lundi, 04 juillet 2016 05:25

Lettre à mes compatriotes Mes chers compatriotes, Comment peut-on être un digne fils de ce pays et ne pas se préoccuper de la situation dans laquelle Mahamadou Issoufou a plongé le Niger ?

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 Issou surendettement gaspillagesC’est la fin de ce mois béni de Ramadan au cours duquel nous avons prié et demandé rémission de nos pêchés à Allah, le Tout Puissant, le Tout Miséricordieux. Tout le monde, je suppose, s’y était mis, y compris celles et ceux qui ont trahi leur serment coranique, violé la Constitution et détourné les fonds publics à coups de milliards de francs CFA.

En cette fin de mois de pénitence et d’imploration, je voudrais vous souhaiter une excellente fête de Ramadan, en espérant que le Tout Puissant a exaucé les voeux et les prières sincères de tous ceux qui sont loin d’être du groupe des hypocrites et qui ont à coeur de sortir ce pays des tracas dans lesquels l’a plongé une gestion catastrophique qui a considérablement éloigné nos compatriotes du bel espoir qui pointait à l’horizon en 2010. Que Dieu, dans sa miséricorde infinie, vienne en aide au Niger et que les filles et les fils de ce pays retrouvent rapidement la vie paisible qu’ils ont connue depuis de longues décennies avant Mahamadou Issoufou et que la cohésion s’installe à nouveau pour un nouvel esprit politique, gage de solidarité réelle et de travail à l’unisson.

 

Mes chers compatriotes, vous comprendrez sans doute mes préoccupations et mes inquiétudes. Avec ce que vivent les populations de Diffa ; avec l’insécurité alimentaire qui frappe plus de deux millions de compatriotes ; avec tous ces travailleurs de l’État qui sont désormais en proie à l’angoisse des fins de mois sans rémunérations ; avec tous ces problèmes d’eau et d’électricité ; avec ces libertés publiques malmenées ; ces milliards qui sont carrément volés puisque c’est de ça qu’il s’agit ; ces violations répétées des lois et règlements par ceux qui, serment coranique oblige, doivent les respecter et les faire respecter comme ils s’y sont formellement, la main sur le Saint Coran, engagés. Comment ne pas se préoccuper de la situation dans laquelle Mahamadou Issoufou a plongé le Niger ? Comment peuton être un citoyen de bonne facture et ne pas insister sur le drame silencieux qui se joue dans ce pays ? Comment peut-on être un digne fils de ce pays et ne pas avoir le coeur brisé de voir tant d’espoirs étouffés par l’irresponsabilité, le mercantilisme et l’insouciance qui ont été érigés en mode de gouvernance. J’ai eu l’occasion de le dire à Mahamadou Issoufou, à l’époque où, dans une légalité incontestée, il exerçait légitimement les hautes fonctions de président de la République. J’ai arrêté parce que, fidèle à mes principes de respect du juste et du vrai, je ne peux servir un pouvoir issu de ce qui n’est qu’un coup d’État électoral. Si encore ce coup d’Etat électoral avait servi à mettre un terme à l’injustice et à sauver la démocratie. Je suis, je le répète à l’envie, un fils de paysan qui ne reniera jamais ses racines. Je ne peux comprendre qu’au sein de ce peuple si fier, il y ait tant de corrompus, tant de lâches et tant de voleurs de l’État. Peut-on être croyant et voler des biens qui ne vous appartiennent pas ? Que les Ulémas nous éclairent. Je ne parle pas de ceux qui mènent leur vie en fonction de bas instincts et qui, pour peu qu’on leur tende quelques liasses de billets de banque, n’hésitent pas à soutenir, non pas ce que Dieu a prescrit, mais ce qui sert le parti du «prince». Je ne parle pas de ces érudits qui, au lieu de mettre leurs connaissances au service de la communauté qu’ils ont le devoir d’éclairer, soit-il au péril de leur liberté et de leur vie, manipulent les consciences pour les corrompre et les subjuguer pour le compte d’intérêts mercantiles. Je parle de ceux refusent de parler pour faire plaisir ; de ceux qui ont peur de Dieu plutôt que des hommes.

 

Mes chers compatriotes, je ne suis pas naïf et sais que si ceux qui sont actuellement en train de violer les lois, d’abuser de leurs pouvoirs pour envoyer les mal-pensants en prison, de voler l’argent de l’Etat à coups de milliards, de piétiner la Constitution, c’est précisément parce que des malfaisants connus de tout le monde, ont commis tous ces délits sans avoir jamais connu les affres de la prison. Ils sont, donc, devenus, sous Mahamadou Issoufou, des récidivistes effrontés qui narguent ceux qui ont pensé que leurs places se trouvent nécessairement en prison après la chute de Mamadou Tandja. La conséquence, c’est qu’ils ont fait des émules de plus en plus nombreux, pour le plus grand malheur du peuple nigérien. Pouvez-vous convaincre un Mohamed Ben Omar que participer à une entreprise liberticide conduirait en prison ? Non, bien sûr. Autrement, il n’aurait pas pris part à la destitution illégale du président de l’Assemblée nationale. Un Zakou Djibo ne vous rirait-il pas au nez si vous lui expliquiez que détourner l’argent public ou escroquer l’État conduirait en taule ? Aussi, tant que les indélicats ne paient pas, au prix fort, leurs forfaitures, la corruption se développera à un rythme effréné et rien ne pourra sauver le Niger.

Mes chers compatriotes, je suis scandalisé et m’interroge sur tant d’esprits volages alors que les mosquées sont toujours bondées de monde. Je m’interroge beaucoup en observant avec quelle précipitation souvent des voleurs de l’État patentés accourent à la mosquée. Je suis atterré de constater que plus les gens s’adonnent à la prière, plus leurs âmes s’éloignent de tout ce qui pourrait les rapprocher de Dieu ; qu’en fin de compte, la prière est devenue le paravent derrière lequel bon nombre de mes compatriotes se cachent pour commettre leurs méfaits. On prie, on jeûne et, pour se donner bonne conscience, on fait l’aumône, même si, encore une fois, c’est plus pour y tirer une quelconque gloriole ici bas que pour un au-delà auquel, au fond, on ne croit pas tellement. Mieux, pour couronner le tout et se parer contre les soupçons gênants de ses compatriotes, on va, en fin de compte, à la Mecque pour accomplir le 5e pilier de l’Islam. La vie de la plupart de nos concitoyens est un désastre. On a volé pour obtenir des diplômes pour ses enfants lorsqu’on ne les a pas achetés ; on vole l’argent de l’État pour leur payer des études dans les plus prestigieuses universités et grandes écoles du monde ; on triche et fraude pour les insérer dans le tissu économique en les intégrant, sur fond de corruption ou de trafic d’influence, dans la Fonction publique. Pour les frimeurs et autres mécréants, c’est la consécration. Mais, derrière ce semblant de prestige, vous pataugez dans une mare de feu qui ne brûle pas encore. Soyez sûrs d’une chose, c’est de Dieu vous venez, c’est à Dieu vous retournerez. Il n’y a pas de doute là-dessus. Ceux qui l’ont oublié périront inévitablement.

Mes chers compatriotes, loin de moi de vous faire la morale, encore moins un prêche. Je n’ai pas encore la science pour m’y consacrer. Cependant, en tant que citoyen se battant pour le meilleur pour son peuple, je ne peux que vous entretenir de sujets qui ruinent actuellement son avenir. Mon but est plutôt d’attirer votre attention afin que, demain, ceux qui aspirent remplacer les saigneurs actuels de l’État, amorcent le changement qu’il faut pour permettre à ce pays que nous aimons tant de sortir du bourbier de la misère. Il ne faut jamais désespérer d’un peuple. Le Niger fait tout de même quelques 16 millions d’âmes. Il a forcément des filles et des fils dignes qui pleurent ses désespoirs et rêvent (aspirent) d’y mettre un terme. Prions avec ces frères et soeurs afin de combler ce fossé qui sépare les discours des actes. Seyni Kountché n’est pas une fable. Il a réellement existé et on a beau être de ces irréductibles détracteurs, on ne peut s’empêcher, sans étaler sa mauvaise foi, de reconnaître le patriotisme ombrageux de cet homme qui n’a travaillé que pour le bien-être de son peuple. Il a bien fait un coup d’État militaire au cours duquel l’épouse du Président Diori – paix à son âme -a péri. Cependant, ce coup d’État a mis un coup d’arrêt à un régime vieillissant, avec tout ce que cela comporte comme dérives. Un voleur ne peut ni être un gendarme ni un juge. S’il enfile la vareuse du gendarme ou la tunique du juge, c’est probablement pour mieux agir.

 

Mes chers compatriotes, contentez-vous du peu pour cette semaine. La semaine prochaine, incha Allah, je vous entretiendrai du gouffre financier sur lequel est assis Mahamadou Issoufou, décidé à camoufler, aussi longtemps que possible, le désastre qu’il a causé. Je vous mettrai ensemble les vilaines pièces de ce puzzle tout aussi vilain dont il est, à la fois, le maître d’oeuvre et le maître d’ouvrage.

Mallami Boucar

04 juillet 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le mardi, 05 juillet 2016 13:11

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