samedi, 13 août 2016 20:24

Lettre à mes compatriotes : « Le Mnsd Nassara n’a qu’une parole et il l’a donnée »

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Seini Oumarou OppositionBeaucoup d’entre vous ont sans doute préféré suivre leur télé-film habituel que de subir, comme l’a si bien dit un compatriote, le discours soporifique de Mahamadou Issoufou. Et c’est de bonne guerre si la télévision Bonferey, par la voix bien inspirée de Abdourahamane Younoussa, s’est demandée de quel pays parle Mahamadou Issoufou lorsqu’il parle d’un Niger dont les Nigériens doivent être fiers à tous points de vue. Mais, entre nous, qui s’étonnerait d’entendre Mahamadou Issoufou dire que les Nigériens vivent dix fois mieux que les Norvégiens ? Personne, j’imagine, y compris dans son propre camp politique, et c’est de raison si je ne me préoccupe pas tant de revenir sur des propos qui ne reflètent pas le Niger actuel ; un Niger déchiré par mille problèmes mais que Mahamadou Issoufou refuse de voir, à plus forte raison s’en occuper.

Mes chers compatriotes, j’ai tenu, cette semaine, à vous entretenir d’un sujet qui défraie la chronique sans que ceux qui répandent le bruit aient la moindre assurance qu’ils sont dans le vrai. Il s’agit de cette rumeur relative à un éventuel départ du Mnsd Nssara pour les prairies roses. Car, malgré les démentis multipliés au sein du Mnsd Nassara par les voix les plus autorisées, les tenants d’un phagocytage du parti de Seïni Oumarou par le Pnds Tareyya s’accrochent, mordicus, à leur affaire : l’entrée du Mnsd Nassara au sein du gouvernement n’est qu’une question de jours. Mais les jours passent sans qu’on ne voie rien venir. Au contraire, c’est, tour à tour, Ali Sabo, puis Ibrahim Hamidou, tous deux membres du Bureau politique national et d’autres voix non moins autorisées, qui sont montés au créneau pour démentir la rumeur et dénoncer une campagne de sape contre leur parti. Exactement comme il y a deux ans lorsque, refusant un deal politique suicidaire, le Mnsd a été la cible d’attaques outrancières et son président, traîné dans la boue. Je l’avoue, je ne sais rien de cette affaire. Vrai ou faux, je ne me ferai pas messie en prédisant ce qui va se passer. C’est pourquoi, je préfère m’interroger et interroger les premiers responsables de ce parti pour lesquels j’ai un très grand respect. Pour m’interroger et interroger le Mnsd Nassara, vous me permettrez de m’adresser directement à quelques uns d’entre eux dans cette lettre qui vous est destinée. C’est une façon pour moi de marquer l’histoire. Et à tout seigneur, tout honneur, je commence par le président du Mnsd Nassara, Seïni Oumarou. Je sais qu’il lira ces lignes. Il doit alors savoir que le respect que je lui voue transcende les arcanes politiques. Qu’il soit certain que ma démarche ne procède ni d’une démagogie ni d’une volonté de tromper. Elle est la source de la sincérité, mais aussi de la volonté de servir au mieux les intérêts du Niger et de son peuple. Je sais, pour être un bon observateur de la scène politique nigérienne, que votre ambition également est de servir le Niger, pas des individus dont vous connaissez mieux que moi, les méfaits en cinq années de gestion du pays. J’ai trois questions essentielles à vous poser :

Premièrement, la raison d’être d’un parti politique étant la quête du pouvoir d’Etat, quels intérêts politiques un parti comme le Mnsd Nassara a-t-il à s’allier au Pnds Tareyya dont la gestion chaotique a agenouillé l’Etat ?

 

Deuxièmement, pensez-vous qu’il vaut mieux suivre dans leur logique et se laisser entraîner par des militants qui menacent de partir chez l’adversaire politique que de leur résister, soit-il avec le dernier carré de militants fidèles et sûrs ?

 

Troisièmement, s’allier aujourd’hui au Pnds Tareyya ne serait-il pas, d’une part, une caution au gâchis de Mahamadou Issoufou à la tête de l’Etat ; d’autre part, une façon de donner raison à Albadé Abouba qui l’a fait, il y a deux ans ?

 

Mes chers compatriotes, sans vouloir tenter de répondre à ces questions que je pose également à Abdoulkadri Tidjani, qui serait déjà, selon certaines rumeurs, conseiller au président de l’Assemblée nationale actuel, à Almoustapha Garba, un garçon honoré par le Mnsd mais sur qui se raconte une histoire de judas, permettez-moi toutefois de marteler une vérité. L’unique mérite du Mnsd Nassara serait d’apporter effectivement à Mahamadou Issoufou une belle caution politique qui lui permettra de continuer à dire et à soutenir ce qui n’a rien à voir avec les réalités : politiques, sociales et surtout économiques. Le jour où Seïni Oumarou, qui a l’habitude de dire que le Mnsd Nassara n’a qu’une parole et qu’il l’a donnée, fera volte-face, ce jour-là, chacun de vous doit considérer que le Niger est enterré, sacrifié sur l’autel d’intérêts particuliers. Si le Mnsd Nassara s’allie au pouvoir qu’il combat depuis cinq ans, chacun doit savoir qu’il doit se transformer en voyou et apprendre à gruger l’Etat car il n’y aura plus de place pour ceux qui se battent pour un Niger respectueux des droits et des libertés publiques ; pour ceux qui réclament des comptes aux voleurs de l’Etat. En effet, si de grandes icônes de la lutte pour un autre Niger tel que Ousseïni Salatou, décident, un jour, de jeter armes et bagages pour courir dans les bras de celui qu’il a régulièrement présenté comme le plus grand mal de ce pays, c’est que le Niger tout entier est pourri. Et là, n’attendez plus pour apprendre à mentir, à faire croire aux Nigériens que le noir est devenu subitement tout blanc.

 

Autrement, partez ailleurs !

Mes chers compatriotes, par delà ces interrogations et ces hypothèses hallucinantes d’un Niger qu’il faut redouter, je suis convaincu que le Mnsd Nassara se fera plus de mal en se jetant dans les bras de Mahamadou Issoufou qu’en souffrant de vivre à l’opposition. En tout état de cause, si, pour le malheur des Nigériens, les premiers responsables du Mnsd font le choix d’oublier les souffrances du peuple nigérien pour s’acoquiner avec Mahamadou Issoufou et lui donner la caution politique dont il a besoin pour poursuivre sa politique désastreuse à la tête de l’Etat, c’est que le bout du tunnel n’est pas pour demain pour les Nigériens. Mais attention, ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain. Le Mnsd Nassara est un parti qui regorge d’hommes et de femmes de qualité et de grande responsabilité qui savent dans quel pétrin Mahamadou Issoufou a précipité le Niger. Des hommes et des femmes qui savent qu’ils feraient davantage mal à leur pays en donnant à Mahamadou Issoufou une prime pour sa mauvaise gouvernance. Ils savent surtout qu’en le faisant, ils donneraient une licence totale à tout faire pour un homme qui ne s’est point empêché de violer la loi fondamentale. Ils savent enfin que c’est comme ça que naissent les dictateurs et qu’au Niger, nous n’en avons pas besoin. Les sorties médiatiques de tous ceux qui, à l’instar de Ibrahim Hamidou, ont tenu à dire publiquement que le Mnsd Nassara n’est nullement concerné par ce qui se raconte, sont de nature à émousser l’ardeur de ceux qui ont informé sur une probable union Mnsd-Pnds. Mais elles ne suffisent pas à clarifier une situation dans laquelle le silence du Bureau politique du Mnsd équivaut pour les uns, à une preuve que quelque chose de louche se passe ; pour les autres, un encouragement à poursuivre ce qu’ils ont entamé. Une déclaration publique fixerait tout le monde. Car, quelle que soit l’hypothèse, les Nigériens finiraient par savoir.

13 août 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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