jeudi, 28 juillet 2016 10:14

Lettre à mes compatriotes : Bientôt, le Niger s’appellerait «Bolloreland» et ses habitants, les «Bollorais»

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Bollore Niger 2Petit à petit, les masques tombent et l’on découvre progressivement les visages hideux de bon nombre de compatriotes qui ont pignon sur rue. Bientôt, nous apprendrons probablement des choses plus horribles sur des figures encore plus emblématiques. Les Nigériens, dans leur ensemble, sans distinction d’appartenance politique ou d’obédience religieuse, appréhenderont alors avec stupéfaction et regret les conséquences du refus obstiné de voir les choses en face, dans toute leur laideur et leur malfaisance sur le Niger.

En attendant, préoccupons-nous de cette recolonisation rampante du Niger qui se déroule sous nos yeux, tels des moutons de panurge. Car, au rythme où les choses se déroulent, le Niger changera bientôt de nom pour s’appeler «Bolloreland» et ses habitants les «Bollorais». Ainsi choisi, on ne saura jamais à la prononciation si l’on parle de Bolloré Vincent ou d’un ressortissant de «Bolloreland». Ne rigolez pas, c’est sérieux. Vincent Bolloré rime avec drame économique pour le Niger. Un drame économique qui se déroule sous nos yeux et que certains compatriotes défendent becs et ongles parce qu’ils sont conditionnés pour regarder la situation dans un prisme déformant d’une lutte politique qui n’a aucun sens en réalité puisqu’elle ne s’inscrit pas dans la logique des intérêts du Niger. Le groupe Bolloré est pareil à un virus pour le Niger, qui a trouvé sur nos terres — un malheur ne vient jamais seul — un terreau fertile pour se propager. Et un virus, ça se combat, au risque de périr, complètement miné de l’intérieur. Chaque jour, chaque heure, chaque minute, peut, donc, être fatale.

 

Mes chers compatriotes, après nous avoir fourgué un rail des années 50 qui n’est pas praticable, en somme un gâchis financier énorme, voici que Vincent Bolloré jette son dévolu sur nos finances publiques carrément qu’il entend contrôler et gérer pour ses comptes personnels. La cession des magasins sous douane au groupe Bolloré est la pire des trahisons jamais enregistrées au sommet de l’État. Lorsque vous examinez le deal passé avec le toubab, tout comme le zèle extraordinaire avec lequel des agents de l’État, du ministre au directeur général des douanes, se sont pliés en quatre pour défendre son gombo [Ndlr : celui de Vincent Bolloré] au détriment des intérêts de leur pays, vous n’hésiterez pas à vous interroger sur les motifs d’un tel engagement. Aujourd’hui, ils sont à nu et leur discours tombe, comme un château de cartes s’écroulerait. Comment peut-on déployer tant d’efforts, justifier de tant d’engagement et de détermination au point de mentir sur la réalité, pour défendre les intérêts d’un homme d’affaires au détriment de ceux de son pays ? Comment doit-on appeler des individus qui, pour une quelconque motivation, choisissent de faire le combat que leur commandent de faire leur nationalité, leur attachement à un peuple et à ses conditions d’existence ? Qui sont ces fonctionnaires de l’État, nigériens de nationalité, qui ont fait le choix de permettre à Vincent Bolloré de se taper 494 500 FCFA sur chaque container de 24 tonnes contre 10 000 FCFA pour l’État ? Qui sont ces Nigériens qui ont agi à faire en sorte que, rien que sur le riz, les ménages nigériens risquent de supporter quelques 7 milliards 200 millions de FCFA supplémentaires ? Quelle considération peut-on avoir pour des compatriotes qui ont été formés à grands frais par l’État mais qui apportent aide et soutien à des capitaux étrangers pour spolier l’État ? Ce n’est pas d’ailleurs la première fois qu’un acte pareil est posé sous Mahamadou Issoufou. Entre autres, nous avons le cas Daniel Mukuri, ce belge d’origine congolaise qui est recherché par Interpole Belgique pour escroquerie et qui a trouvé refuge à Niamey ; un refuge doré, il faut le dire, puisque l’intéressé a pu y faire des affaires en or en dépouillant, grâce à des complices haut placés au sein de l’appareil de l’État, le Niger de plusieurs milliards de FCFA.

 

Mes chers compatriotes, notre pays est en train de glisser, lentement mais sûrement, vers des horizons obscurs. La situation née du sordide bras de fer que Mahamadou Issoufou livre aux commerçants pour le compte de Vincent Bolloré est déjà une grande catastrophe. Mais c’est de bonne guerre que Mahamadou Issoufou fasse ce combat pour Bolloré. Il sait que, là où il se trouve depuis le 20 mars 2016, il s’y trouve beaucoup plus grâce à des quidams comme Vincent Bolloré plutôt que par la volonté de son peuple. Peut-on se sentir redevable de son peuple et créer les conditions de son appauvrissement, de sa condamnation à la faim, à la soif et à la souffrance ? Or, c’est à ce sort que le gouvernement postcoup d’État électoral du 20 mars condamne les Nigériens. Car, si Mahamadou Issoufou, dont nous connaissons parfaitement le caractère têtu, s’obstine à imposer son ami, Vincent Bolloré, deux situations peuvent naître : première hypothèse, les commerçants tiennent le coup et refusent, tout aussi obstinément que Mahamadou Issoufou, de travailler avec le toubab. Après la rupture des stocks existant sur le marché, le Niger risque de connaître une situation de famine qui ne dira pas son nom, même dans les grands centres urbains ; la contrebande va se développer ; avec elle, la corruption, déjà endémique sous Mahamadou Issoufou, connaîtra un pic extraordinaire. Les pauvres et les faibles, les femmes et les enfants, particulièrement en milieu rural, feront les frais de ce manque de grains dans le pays. Enfin, les campagnes vont se dépeupler et les villes vont s’engorger. Seconde hypothèse, les commerçants cèdent devant le diktat de Mahamadou Issoufou et de ses fonctionnaires au service de Bolloré. Première conséquence, les prix des denrées et d’autres produits de première nécessité vont grimper et pourraient être hors de portée de populations déjà éprouvées par cinq années de déficits agricoles chroniques. Avec la sécheresse financière qui frape les comptes publics, il est prévisible que les fonctionnaires euxmêmes retomberont à nouveau dans la clochardisation des années 90. Or, ce sont eux le centre névralgique de la vie sociale, ceux sur qui reposent un monde rural qui ne produit pas ce qu’il mange. Dans ce cas de figure, il suffirait que la campagne agricole, aléatoire, soit déficitaire, pour que le Niger croule.

 

Mes chers compatriotes, dans les deux cas, le Niger est mal barré, pris en tenaille entre un toubab décidé à se faire de l’argent, soit-il sur les corps des Nigériens et un pouvoir impopulaire issu d’un coup d’État électoral qui est prêt à continuer à gouverner, quel que soit le prix. La convergence d’intérêts qui unit ces deux blocs est synonyme de ruine pour notre pays. Passez en revue les discours et entretiens de tous ces agents de l’État qui ont travaillé d’arrache-pied pour voir les magasins sous douane aux mains de ce toubab. Je me garde de parler de honte pour ces compatriotes, encore moins de haute trahison à l’endroit du peuple nigérien. Car, je sais que s’il faut vendre une portion du Niger pour faire croire que ça marche et faire taire ce qui se raconte, ils n’hésiteront pas. Et Vincent Bolloré, qui marche à pas feutrés mais qui sait exactement où il va, sera heureux de leur donner les milliards dont a besoin Mahamadou Issoufou pour éteindre le feu qui couve. Tant pis pour le Niger. D’ailleurs, est-ce un pur hasard d’entendre, ici et là, que les négociations en vue d’une cession de la Nigelec au même Vincent Bolloré, seraient très avancées ? Moi ? Mallami Boucar, j’attends de voir si cela se confirmera. Ce sera la preuve ultime que quelque part, on a travaillé à saborder le projet du barrage de Kandadji dont la réalisation serait un obstacle à la «bollorisation» de l’énergie au Niger. Alors ? Alors, les Nigériens comprendront, un peu tard, que l’initiative 3N, c’est du pipo ; que la lutte pour l’autosuffisance alimentaire, c’est du vent et que le Niger, tel que l’appréhende un citoyen digne du Niger, ne compte pas réellement. Ceux qui, par naïveté ou parce qu’ils sont manipulés et motivés — peut-être à coups de billets de banque — se sont lancés dans une campagne contre le groupe Areva à propos de l’énergie que procure l’uranium du Niger à la France, n’ont qu’à déchanter. Si le peu qu’ils ont est cédé à Vincent Bolloré, alors, ils paieront probablement trois fois plus cher le courant électrique. Quant à Mahamadou Issoufou, il recevra quelques milliards qui lui permettront de payer les énormes arriérés de la dette intérieure, notamment les salaires, pécules et pensions de retraite. Ça lui donnera un petit sursis de trois mois, pas plus. En attendant, bien sûr, le retour de la manivelle, qui sera dramatique pour le peuple nigérien.

 

Mes chers compatriotes, voici, entre autres, quelques raisons et perspectives sombres pour lesquelles je disais que bientôt, le Niger s’appellerait «Bolloreland» et ses habitants, les «Bollorais». Ce n’est pas une blague, c’est une perspective qui se dessine. Elle peut prendre d’autres contours, mais dans le fond, le résultat sera le même : le Niger appartiendrait à Vincent Bolloré.

Mallami Boucar 

28 juillet 2016
Source : Le Monde D'Aujourd'gui

Dernière modification le jeudi, 28 juillet 2016 20:23

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