samedi, 18 juin 2016 20:07

Amères vérités : Mahamadou Issoufou est-il vraiment conscient qu’il prêche dans le désert ?

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Issou Entrepreneurs Francais NigerMahamadou Issoufou est-il vraiment conscient qu’il prêche dans le désert ? Parti de son pays depuis le 13 juin 2016, en plein mois de Ramadan, il poursuit encore ses pérégrinations en Europe, notamment en France et en Allemagne où il s’est rendu aux fins de convaincre ces vieux partenaires du Niger, tantôt pour venir investir dans notre pays, tantôt pour demander leur aide dans la mise en oeuvre de ses politiques. Devant le Medef français (le patronat français), il a tenté, par des arguments qu’il n’a pas, de convaincre les investisseurs français à venir investir au Niger où, dit-il, les conditions sont réunies. ‘’Vous avez la sécurité et les opportunités, venez investir au Niger’’, leur a-t-il dit. En présentant aux investisseurs français la situation politique et socioéconomique du Niger, Mahamadou Issoufou a indiqué que depuis plus de cinq ans, les autorités nigériennes ont trois priorités : la sécurité, la démocratie, le développement économique et social du Niger.

Au plan sécuritaire, il a souligné que « le Niger est devenu un îlot de paix et de sécurité au Sahel, précisant qu’il n y a pas de foyer terroriste dans le pays, toutes les attaques dont le Niger est victime venant de pays voisins ». Je me garde, moi, de traiter ce discours d’incohérent, encore moins d’impertinent, eu égard à la situation qui prévaut actuellement au Niger. Je constate toutefois que, plus ils font du bruit, plus les faits les démentent. Voulez-vous être édifiés sur ce que les interlocuteurs de Mahamadou Issoufou ont pensé de son discours ? Je vous invite à aller sur les sites officiels des institutions françaises pour constater que Mahamadou Issoufou donnait, devant le Medef français, l’air d’être un martien qui ignore ce qui se passe sur terre. Voici, pour votre information, ce que disent les autorités françaises à leurs ressortissants à propos du Niger : « Les déplacements sont formellement déconseillés dans les zones figurant en rouge sur la carte du Niger : au nord de la ligne de Tera, Tillabéri, dans les 2/3 de la province d’Agadez, le nord-est et le sud-est de la province de Zinder ; dans la totalité de la province de Diffa, où l’état d’urgence est en vigueur et les attaques meurtrières de Boko Haram fréquentes ; dans le parc du W.

À propos des zones déconseillées, sauf pour raison impérative, les autorités françaises parlent des zosécuritaire. Avant de se rendre dans ces zones, il est vivement conseillé de prendre contact au préalable avec l’Ambassade de France. De manière générale, les consignes de sécurité et de prudence doivent impérativement être respectées : ne pas voyager de nuit, se montrer discret sur les dates, horaires et conditions du déplacement. La possession d’un téléphone satellitaire peut s’avérer utile pour communiquer dans certaines zones.

Ø Les centres villes d’Agadez et de Tillabéri sont déconseillés, sauf raison impérative. Il est formellement déconseillé de s’éloigner, même de quelques kilomètres, du centre de ces villes.

En ce qui concerne les zones à vigilance renforcée, il convient d’exercer une vigilance renforcée dans les villes de Niamey, Kanazi et Dosso ainsi que sur les routes entre ces villes. Le parc de Kouré est donc accessible.

Ø Il est recommandé de circuler en convoi de plusieurs voitures et de disposer de moyens de communication adéquats.

Ø À Niamey, il est recommandé de circuler en voiture, portes verrouillées, de limiter les déplacements nocturnes et d’éviter les quartiers excentrés, en particulier de nuit. Il convient d’éviter la fréquentation d’événements publics et de lieux (hôtels, bars restaurants, boîtes de nuit) non sécurisés ou excentrés. Il est vivement recommandé de privilégier les liaisons aériennes pour accéder à Niamey et pour tout déplacement en province dans la zone orange.

À propos du risque terroriste, en raison de la situation sécuritaire dans toute la région, la menace terroriste pesant sur le Niger, en particulier hors de la capitale, est élevée. Des mouvements terroristes présents au Mali - notamment Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) et le Mouvement pour l’Unicité du Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) - ainsi qu’au Nigeria - groupe Boko Haram - sont susceptibles de conduire des opérations au Niger. Les actions perpétrées depuis 2010 au Niger (enlèvements, attentats, attaques) soulignent la persistance et la diversité de la menace. Entre autres, les autorités françaises citent celles du 7 janvier 2011 (prise d’otage de deux Français à Niamey, décédés le lendemain) ; du 16 septembre 2010 (prise d’otage de 7 employés d’AREVA et de la SATOM à Arlit) et du 20 avril 2010 (prise d’otage d’un Français à Tchintabaraden).

Sur le volet des attentats, il est cité ceux du 30 octobre 2014 qui ont visé la prison de Ouallam ; du 11 juin 2013 contre la prison civile de Niamey ainsi que celui du 23 mai 2013 (attentats suicide à Agadez et Arlit). Et pour finir, la province de Diffa et les îles du lac Tchad font face à des attaques répétées et meurtrières de Boko Haram, qui se sont traduites par un bilan humain très élevé. Tout séjour dans la province de Diffa et dans la région de Gouré est donc à prohiber ».

Voici la réalité du Niger, du moins telle que la perçoivent ceux à qui il s’était adressé dans les locaux du Medef, à Paris. Peut-être qu’il aurait pu, s’il avait fait preuve de perspicacité, remarquer que la carte du Niger était accrochée quelque part, sur les murs du patronat français et qu’elle était bariolée de rouge dans les 2/3 du territoire et d’orange dans le tiers restant.

Au sujet de la démocratie, Mahamadou Issoufou a indiqué, sans sourire, qu’il s’agit de faire en sorte qu’il y ait des institutions démocratiques fortes, stables, capables de garantir des droits, notamment la garantie d’exécution du droit des contrats et la garantie d’exécution du droit de propriété. « ’Nous sommes en train, dit-il, de construire un État de droit qui vous donnera ces garanties’’, a-t-il ajouté, précisant qu’il y a des indicateurs qui prouvent que nous sommes sur la bonne voie, du point de vue démocratique et du point de vue de la garantie des libertés’’. Au Medef, on a dû certainement rigoler après le passage de Mahamadou Issoufou. Après tout ce qui se sait de par le monde, particulièrement à Paris, aller raconter de ces choses sur la démocratie et l’État de droit au Niger relève de la gaffe. Non seulement Mahamadou Issoufou, c’est de notoriété publique, s’est maintenu au pouvoir par un coup d’État électoral, mais il a également, dans ses prisons, des détenus politiques. État de droit et respect de la liberté de presse ? N’estce pas au Niger que, récemment, des journalistes ont été interpellés et jetés en prison pour avoir dénoncé de hautes personnalités, dont son épouse Malika et la présidente de la Cour constitutionnelle ? De quelle démocratie et de quelles libertés publiques parle-t-il dans un pays où l’opposition est systématiquement gazée, matraquée et ses membres arrêtés dès qu’ils manifestent ? Evoquant l’économie du Niger, Mahamadou Issoufou prétend qu’elle est dynamique malgré les problèmes sécuritaires. « Ces cinq dernières années, nous avons connu un taux de croissance moyen annuel de 6% et nous avons contenu l’inflation à 3%’ », a-t-il affirmé. Pour lui, ‘’Cela prouve la santé macroéconomique du Niger’’, d’autant plus qu’il s’agit d’une croissance inclusive, ajoutant que les autorités nigériennes essaient de faire reculer la pauvreté dans le pays et de créer une forte classe moyenne. « Entre 2011 et 2016, nous avons fait reculer la pauvreté de 63% à 4%’’, a-t-il poursuivi. Invraisemblable, n’est-ce pas ?

Mahamadou Issoufou est-il réellement conscient de la situation financière du Niger ? Sait-il que des travailleurs, au Niger, totalisent plusieurs mois d’arriérés et que le Trésor public est vide ? Alors qu’il y a deux semaines, le ministre des Finances faisait, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, des aveux patents sur l’état des finances publiques, informant que les caisses de l’État sont vides, Mahamadou Issoufou raconte à ses interlocuteurs du Medef que le Niger est un eldorado où la pauvreté n’est plus que de 4%. No coment, comme disent les Anglais. Seule chose à évoquer, le Niger est pourtant, sans discontinuer depuis qu’il est à la tête de l’État, dernier au classement IDH du Pnud.

En France comme en Allemagne où ailleurs, Mahamadou Issoufou ne pourra convaincre personne, tant sur les questions qu’il a évoquées devant le Medef français que sur celle de l’immigration clandestine qu’il a abordée en Allemagne. À propos de cette ultime question de l’immigration clandestine, n’est-pas d’Agadez que partent les camions bourrés de passagers pour l’aventure ? N’est-ce pas un phénomène connu et mille fois décrié par plusieurs voix ? N’est-ce pas la facilité du couloir de passage nigérien qui attire tant de jeunes africains que l’on remarque dans les rues des grandes villes nigériennes, notamment à Niamey, en quête de moyens de subsistance pour affronter le désert, la soif et les intempéries ? N’est-ce pas avant-hier que 34 personnes, dont 20 enfants, ont péri dans le désert ? Ce trafic ne se faitil pas au vu et au su de tout le monde, sans aucune volonté d’y mettre un terme ?

 20 juin 2016
Source : Le Canard Déchainé

Dernière modification le lundi, 20 juin 2016 17:27

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