jeudi, 18 août 2016 02:49

Amères vérités : Il n’y a ni gloriole à participer à une œuvre « satanique » pour reprendre le mot de Seïni Oumarou ni avantage à être face au peuple

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Seini Oumarou Mnsd 01Une fois n’est pas coutume, je commencerai ces amères vérités par un long extrait du discours prononcé par le président du Mnsd Nassara, Seïni Oumarou, à l’ouverture du congrès ordinaire de son parti, en 2014. Cela vous permettra de comprendre le niveau de pourriture de la classe politique nigérienne. Vous comprendrez alors que nous sommes en face de bas calculs dans lesquels l’intérêt général est une donnée inconnue et que si telle est la politique, autant s’en éloigner.

Seïni Oumarou et les siens ont, donc, décidé, de s’attabler aux côtés des auteurs du coup d’Etat électoral du 20 mars 2016 afin, dit-on dans les milieux du Mnsd Nassara, de retenir les militants, trop voraces et peu soucieux de l’intérêt général. Il paraît, malgré les dix années de pouvoir de Mamadou Tandja, qu’ils aient si faim que si le parti ne se mettait pas au service du pouvoir satanique — l’expression n’est pas de moi mais de Seïni Oumarou — de Mahamadou Issoufou, il volerait en éclats du jour au lendemain. Une logique pernicieuse qui impose une seule lecture : pour le Mnsd Nassara, c’est tant pis pour le Niger et son peuple. Pour mémoire, voici, selon Seïni Oumarou, le pouvoir auquel le Mnsd Nassara a décidé de s’allier.

 

«  De jour en jour, notre pays s‘enfonce inexorablement dans une dérive dictatoriale sans précédent, caractérisée par une profonde et intégrale injustice sociale, eu égard, entre autres, à la prédominance du sectarisme et du clanisme dans la gestion des affaires de l’Etat, en passe de devenir le logiciel qui guide et inspire les actions scandaleuses et dégradantes de Mahamadou Issoufou.

 

  • Comment comprendre l’attitude barbare et inhumaine de sape des fondements de la cohésion sociale, de l’unité nationale et de la réconciliation entre les Nigériens ?
  • Comment comprendre l’ascension fulgurante du régionalisme et de l’ethnocentrisme ?
  • Comment comprendre l’appétit boulimique, démesuré et insatiable du Président de la République Issoufou Mahamadou et de son clan pour la violation répétée de la Constitution, des lois et règlements de la République ?
  • Comment comprendre les proportions inquiétantes que prennent les scandales financiers, les détournements des deniers publics, notamment les fausses factures et les  surfacturations ?
  • Comment comprendre l’escalade de la corruption, des passe-droits et des trafics d‘influence ?
  • Comment comprendre la résurgence grandissante de l’insécurité ?
  • Comment comprendre le spectacle désolant dans lequel est plongé l’école nigérienne ?
  • Comment comprendre la montée vertigineuse de l’extrême paupérisation de nos vaillantes populations ?
  • Comment comprendre l’enrichissement rapide et illicite de bon nombre de ténors du régime
  • Comment comprendre l’adoration du mensonge et du gangstérisme au plus haut sommet de l’Etat comme mode de gouvernance ?
  • Comment comprendre la présence dans les arcanes du pouvoir de narcotrafiquants  étiquetés comme tels sur  le plan national et international ?
  • Comment comprendre le détournement au su et au vu de tout le monde des ressources pétrolières au profit d’intérêts privés Véreux tapis dans les arcanes du pouvoir et à l’Etranger?

 

Et voici les réponses que Seïni Oumarou a trouvées à ces interrogations : « La préoccupation du Président Mahamadou Issoufou et de son Clan est de se débarrasser par tous les moyens des principaux Leaders de l’Opposition institutionnelle, à savoir Hama Amadou, Président de l’Assemblée Nationale et Président du Moden FA/Lumana/ Africa, Mahamane Ousmane, Président de l’ARDR et Président du CDS-Rahama et du Président du MNSD-Nassara, Chef de file de  l’Opposition que je suis ». Parlant de la proposition de Mahamadou Issoufou, relativement à la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, Seïni emprunte l’expression de Mahamadou Issoufou en 2004 face à Mamadou Tandja en disant que « L’histoire retiendra en effet, que les dessous de cette « escroquerie politique », puisque c’en est une, visent l’éclatement des partis membres de l’opposition et le Moden-Fa/ Lumana /Africa, à l’époque membre de la Mouvance Présidentielle ».

 

« Le régime satanique de Mahamadou lssoufou est implacablement dans une logique folle et démoniaque d’anéantissement de la cohésion sociale, de l’unité nationale et de toutes les valeurs sociales, culturelles, démocratiques et républicaines ».

 

Et bien, évidemment, on ne peut charger à ce point sans sentence. Alors, pour conclure sa plaidoirie à charge contre le pouvoir en place, Seïni Oumarou déclame : « L’heure a donc sonné d’arrêter net  ce régime dans sa démarche hémogénique et suicidaire pour le développement harmonieux du peuple nigérien, la quiétude et la paix sociale dans notre pays. C’est dire que nous sommes en face d’un danger public et il faut le traiter comme tel. J‘en appelle par conséquent au sursaut national, et ce, à travers une synergie d’actions de toutes les forces  démocratiques et républicaines, galvanisées par le sens du sacrifice et du devoir citoyen, afin de libérer rapidement le Niger, notre pays et son peuple, des griffes meurtrières de ce monstre hideux et ignoble que représente le régime du Président Issoufou Mahamadou, et qui, par des actes criminels dignes du gangstérisme d’un nouveau genre, a altéré et spolié notre environnement  politique, économique, social et culture ».

 

Voilà. C’était en 2014 et rien n’a changé en mieux depuis. Au contraire, les feux qui étaient en orange ont carrément viré au rouge. Les caisses de l’Etat ont été vidées, le front social est en ébullition du fait des dérives du pouvoir en place, l’insécurité a obligé des compatriotes à vivre dans des camps sur leurs propres terres, l’école publique est abandonnée à son sort avec l’arrêté insensé et criminel de Daouda Mamadpou Marthé, l’effet boomerang des recrutements anarchiques se fait déjà sentir avec le recalage de plus de 4000 enseignants recrutés depuis 2014 mais toujours sans matricules, le renvoi de plus de 2300 contractuels, conseillers et chargés de mission de la ville de Niamey, la mise sous coupe réglée de l’économie nigérienne à travers le groupe Bolloré, etc. C’est dans ces conditions douloureuses pour notre peuple que Seïni Oumarou et les siens ont choisi, de sauter du côté de ceux qui ont mis le Niger à genoux.

Les Nigériens ne pardonneront jamais à ceux qui ont amené le Mnsd Nassara à cette grave compromission. Ils ne leur pardonneront jamais d’avoir mis en avant des intérêts corporatistes au détriment du Niger et de son peuple. Et l’histoire, qui tourne inexorablement, se chargera de démasquer tous les filous qui, moyennant des subsides et autres strapontins promis quelque part, ont déraciné le grand baobab pour l’offrir en offrande, avec ses racines, au grand timonier rose. Car, le peuple nigérien ne se résume pas uniquement à des partis politiques. L’histoire sera également implacable contre tous ces rats d’égouts qui, toujours pour des motivations bassement mercantiles, ont mené cette campagne de presse indécente et insultante vis-à-vis du peuple nigérien qu’ils voulaient, paraît-il, préparer à ce big-bang. C’est tout simplement honteux.

 

Oui, c’est honteux de voir à quel point des hommes politiques se conduisent en véritables vautours autour d’un cadavre inerte. Et lorsque, chose qui ne survient presque jamais, même dans la savane, des hyènes, des vautours et des chacals s’entendent pour manger, ensemble, les restes abandonnés par un lion repu, alors, on a beau être indifférent, on ne peut que ressentir du dégoût. Du dégoût pour cette capacité qui manque lorsqu’il s’agit de défendre les principes, les lois et règlements de la République, de défendre également les maigres deniers publics, de défendre l’éthique et la déontologie, mais qu’on constate à profusion lorsqu’il s’agit de se taire pour voler l’Etat et se constituer des fortunes autrement injustifiées.

L’escroquerie politique est là, dans ces mœurs légères que des leaders politiques communiquent à des générations entières, apprenant aux jeunes nigériens, non pas le sens de la probité, de l’honneur et de la dignité, mais la propension à voler, à tricher et à poignarder, dès que l’on peut, les masses laborieuses nigériennes, pour se remplir les poches. C’est là un gangstérisme digne des histoires de l’Ouest américain. Et dire que Abdoulkadri Tidjani a osé dire que c’est dans l’intérêt supérieur de la nation qu’ils sont en train d’agir.

 

Inutile de se demander ce qui a pu changer pour que le Mnsd Nassara accepte d’endosser la responsabilité du désastre causé par Mahamadou Issoufou. Ce qui a changé, c’est que chez Seïni Oumarou et les autres, on a pris en fin de compte le courage d’assumer ce que l’on croit : tant pis pour le Niger ! Il faut aller manger pendant qu’il est encore temps, n’est-ce pas, chers amis du Mnsd Nassara, tandis que des imbéciles qui ont la tête à rêver de probité, d’honneur et de dignité, continuent de penser à un soleil qui ne se lèvera jamais.

 

L’acte du Mnsd Nassara est grave. Il vient fortifier dans leurs élans malheureux et honteux, tous ces leaders, politiques bien sûr, religieux, coutumiers et autres qui se gênent plus pour monnayer leurs soutiens au détriment de ce qui pourrait advenir du Niger. Par cet acte, le Mnsd Nassara donne ainsi, non seulement quitus à Mahamadou Issoufou pour tous les crimes dont il l’a régulièrement accusé, mais il donne la caution publique à tous ceux qui ont la chance d’accéder à de hautes fonctions de faire exactement comme Mahamadou Issoufou. J’ai honte pour Seïni Oumarou. J’ai honte pour tous ces messieurs que nous avons régulièrement côtoyés et qui nous ont inspirés respect et considération pour cet engagement au service du peuple nigérien. Alors que les Nigériens, dans une écrasante majorité, qu’ils vivent en ville ou en campagne, qu’ils soient instruits ou analphabètes, sont profondément attachés aux valeurs qui fondent notre société, notamment le sens de la dignité, de la fierté et de l’honneur, les «leaders» nigériens pêchent par leur propension à montrer au quotidien qu’il faut être un imbécile pour croire en ces valeurs. Ils créent au sein de la jeunesse, déboussolée, des sentiments que tout le monde est voleur, tricheur et fraudeur. Que le mérite, c’est justement de pouvoir soutirer, par tous les moyens frauduleux, le maximum d’argent dans les caisses de l’Etat pour se mettre à l’abri du besoin ; acquérir un diplôme par la corruption ou le trafic d’influence, se faire recruter par fraude ou accéder à un poste de responsabilité dans l’administration en usant de faux, etc. Une véritable descente aux enfers qui n’émeut pas outre mesure.

 

Lorsque, dans un pays, vous avez sur ce registre ignoble des noms illustres tels que Malika Issoufou Mahamadou, Kadidaitou Ly, Seyni Garba, clairement cités comme étant les commanditaires de fraudes et trafics d’influence, il n’y a plus rien à dire : le pays est pourri au dernier degré. Mais le plus grave, c’est de constater que ceux qui se sont, durant des mois, dressés en défenseurs des intérêts du peuple nigérien qu’ils ont prétendu piétinés et spoliés ; ceux qui ont passé leur temps à dire que Mahamadou Issoufou a ruiné ce pays et qu’il faut nécessairement le lui reprendre pour sauver ce qu’il y a à sauver ; ceux sur qui le peuple nigérien a posé son espoir de voir la fin de son calvaire en constituant une alternative ; que ceux-là décident de l’abandonner à son sort et de chercher plutôt à tirer son épingle du jeu. Que faut-il faire ou dire lorsque, des politiciens qui ont juré de travailler au bonheur du peuple, crédités de bonne foi et respectés pour l’engagement qu’ils ont pris devant le peuple, décident de balayer d’un revers de la main, sans gêne, principes et serments solennels, pour s’acoquiner avec ceux qu’ils prétendaient combattre pour leur gouvernance, désastreuse par ailleurs ? Que faut-il penser et dire de gens qui, au mépris de ce qu’on pourrait penser d’eux, mais surtout de ce qui va advenir du pays, déjà mal en point, décident de passer outre tout ce qu’ils disaient et soutenaient avec hargne hier, pour monnayer avec Mahamadou Issoufou leur silence sur le dos du peuple nigérien ? Je me garde de répondre à votre place. Mais, n’est-ce pas malheureux, misérable et désastreux de voir toute la problématique de faire de l’opposition ou de rallier le pouvoir à une vulgaire affaire d’argent à gagner ? C’est à ce nombrilisme dégoûtant et sans doute funeste pour le parti de Seïni Oumarou, que des tenants du mercantilisme politique ont réduit le grand baobab. Car, s’il est vrai qu’il faut aller manger ce qui reste du Niger pour éviter de voir le Mnsd Nassara sombrer dans le chaos, c’est qu’il est déjà dans le chaos.

 

Le fait est là : le bureau politique a donné mandat à Seïni Oumarou de négocier l’entrée du parti de Mamadou Tandja au gouvernement. Que l’œuvre soit inspirée par Mamadou Tandja ou qu’elle soit de Seïni Oumarou, le peuple est là, exactement où ils l’ont laissé, incapable, certes, de faire bouger le curseur mais profondément croyant. Il n’y a ni gloriole à participer à une œuvre « satanique » pour reprendre le mot de Seïni Oumarou ni avantage à être face au peuple.

 

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