vendredi, 15 juillet 2016 08:15

Lettre à mes compatriotes , L’injustice est comme le mensonge. Elle fleurit, mais ne donne jamais de fruits

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Justice Niamey 02Le mensonge a beau courir, il finit toujours par se faire rattraper par la vérité. Le recours à des militants de la société civile agissant uniquement pour le compte du Niger et de son peuple pour défendre ses intérêts partout où ils sont localisés, ne marche pas et ne marchera sans doute plus. NouhouArzika, dont le dictionnaire ne compte sans doute pas le mot «Honte» puisqu’il ne s’avoue pas vaincu, même après les 16 millions de l’ARTP, et Moustapha Kadi, prince d’une chefferie locale dont on comprend aujourd’hui pourquoi quelqu’un d’autre lui a été préféré à Madaoua, sont définitivement grillés.

Ils l’ont compris, même si la mauvaise foi et le goût du gain facile qui sous-tendent la mission qu’ils mènent sont trop forts pour leur permettre de se remettre en cause. Ils ne peuvent ni tirer les leçons d’une déconfiture pourtant prévisible ni se démarquer de ces vieux démons qui les poussent irrésistiblement à épouser les combats les plus détestables, mais toujours sous bonne couverture : le patriotisme, la citoyenneté et l’amour de la patrie. Car, tout le monde sait et eux-mêmes l’ont avoué : ils ont pris de l’argent pour cette marche suivie de meeting. Mais ce qu’ils n’ont pas dit, ce sont les desseins cachés de ceux qui leur ont donné cet argent dont ils se sont gardé de dire, et les montants, et les donateurs.Bon, ce sont leurs oignons ou plutôt leur gombo. Ils peuvent en disposer comme ils veulent, du moment où les bailleurs de fonds de cette manifestation qui a été un fiasco le veulent ainsi : avancer, masqués, à travers des hommes qui ont perdu toute crédibilité mais qui gardent néanmoins la carapace, quoique trouée, de la société civile. Le gombo est là, eh bien, tant pis pour le reste. Le soutien aux Forces de défense et de sécurité ainsi que la solidarité avec les populations de Diffa, meurtries et traumatisées, ne peuvent faire l’objet de marketing politique que par des esprits retors, fourbes, sournois et faux. La récupération politique d’un drame se passe de commentaire et ceux qui acceptent de jouer à ce jeu pervers ne peuvent être des serviteurs de la cause des populations. Ce qui se passe à Diffa concerne, bien évidemment, tous les Nigériens et les FDS représentent le Niger en miniature. Les balles de BokoHaram ne font pas de distinction entre les victimes, qu’elles soient militaires ou civiles, de telle famille (mettez dans le mot famille tout ce que vous voulez) ou de telle autre. Prétendre qu’il y a, parmi les Nigériens, des alliés objectifs de BokoHaram est une ineptie de personnes qui, si on ne peut les soupçonner d’avoir perdu la raison, donnent tout au moins l’impression d’être de grands adeptes de Bacchus parlant sous l’effet d’un verre de trop. C’est absurde et un tel discours ne peut permettre de gagner la sympathie des Nigériens. Au contraire !

Mes chers compatriotes, vous m’avez connu au service de Mahamadou Issoufou qui, je dois l’avouer, n’a pas su tirer un bon parti de tout ce que j’ai eu à lui écrire. Il n’a pas compris que par delà l’étalage public des travers de la gouvernance catastrophique qu’il symbolise, mes dénonciations, mes conseils et mes avis étaient de nature, s’il était convaincu du bien qu’il disait vouloir pour le Niger et son peuple, à conjurer le sort actuel de notre pays. S’il s’était donné la peine de comprendre le lien dynamique qui existe forcément entre les actes et le discours politique, il aurait sans doute compris quel’efficacité de la communication politique est basée sur les actes, et non sur du verbiage inutile et parfois préjudiciable à l’action politique. Il n’a pas retenu ou n’a pas voulu retenir que la sincérité des actes est le premier fondement d’une communication politique réussie. Qu’il ne sert à rien d’y injecter des milliards lorsque cette sincérité n’existe pas. Autant remplir un tonneau des danaïdes ! Plus, vous posez des actes qui prennent le contre-pied de vos propos, plus vous creusez un fossé, a priori naturel, entre vous et le peuple, toujours méfiant vis-à-vis des gouvernants. Mahamadou Issoufou n’a pas voulu retenir que refuser de s’incliner devant le droit et la vérité, c’est élargir davantage ce fossé.Et c’est exactement ce qu’il a fait, abreuvant ses compatriotes de discours vains tandis que des faits graves se déroulent avec son bienveillant silence. Pire, le discours officiel, entretenu et encensé par une certaine presse, pose énormément problème. Lorsque ce n’est pas une moyenne de huit salles de classe en matériaux définitifs qui seraient construites par jour, ce sont plus de 10% du PIB qui serait affecté aux dépenses de défense et de sécurité. Un digne fils du Niger, certainement perspicace, a relevé, dans une correspondance au directeur général de l’Onep qui s’embourbe chaque jour davantage dans un ridicule incroyable — Ah, le gombo, qu’est-ce qu’il ne nous ferait pas faire — ce qui ressemble à une autre supercherie de la même veine. « À vous en croire, écrit-il, en se basant sur le PIB du Niger qui est de 8,169 milliards de dollars USA en 2014 et de 8,04 milliards de dollars USA 2015, le Niger aurait dépensé 473 milliards de FCFA en 2014 et 466 sont milliards de FCFA en 2015 pour les dépenses de défense et sécurité ».Pour votre confort, je me suis amusé à calculer, sur la base d’une moyenne de 375 milliards par an – admettez que ce n’est pas exagéré – c’est ainsi 1 875 milliards qui auraient été consacrés aux Forces de défense et de sécurité en cinq ans, soit un peu plus del’équivalent du budget de 2016 qui a été estimé à 1 786 milliards avant d’être rehaussé à 1 807 milliards. De deux choses, l’une : soit, les chiffres sont réels et là, ceux qui ont la responsabilité de gérer les fonds destinés aux FDS devront s’expliquer sur la réelle destination de ce colossal montant ; soit, c’est du pipo comme tout ce qu’on nous a régulièrement servi depuis cinq ans en termes de statistiques et c’est ce que je crois. Ce qu’il faut en retenir en définitive, c’est que du point de vue du discours officiel, les FDS n’ont aucune excuse de ne pas être à la hauteur. N’est-ce pas, selon Massoudou Hassoumi, 800 véhicules 4X4 qui patrouillent, chaque jour que Dieu fait, dans tout le Niger, village par village ? Bien évidemment, je ne crois pas à cette assertion et beaucoup de porteurs de tenue en rient de dépit lorsqu’il leur arrive d’entendre de telles choses.

Mes chers compatriotes, il y a à peine une semaine, le Niger entier a appris la mort du commandantAlhady Ibrahim, commandant de la légion de la Garde nationale de Tillabéry dans des conditions dramatiques où 11 autres personnes de sa famille ont péri. Un incendie, paraît-il, qui les aurait pris au piège alors qu’ils dormaient, la nuit. Un incendie que personne, pas même les cinq gardes postés devant le domicile, n’a remarqué. Ils seraient presque tous morts par asphyxie, paraît-il. C’est bien possible. Cependant, il est choquant de constater que le gouvernement ne s’est même pas préoccupé d’en savoir plus sur ce drame. C’est tout de même un commandant des FDS qui meurt, pratiquement, avec toute sa famille. La moindre des choses est d’ouvrir une enquête pour déterminer les causes exactes de ce drame. Ne pas le faire est un acte de mépris et j’en suis choqué en tant que Nigérien. J’en suis vraiment choqué, même si je ne suis pas surpris. Autant en emporte le vent, n’est-ce pas ?

Mes chers compatriotes, vous l’avez sans doute appris : Soumana Sanda et les autres ont été finalement condamnés à 12 mois, dont deux avec sursis. Cela n’a aucune espèce d’importance à partir du moment où, tout le monde le sait, c’est un procès politique. L’Histoire, encore une fois, se chargera de faire porter à chacun d’entre nous le poids des responsabilitésque nous acceptons d’assumer, dans un contexte sur lequel il y a beaucoup à dire.Le Niger est ainsi fait depuis cinq ans et je crois, par delà les souffrances morales et physiques endurées par ceux qui ont été injustement harcelés, persécutés et pour les plus détestés à cause de leur fidélité à Hama Amadou, jetés en prison, jugés et condamnés. Ce qui se passe dans ce pays est un drame, mais c’est une heureuse expériencepour les Nigériens qui ont finalement su qui est Mahamadou Issoufou et ce qu’il cherchait depuis si longtemps. Ce qui se passe est un drame mais il aura permis aux Nigériens de découvrir que l’enfer est pavé de bonnes intentions. On ne peut, par respect pour tous ceux qui ont eu à faire les frais désastreux de cette gouvernance moyenâgeuse, se réjouir de constater queMahamadou Issoufou a pu, avec une conjoncture plus que favorable, montrer ce qu’il sait faire. Cependant, il y a lieu de constater que la douleur, la privation et les exactions de toutes sortes sont des épreuves que Dieu nous impose afin de mieux comprendre ce que nous n’aurions pu percevoir autrement. Qui aurait parié, il y a quelques années, que Mahamadou Issoufou est la plus mauvaise carte à jouer ? Le PNDSTarayya, le plus mauvais parti politique pour le Niger ? Qui aurait parié que ce serait sous le magistère de Mahamadou Issoufou que le Niger connaîtrait ses années les plus noires, depuis la conférence nationale ? Bref, les voies de Dieu sont impénétrables et à travers ce «chemin de croix», Il nous ouvre les plis de certains coeurs, a priori généreux et pleins de prévenance. Méfiez-vous des apparences, ayez foi en Dieu et soyez persuadés, quoi qu’il advienne, que le Niger triomphera toujours ; que l’être humain a beau avoir des pouvoirs, il reste qu’il n’est qu’une «misérable petite moisissure de la terre». L’injustice est comme le mensonge. Elle fleurit, mais ne donne jamais de fruits.

Mallami Boucar 

15 juillet 2016
Source : Le Monde d'Aujourdhui

Dernière modification le vendredi, 15 juillet 2016 08:42

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