vendredi, 24 juin 2016 01:38

Lettre à mes compatriotes Mes chers compatriotes, Mahamadou Issoufou a raté le départ. Il ne peut, logiquement, que rater l’arrivée

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 Lettre ouverte Mallami BoucarMahamadou Issoufou continue ses pérégrinations en Europe, à la recherche de quelque chose que Dieu lui a donné, mais dont il n’a su faire bon usage et qu’il n’a pas su garder par manque de vision, de rigueur et de respect de la chose publique. Il avait les cartes en mains pour un jeu démocratique sans nuages, mais il a préféré jouer aux apprentis autocrates, entreprenant de disloquer le cadre politique nigérien pour le recomposer à son goût. Il avait aussi, fruit du labeur d’autres personnes, les ressources financières et des atouts économiques sans précédent, mais il en a fait tout autre chose que de les investir à créer les conditions d’un bien-être des populations.

Il avait la stabilité institutionnelle et politique, mais il a préféré voguer vers des rivages tumultueux, bercé par l’illusion qu’en abusant du pouvoir d’État et des deniers publics, il pourrait écraser tout sur son passage. Il avait enfin la paix tout autour de nous, il a suscité la haine contre nous, braquant, par des discours provocateurs et vat- en-guerre, la secte Boko Haram. À l’épreuve des faits, on constate qu’il compte plus sur des forces armées étrangères que sur les Forces de défense et de sécurité nigériennes, courant, contre toute attente, à N’djamena pour solliciter l’intervention de l’armée tchadienne au Niger. Sur le plan sécuritaire comme sur les plans financier et démocratique, c’est aujourd’hui le désastre. Comme quoi, rien ne sert de courir, il faut partir à point. Or, Mahamadou Issoufou a raté le départ. Non seulement il a raté le départ, mais il a, dans sa mégalomanie, écarté tous ceux qui savaient et qui pouvaient l’aider. Il ne peut, logiquement, que rater l’arrivée. Le Niger serait-il devenu un foyer de braises ardentes pour Mahamadou Issoufou ? Il en était absent depuis le 13 juin et l’agenda officiel, livré en premier à l’opinion nationale nigérienne par Radio France Internationale (RFI), soulignait une mission en France, du 13 au 16 juin 2016. Même sur le site officiel de la présidence du Niger, il n’était prévu qu’il durerait si longtemps alors que le Niger traverse une situation dramatique à laquelle il n’est pas étranger par ailleurs. Voici ce que renseigne le site officiel de la présidence du Niger dont il est locataire depuis ce fameux 20 mars : Visite officielle du Président de la République en France : départ de SEM Issoufou Mahamadou pour Paris. Le Président de la République, Chef de l’État, SEM Issoufou Mahamadou, a quitté Niamey ce lundi, 13 juin 2016, à destination de Paris en France où il effectuera une visite officielle. Le Chef de l’État est accompagné, dans ce déplacement, de M. Ouhoumoudou Mahamadou, Ministre Directeur de Cabinet du Président de la République, M. Hassoumi Massoudou, Ministre de la Défense Nationale, M. Ibrahim Yacoubou, Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération, de l’Intégration Africaine et des Nigériens à l’Extérieur, M. Saidou Sidibé, Ministre des Finances et Général de Brigade Ibra Boulama, Chef d’Etat Major Particulier du Président de la République. C’est dans la rue que l’on apprendra qu’il restera dix jours à l’extérieur. Officiellement, donc, en France, du 13 au 16 juin, il a finalement séjourné en Allemagne, du 16 au 17 juin, puis, plus rien. Les Nigériens ne savent plus où il se trouve depuis et les médias d’État eux-mêmes ne font plus cas de son absence du pays. Où est-il et que fait-il ? Mystère et boule de neige ! Le Niger serait-il devenu un foyer de braises ardentes pour Mahamadou Issoufou ? Avec 42 ministres, dont certains, par manque de bureaux pour caser un éventuel cabinet, reçoivent au siège de leurs partis politiques – sans blague - Mahamadou Issoufou a dû observer une pause dans ses nominations anarchiques. Au passage, je vous crois assez utile de vous relever cette contradiction cocasse. Alors que le ministre des Finances a clairement confessé que les caisses de l’État sont vides et qu’il va falloir mettre en stand bye tous les investissements prévus pour 2016, Mahamadou Issoufou, lui, raconte au Medef français qu’ils ont réussi, entre 2011 et 2016, à réduire la pauvreté au Niger, de 63% à 4%. Extraordinaire ! C’est là une question qui doit interpeller Jean-Pierre Olivier de Sardan et tous ceux qui, parce qu’en contact avec les réalités des populations nigériennes depuis des décennies, savent qu’il s’agit là d’une insulte à toutes ces bonnes âmes qui triment pour trouver à boire et à manger. Cette déclaration à l’emporte-pièce interpelle également toutes ces organisations humanitaires qui se battent sans relâche pour offrir à des centaines de milliers de nos compatriotes, voire à des millions, une petite parcelle d’espoir pour une vie meilleure. Elle interpelle enfin la société civile nigérienne, les syndicats, la presse et les partis politiques, qui doivent, tous ensemble, ouvrir les yeux et les oreilles, pour enfin comprendre à qui ils ont réellement affaire. La conclusion coule de source. Mes chers compatriotes, l’argent manque cruellement à l’État, ce même État que vantait, le 27 avril 2015, Mahamadou Issoufou au journal « Les Echos du Mali » à qui il confiait que « Le « Programme de renaissance » que l’on a mis en place, a, parmi ses objectifs, la restauration du monopole fiscal de l’État parce qu’il y avait beaucoup de fraudes dans le régime fiscal. Il fallait tout faire pour que les douanes soient plus rentables, de même que les impôts. La conséquence a été que le maximum de ressources entre dans les caisses de l’État ». Où sont donc passées ces immenses ressources ? Demandez à l’auteur de la déclaration qui ne manque pas de réponse. Mais il n’y a pas que l’argent qui manque à l’État. L’eau et l’électricité, entre autres, manquent aux Nigériens, compliquant davantage une vie qui n’a jamais été facile. Et à mon avis, il est nettement plus important de parler de ce sujet vital pour nos compatriotes que de s’égosiller sur la villégiature de Mahamadou Issoufou. J’ai, donc, choisi, cette semaine, de vous parler d’eau et d’électricité, deux de vos préoccupations majeures à l’heure actuelle. Mes chers compatriotes, pour la plupart d’entre vous, vous avez dû entendre les propos défaitistes et inquiétants du directeur général de la Nigelec. Pour ceux d’entre vous qui ne l’auraient pas entendu, je le leur apprends : il faut s’armer de patience car seul Dieu a la solution du problème, a-t-il confessé en substance. Khalid Alassane avait dit ce qu’il avait à dire à ses compatriotes sans le dire. C’est un message qu’il a livré et ce message a beau être sibyllin, on en perçoit clairement la portée : le problème n’est pas d’ordre technique pour envisager sa résolution dans un délai maîtrisable pour la Nigelec. Aussi, pour éclairer votre lanterne, j’ai tendu mes longues oreilles dans les cercles fermés de ceux qui ont la maîtrise de l’information. Et j’ai découvert, oh catastrophe, que la situation est encore plus corsée que ce que nous pensions car il ne s’agit point de factures impayées vis-àvis de la NEPA nigériane. Voici ce qui m’a été expliqué : jusqu’à une certaine période, le Nigeria cédait au Niger jusqu’a 80 mégawatts, ce qui, combiné à la production locale de 20 mégawatts, couvraient les besoins de l’époque estimés à 100 mégawatts. Entre temps, le Niger s’attelait à trouver les moyens pour réaliser le barrage de Kandadji. Au fil du temps, les besoins se sont naturellement accrus, atteignant un pic de 120 mégawatts. Même avec les 80 mégawatts de la NEPA, il y avait un manque à gagner que la Nigelec avait alors comblé par la location de groupes électrogènes à un groupe pakistanais ou je ne sais quoi encore. Puis, patatras ! Le Nigeria de Buhari, qui se dit mal à l’aise de vendre de l’électricité à l’extérieur alors que les besoins des Nigérians ne sont pas entièrement couverts, a décidé de ne donner au Niger que 35 mégawatts. Ajoutés aux 20 mégawatts produits localement, cela fait 55 mégawatts, trop éloignés des 120 mégawatts nécessaires. Et même dans le cas où la pluie se fait abondante et rehausse la capacité de production locale, elle ne dépassera guère les 75 mégawatts, soit un gap à combler de 45 mégawatts. Voici, en substance, les raisons pour lesquelles Khalid Alassane a cru bon de demander aux Nigériens de croiser les doigts et d’attendre la volonté du Tout Puissant. Mes chers compatriotes, la sagesse, chez nous, enseigne qu’il n’y a jamais de fumée sans feu. Et n’ayant pas l’habitude de faire les choses à moitié, j’ai essayé de comprendre pourquoi le Nigeria a repris ces 80 mégawatts qui, de toute façon, ne lui permettaient pas de couvrir ses besoins de 1500 mégawatts. Je n’ai trouvé qu’une chose plausible : ces milliards qui appartiendraient au Nigeria et qui ont atterri à la Bsic et à Sonibank, détournés au nom de la lutte contre Boko Haram. Ces deux banques n’ont jamais démenti l’information. Et s’il est établi, comme dans le cas de Daniel Mukuri [Ndlr : recherché par Interpole Belgique pour escroquerie, c’est au Niger qu’il a trouvé refuge], actuellement poursuivi pour escroquerie par Cbao Niger, mais visiblement sous protection à Niamey, que les auteurs de ce banditisme d’État vis-à-vis du Nigeria frère sont connus mais protégés par Niamey, le pays de Buhari ne peut être que déçu du Niger. L’hypothèse la plus probable est, donc, contenue dans cette interrogation : et si le Nigeria nous a coupé le courant par mesure de rétorsion ? Mes chers compatriotes, l’eau vous manque aussi. Et jusque dans les grands centres urbains comme Niamey, les interruptions de fournitures sont si fréquentes qu’on a l’impression que c’est le ciel qui nous tombe sur la tête. Sur ce sujet, beaucoup de choses ont été dites et écrites. Je préfère alors commencer par ma conclusion : la privatisation de la Seen est la pire des catastrophes ». Et dire que depuis 2012, Mahamadou Issoufou a renouvelé ce contrat léonin pour Veolia pour un nouveau bail de dix ans. Il faudra donc attendre 2022 pour voir la fin de ce calvaire qui ne tient qu’à une seule chose : la boulimie du concessionnaire qui brasse beaucoup d’argent sans aucun investissement conséquent. Depuis sa privatisation, la gestion de l’eau au Niger est une véritable catastrophe et rares sont les citoyens qui n’ont pas encore connu ses heures de déboires avec les services de la Seen. C’est sans compter que les textes régissant ce secteur sont délibérément violés. Pour que les fournitures d’eau ne soient pas interrompues, particulièrement en période de fortes chaleurs, il faut que la Seen soit dotée de groupes électrogènes adéquats. Malheureusement, les actionnaires de la Seen dont vous connaîtrez bientôt les identités, ne sont pas décidés à en acquérir. Ça fait beaucoup d’argent et cela grignote sur les économies. En plus, ces groupes consomment du gasoil et dans un pays où les gens n’obligent pas des sociétés mafieuses comme la Seen à s’acquitter de leurs obligations commerciales, il est facile pour des gens sans scrupules de sacrifier les investissements au profit de leurs poches. Mes chers compatriotes, avez-vous en mémoire les huit axes du prétendu programme de «renaissance» de Mahamadou Issoufou ? Eh bien, les voici : bâtir des institutions démocratiques fortes, crédibles et durables ; assurer la sécurité des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire national ; relancer l’économie et promouvoir le développement social à travers des investissements publics ; assurer la sécurité alimentaire à travers l’initiative « 3N » : (les Nigériens nourrissent les Nigériens) ; assurer l’accès à l’eau potable pour tous à travers la réhabilitation et la construction d’ouvrages hydrauliques urbains, ruraux et pastoraux ; développer les infrastructures et l’énergie par des investissements dans les routes, les pistes rurales, l’électricité et les chemins de fer ; améliorer significativement les indicateurs sociaux (éducation et santé) et créer des emplois au profit des jeunes. En toute honnêteté, quel est, de ces huit axes de gouvernance, celui que l’on peut objectivement qualifier de succès ? Le Niger est dans de beaux draps. L’échec est total mais le peuple est impuissant. Ce qu’il vous reste à faire, chers compatriotes, c’est de pleurer sur le sort du Niger. C’est cela, l’unique réaction lorsque, malgré l’extrême gravité d’une situation dont vous êtes victimes, vous restez impuissants à changer les choses. Que pouvez-vous faire d’autre lorsque vous avez beau voter contre Mahamadou Issoufou, il est là quand même. Que pouvez-vous faire lorsque vous vous abstenez de voter et qu’on confectionne des résultats qui montrent le contraire ? Alors, cramponnez-vous bien et croisez les doigts comme vous l’a sereinement demandé Khalid Alassane. Croyez-moi, il sait de quoi il parle et probablement que nous n’avons fait que cerner une petite parcelle de la réalité, forcément plus complexe et plus inquiétante.

Mallami Boucar 

24 juin 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

 

Dernière modification le vendredi, 24 juin 2016 02:00

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