulu présenter Hama Amadou comme un homme qui serait contre le recrutement des jeunes à la Fonction publique. De fait, on sait désormais à quoi servent ces recrutements pour ceux qui prétendent le faire au nom de la jeunesse nigérienne. L’affaire est encore pendante devant la justice et nous osons croire que les vrais coupables vont, un jour ou l’autre qui est inéluctable, répondre de leurs forfaits devant la justice.

Mallami Boucar 

15 juin 2016

Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le mercredi, 15 juin 2016 22:52

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