jeudi, 21 juillet 2016 08:53

Lettre à mes compatriotes : Lorsqu’on a commencé dans le faux, on ne peut que terminer dans le faux

Évaluer cet élément
(1 Vote)

TRESOR NIGERLe Niger tangue. Il tangue dangereusement et il n’y a pas que l’argent qui plombe les élans d’affirmation de ce gouvernement pléthorique issu du coup d’Etat électoral du 20 mars 2016. Mais, je vous parlerai d’abord de l’argent qui manque cruellement au point où les activités économiques tournent dramatiquement au ralenti et que le Fonds monétaire international (Fmi), craignant de voir le Niger retomber dans les abysses des années 90, a dû faire une rapide «perfusion» au Trésor public afin d’éponger la dette intérieure de 2013 et 2014.

Une catastrophe nationale qu’une vision misérabiliste du Niger, doublée de mauvaise foi, a agitée tel un trophée, comme pour nous dire que Mahamadou Issoufou est sur la bonne voie et que les misérables petits 10 milliards du Fmi en sont la preuve. En vérité, le Fmi sait parfaitement que les finances publiques vont très mal au Niger mais il a accepté l’accord de crédit des 10 milliards afin de sauver ce qui peut encore l’être. En effet, l’apurement d’une partie de la dette intérieure pourrait permettre de retarder la récession, en espérant que l’homme fort de Niamey pourrait, entre temps, donner un coup de dynamisme à la mobilisation des ressources internes. C’est dans ce sens, tel que nous le révèle un compatriote du nom de Djibril Saïdou sur Facebook, que le Fmi a « conseillé » au Niger « dans sa note admettant l’accord de crédit des 10 milliards, de rééquilibrer son budget pour rendre viables sa (lourde) dette et les (maigres) finances publiques et profiter « intelligemment » des ressources issues de l’industrie extractive. Un rééquilibrage en tout pour tirer vers le haut la croissance économique et réduire le déficit de routes, puits, forages et centres de santé et scolaires qui font encore défaut dans de nombreuses contrées du pays ». Un conseil ? Plutôt une mise en garde qui alerte sur le mur dans lequel Mahamadou Issoufou fonce, tête baissée et oreilles bouchées. En un mot comme en mille, il faut dire que le Fmi n’est pas dupe et qu’il a parfaitement compris que les documents comptables officiels sont fondés sur du faux et que le Niger est au bord du gouffre financier. D’ailleurs, il ne baisse pas la garde et surveille, comme du lait sur le feu, l’apurement de la dette intérieure de 2013- 2014 pour lequel les 10 milliards ont été accordés. Le déséquilibre entre la dette actuelle du Niger et le niveau de mobilisation des recettes internes relevé par le Fmi traduit principalement la psychologie du pouvoir actuel qui a toujours considéré que le discours et les fausses statistiques représentent le meilleur paravent pour faire tout autre chose à la tête de l’État que de servir le peuple. N’a-t-on pas connaissance des forfaits commis à l’Assemblée nationale après la destitution anticonstitutionnelle de son président légitime ? N’a-t-on pas connaissance des milliards détournés dans l’achat de l’avion présidentiel ? Des milliards détournés à la Caïma, à l’ARTP, dans l’affaire Mach Agitech, à la Bagri, au ministère de l’Enseignement secondaire, etc. ? Ce sont tous ces forfaits, et bien d’autres que vous êtes loin de soupçonner, qui expliquent pourquoi Mahamadou Issoufou et ses camarades ont perpétré, le 20 mars 2016, un coup d’État électoral.

 

Mes chers compatriotes, je vous l’écrivais à l’entame de cette lettre, il n’y a pas que l’argent qui manque. Notre pays traverse une grave crise multidimensionnelle qui traduit l’échec incontestable d’un homme qui a toujours avancé avec des fards. Mahamadou Issoufou a échoué dans tout ce qu’il a entrepris de faire et il faut certainement être de mauvaise foi notoire pour soutenir le contraire. Voici ce qu’il avait promis à ses compatriotes :

  • bâtir des institutions démocratiques fortes, crédibles et durables ;
  • assurer la sécurité des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire national ;
  • relancer l’économie et promouvoir le développement social à travers des investissements publics ;
  • assurer la sécurité alimentaire à travers l’initiative « 3N » : (les Nigériens nourrissent les Nigériens) ;
  • assurer l’accès à l’eau potable pour tous à travers la réhabilitation et la construction d’ouvrages hydrauliques urbains, ruraux et pastoraux ;
  • développer les infrastructures et l’énergie par des investissements dans les routes, les pistes rurales, l’électricité et les chemins de fer ;
  • améliorer significativement les indicateurs sociaux (éducation et santé) et créer des emplois au profit des jeunes. Don Allah dan Annabi, peut-on donner plus de 05/20 à Mahamadou Issoufou ?A-t-il pu bâtir des institutions démocratiques fortes, crédibles et durables ? NON et c’est vérifiable. A-t-il pu assurer la sécurité des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire national ? Ce qui se passe dans la région de Diffa se passe de tout commentaire. A-t-il pu relancer l’économie et promouvoir le développement social à travers des investissements publics ? La situation financière actuelle de l’État ne laisse aucune chance à une défense possible de Mahamadou Issoufou. A-t-il pu assurer la sécurité alimentaire à travers l’initiative « 3N » (les Nigériens nourrissent les Nigériens) ? Il y a actuellement plus de deux millions de compatriotes qui sont en proie à l’insécurité alimentaire et qui ne doivent leur survie qu’à l’assistance prompte des organisations humanitaires internationales. A-t-il pu assurer l’accès à l’eau potable pour tous à travers la réhabilitation et la construction d’ouvrages hydrauliques urbains, ruraux et pastoraux ? Aussi bien à Niamey qu’à Tahoua, à Agadez ainsi qu’à Zinder où on a fait croire que le problème d’eau est résolu pour 25 années au moins, les Nigériens sont régulièrement confrontés à des coupures d’eau intempestives et prolongées. Rien absolument rien, n’a changé à Zinder. Imaginez ce que vivent les Nigériens vivant en milieu rural. A-t-il pu développer les infrastructures et l’énergie par des investissements dans les routes, les pistes rurales, l’électricité et les chemins de fer ? Sur cette question aussi, il a fourni des efforts certains mais il a tout gâché par des marchés frauduleux qui ont coûté plusieurs dizaines de milliards à l’État. C’est le cas des fameux rails de Bolloré qui valent aujourd’hui au Niger un contentieux judiciaire complexe et coûteux ; c’est également le cas de cette fameuse centrale de Gorou Banda qui va produire une électricité trois fois plus chère que celle que nous consommons actuellement. Mahamadou Issoufou le sait car les techniciens en la matière, notamment Albert Wright, l’ont parfaitement alerté sur les conséquences néfastes, en termes de soutenabilité financière et de durabilité. Il l’a fait quand-même. A-t-il pu améliorer significativement les indicateurs sociaux (éducation et santé) et créer des emplois au profit des jeunes ? Le Niger, depuis cinq ans qu’il est à la tête de l’État, tient la queue du classement IDH du Pnud. Alors, ne cherchez pas ailleurs.

 

Mes chers compatriotes, n’est-ce pas généreux de lui attribuer 05/20 alors que nous savons que le seul point sur lequel il a essayé de bien faire, en l’occurrence l’emploi des jeunes, il l’a fait de façon si anarchique qu’il a créé un déséquilibre terrible entre les capacités propres de l’État et la masse salariale qu’il a plus que doubler en cinq années de gestion. Sa préoccupation n’est pas tant de donner des opportunités d’emplois aux jeunes, mais de séduire, voire d’éblouir, pour gagner auprès de l’opinion nationale une estime et une reconnaissance que l’on n’acquiert qu’au bout d’un travail acharné, sincère et productif. Certains syndicatsd’enseignants contractuels n’ont-ils pas régulièrement dénoncé que des enseignants ayant accédé à la Fonction publique soient restés jusqu’à ce jour sans mise en solde ? N’est-ce pas la preuve que le pire est à venir dans cette gouvernance faite de scandales ? Je l’ai dit à maintes reprises et je le répète, encore, à dessein : lorsqu’on a commencé dans le faux, on ne peut que terminer dans le faux. Or ? Vous ne pouvez pas reculer parce que le faire, c’est se remettre en cause, reconnaître publiquement ses torts et erreurs, demander pardon et éventuellement le secours de tous ceux qui peuvent aider à sauver. Vous ne pouvez pas non plus continuer à avancer, pieds nus sur un fil de rasoir élimé, sans aucune possibilité de se relever d’une chute libre. C’est une situation sans issue possible.

 

Mes chers compatriotes, pour n’avoir pas su ou voulu écouter les conseils d’usage de nombreux compatriotes qui se sont spontanément mis à son service, les analyses objectives de ceux qui, nombreux également, ont régulièrement attiré son attention sur les risques de dérives certaines, Mahamadou Issoufou est aujourd’hui presque dans le mur. Pris dans un imbroglio de problèmes multiples et complexes, il est un homme pris au piège de ses propres calculs…erronés bien entendu. Le Niger ? Il va de mal en pis, emprisonné dans un système de faux, de fraudes, de malversations financières, de violations répétées des droits humains, de la Constitution, des lois et règlements de la République, de déni démocratique et d’injustice, de rupture d’égalité des citoyens devant la loi, etc. Tel est le visage hideux du Niger sous Mahamadou Issoufou. Toute autre image n’est que miroir aux alouettes. Lorsqu’une organisation politique ne peut ni avancer ni reculer, il faut plutôt miser sur la providence. Que Dieu sauve le Niger.

Mallami Boucar

21 juillet 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le jeudi, 21 juillet 2016 14:50

Idées et opinions