mardi, 28 juin 2016 05:13

Amères vérités : À l’impossible, nul n’est tenu et il n’y a pas de gêne à dire : « Je ne peux pas, je rends le tablier »

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Issou Investit PR 07Nous sommes lundi 27 juin 2016 et le Niger continue sa chute vertigineuse dans des profondeurs abyssales. Les citoyens, meurtris et de plus en plus inquiets, s’interrogent beaucoup sur le devenir de leur pays. Croulant sous le poids d’une dette qui n’a eu d’autre effet que d’enrichir subitement des individus aussi pauvres que des rats d’église il y a cinq ans, le Niger est actuellement en proie à tous les maux possibles : une crise alimentaire touchant plus de deux millions de compatriotes ; une insécurité dans une grande partie du territoire national, mettant les populations de Diffa, notamment, dans un désarroi total, sans abri, livrés à la faim, à la soif et aux intempéries ; les caisses de l’Éat sont vides, les arriérés de salaires et de pécules commencent à s’accumuler, l’électricité et l’eau sont devenus un calvaire pour les populations ; le gouvernement, insouciant, baigne dans un océan de scandales et son chef, Mahamadou Issoufou, se promène à tous vents.

Il vient de rentrer au pays, après 12 jours d’absence, alors qu’officiellement sa mission en France et en Allemagne a pris fin le 17 juin. Il s’est donc tapé 8 jours supplémentaires pour prendre du bon temps à Paris en cette période de grandes interrogations pour son peuple. Il est clair qu’il a la tête ailleurs qu’aux problèmes qui assaillent les populations nigériennes. Il est clair que ses préoccupations sont éloignées de ce que vous vivez au quotidien. Et plus les Nigériens s’enfoncent, plus Mahamadou Issoufou affiche une insouciance à toute épreuve. Son ministre des Finances parle de la nécessité pour eux d’adopter une politique d’austérité. D’abord, Monsieur Sidibé doit savoir qu’il ne sert à rien de courir, il faut partir à point. Pour un économiste, c’est regrettable. Il n’y a pas de miracle qui tienne. Tout se trouve dans la planification et la gestion rigoureuse. Ensuite, de qui veut-il se moquer ? De quelle austérité parle-t-il ? L’Etat n’a même plus de quoi assumer ses dépenses de souveraineté et pourtant Mahamadou Issoufou s’est offert un gouvernement dont la taille est non seulement scandaleuse mais aussi insultante en ces temps qui courent. Il faut certainement éviter de traiter Saïdou Sidibé de rigolo pour ne pas prendre quelques mois d’emprisonnement. C’est la mode, n’est-ce pas ? Cependant, force est de constater qu’il fait partie d’un groupe de 42 ministres alors que la raison, la situation tout autant que la volonté d’apporter des réponses judicieuses et appropriées à l’état des finances publiques, commandent de réduire en priorité la taille du gouvernement, au moins de son tiers et de ne pas s’arrêter là. Il faudra supprimer les postes de directeurs de cabinets inutiles et budgétivores ; supprimer également les postes d’inspecteurs généraux et de services sans aucun impact positif sur la nécessaire amélioration de la gestion des ressources publiques – au contraire – réduire à deux, voire trois, le nombre de conseillers, de ministres, etc. C’est par ça qu’il faut commencer avant d’aller demander de l’argent aux toubabs. Et puis, entre nous, demandez à qui peut vous informer, ce qui se passe au Trésor national. Vous en aurez un haut-le cœur que vous ne reconnaîtrez pas votre pays. Renseignez-vous auprès de ces petits porteurs qui ont pratiquement élu domicile à la Direction générale du Trésor public, impuissants face à la machine infernale qui les écrase. On ne les paie pas parce qu’ils n’ont rien à proposer. J’ai lu quelque part un compatriote qui, pour résumer la problématique à laquelle le Niger fait face, a dit ceci : « Le problème du Niger, c’est Mahamadou Issoufou ; tout le reste y est corrélé ». Je m’aligne formellement derrière cette pensée même si je dois reconnaître et affirmer que pour qu’il réussisse ce qu’il a fait du Niger en cinq ans, il lui a fallu toute une architecture méthodiquement mise en place, qui a fonctionné telle une toile d’araignée. Aussi, faut-il observer qu’au devoir de servir la République et le peuple du Niger s’est substituée une volonté diabolique de construire un système de pensée unique où ceux qui refusent de s’aligner sont systématiquement brisés par tous les moyens. Le fait d’être minoritaire n’est pas en soi un handicap, l’essentiel étant de contrôler effectivement tous les arcanes du pouvoir (exécutif, judiciaire et législatif). C’est cela qui permet de couvrir les actes les plus détestables de la poussière de la légalité. Tant pis pour les opposants et tous ceux qui, quel que soit leur secteur d’activités, sont soupçonnés de ne pas vouloir de ce projet politique inique.

L’habit ne fait pas le moine, diton. Mahamadou Issoufou s’est donné un mal fou à se présenter aux Nigériens comme un homme qui pourrait leur ouvrir les portes du Paradis. Aujourd’hui, tout est à nu et personne ne conteste le fait que Mahamadou Issoufou est dans le mur. Ses supporteurs, jusqu’aux plus extrémistes, sont gênés de parler de la situation du Niger. Certains d’entre eux, plus réalistes, n’hésitent pas à dire leur déception et leur colère contre la dégringolade de l’État. Ceux qui, rares quand même, se sentent trahis et honnis par cette façon de conduire les affaires de l’État, se terrent ou évitent tous les cercles de discussion dans lesquels ils pourraient être interpellés. Quant aux opposants, militants des partis membres de la COPA 2016, ils ont choisi de faire profil bas et de laisser Mahamadou Issoufou à l’ouvrage. Beaucoup d’entre nous ont critiqué sévèrement cette posture politique qui s’apparente à une abdication. Mais force est de constater, au regard de la situation, que l’histoire donne raison aux leaders de la COPA 2016. Mahamadou Issoufou est un coureur de 100 mètres qui s’est lancé dans une course de fond de 10 mille mè- tres. Il doit demander à Inni Aboubacar ce que ça coûte en termes de souffle, d’endurance mais surtout de préparation. Il est visiblement essoufflé alors que l’arrivée est encore loin. Pourquoi le pousser dans le dos pour le faire tomber et lui donner de quoi expliquer ses échecs ? Seïni Oumarou, Mahamane Ousmane, Seïni Oumarou, Amadou Boubacar Cissé et les autres ont donc décidé de croiser les bras, non pas par défaitisme ou faute de moyens de lutte, mais parce qu’il s’agit de ne pas suivre Mahamadou Issoufou dans sa logique des gaz lacrymogènes et des matraques, des interpellations et des incarcérations abusives, le tout enrobé dans un discours qui dénonce des complots aussi faux que tout ce qu’il y a de faux.

Le Niger qu’il s’est donné tant de mal à gouverner au-delà du 20 mars 2016 est entre ses mains. Il a dit qu’il peut, non ? Eh bien, l’opposition politique, qui a opté de ne pas lui donner la moindre possibilité de justifier ses échecs par tout autre chose que sa façon désastreuse de conduire les affaires de l’État, l’observe de loin, convaincue qu’il a atteint ses limites objectives. Qu’il prenne 12 jours d’absence du territoire ou même 30, il trouvera la situation qu’il a créée en l’état ou en pire. De plus en plus nerveux, les Nigériens attendent des ré- ponses claires aux questions cruciales de l’électricité, de l’eau, de l’insécurité alimentaire, de l’insécurité tout court, des salaires et des pécules des contractuels, etc. Il doit dire aux Nigériens ce qui ne va pas. À l’impossible, nul n’est tenu et il n’y a pas de gêne à dire : « Je ne peux pas, je rends le tablier »

BONKANO. 

28 juin 2016
Source : Le Canard Déchaîné

Dernière modification le mardi, 28 juin 2016 05:27

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