jeudi, 18 août 2016 17:55

Mes chers compatriotes, : « Quand tu t’es battu si dur pour te remettre debout… ne retourne jamais vers ceux qui t’ont mis à terre »

Évaluer cet élément
(1 Vote)

Issoufou Mahamadou Seini Oumarou PresidenceAprès cinq ans de combat acharné contre le pouvoir en place, le Mnsd Nassara, qui a déjà montré des faiblesses inquiétantes, il y a trois ans, vient de capituler. C’est l’évènement majeur de la vie politique nigérienne tumultueuse. Il survient, trois mois à peine après le coup d’État électoral du 20 mars 2016 et cela doit susciter bien plus que les commentaires auxquels nos compatriotes s’adonnent ces jours-ci. Les procès se font à la va-vite, les charges sont dites en deux ou trois phrases, puis, en l’absence de toute défense, la sentence tombe : coupable ! Seïni Oumarou, président du Mnsd Nassara, est voué aux gémonies, traîné dans la boue ou dans le meilleur des cas, crédité d’une innocence candide qui aurait été trahie. Je comprends bien cette propension à juger et à condamner facilement car le militant de base ne peut faire qu’avec les informations, parfois parcellaires et incomplètes, auxquelles il lui arrive d’accéder.

Or, dans la plupart du temps, beaucoup d’éléments ne sont pas bien cernés et bien, évidemment, tout jugement ne peut être qu’erroné. Le Mnsd Nassara, à une écrasante majorité des membres de son bureau politique a donné mandat à son président, Seïni Oumarou, de conduire les négociations avec son vis-à-vis du Pnds Tareyya, c’est-à-dire Mohamed Bazoum. Mais tout le monde sait qu’il négociera directement avec Mahamadou Issoufou et que ce sera par simple respect des formes qu’il y assistera ou mieux, pour le suivi et la mise en œuvre des options retenues conjointement. C’est un fait et personne ne peut le nier. Mais il faut se poser certaines questions. La première, c’est de savoir ce qui a bien pu être si déterminant dans le choix du Mnsd Nassara de s’allier à un pouvoir qui a mis le Niger à genoux et que ses premiers responsables ont qualifié de « satanique » ? La deuxième question qui mérite réponse (s) est de savoir quel rôle Mamadou Tandja a pu jouer dans ce « mariage contre le Niger » et pour quelles motivations ? La troisième question, c’est de savoir pourquoi le Pnds a considéré le Mnsd comme le maillon faible de la chaîne pour s’acharner ainsi sur la dislocation de ce parti légendaire ? Et en quatrième lieu, enfin, c’est de regarder à la loupe les différents protagonistes et de chercher à comprendre leurs motivations. Bien évidemment, je n’ai pas les réponses à toutes ces questions mais je pense pouvoir vous aider à démêler cet imbroglio politique Mnsd-Mnsd. C’est la première clé pour s’aventurer dans le labyrinthe. Plus qu’un mérite pour Mahamadou Issoufou et son Pnds, le problème du Mnsd est essentiellement un problème généré et entretenu de l’intérieur, par des hommes bien placés du parti. Mahamadou Issoufou n’a eu qu’à s’engouffrer dans cette brèche, que dis-je, dans ce trou béant d’autant plus que ceux qui l’ont fait ne l’ont pas fait pour s’arrêter en si bon chemin. La deuxième donnée de base à privilégier est que le pêché originel du Mnsd, c’est cette volonté farouche de Mamadou Tandja qui, sans qu’on ait compris les motivations profondes, a entrepris de se débarrasser de Hama Amadou, un homme qui, de l’avis de plusieurs observateurs nationaux et étrangers, a tout pour lui succéder. Et à la présidence du Mnsd et à la tête du pays. Le mal du Mnsd a, donc, pour source Mamadou Tanja. C’est lui qui a disloqué, en premier, ce grand rassemblement politique des Nigériens qui, de Téra à Bilma, ne vibraient que pour une seule chose : construire le Niger dans l’unité. Lumana, qui est aujourd’hui un grand parti politique, est sorti des flancs de ce parti et c’est bien Mamadou Tandja qui en est à l’origine. Ça, les Nigériens semblent l’oublier. Evincé du pouvoir pour une faute qui aurait dû le conduire derrière les barreaux pour le restant de ses jours, le vieil homme ne semble pas pour autant perdu le goût des intrigues politiques. Dans son bunker, sur la route de Dosso, il continue et multiplie les consultations politiques. Il ne parle pas mais travaille avec abnégation à ce qui lui semble un objectif prioritaire : garder la haute main sur le Mnsd pour des motivations qui lui sont propres.

Mes chers compatriotes, n’est-il pas surprenant, voire choquant que Mamadou Tandja, président d’honneur du Mnsd, paraît-il, n’ait pas ouvert le clapet une seule fois pour apporter son soutien à ceux qui portent l’étendard du parti à la présidentielle et aux législatives ? N’est-il pas aberrant de voir Mamadou Tandja se donner tant de peine pour parler publiquement de cette fameuse affaire de 400 milliards alors qu’il n’a pas daigné faire le moindre enregistrement pour appeler ses compatriotes à voter pour les candidats du Mnsd. Curieuse façon d’exprimer sa reconnaissance et sa gratitude à un parti qui t’a fait, deux fois, roi. On ne me dira pas qu’il est depuis lors malade puisqu’il poursuit, avec entrain et passion, les consultations politiques, distille à volonté les conseils motivés. Seïni Oumarou, qui a été la victime silencieuse de ce secret et déloyal combat, en sait quelque chose. Mais quelles peuvent être les motivations de Mamadou Tandja ? Allez savoir. Pour ma part, je m’en tiens à cette leçon de Cheick Hamidou Kane, l’auteur de « L’aventure ambiguë », qui disait que l’être humain n’est qu’une « misérable petite moisissure de la terre ». Quelle que soit, donc, les motivations de Mamadou Tandja, il ne fera pas ce que Dieu n’aura pas décidé.

Mes chers compatriotes, qu’est-ce qui a bien pu être si déterminant dans le choix du Mnsd Nassara de s’allier à un pouvoir qui a mis le Niger à genoux et que ses premiers responsables ont qualifié de « satanique » ? La réponse n’est pas aussi simple. Dans un premier temps, une parenthèse s’impose pour souligner que si en 2013, le Pnds et Mahamadou Issoufou ont directement négocié avec Seïni Oumarou et le Mnsd, cette fois, ils ont préféré faire travailler des intermédiaires peu ordinaires puisqu’ils sont du Mnsd et qu’ils ont beaucoup d’influence dans le parti. Pourquoi ont-ils offert leurs bons services à Mahamadou Issoufou ? Là également, allez-y savoir. Voyez, aujourd’hui, avec quel enthousiasme Abdoulkadri Tidjani défend et promeut le soutien à apporter à Mahamadou Issoufou. Vous croyez vraiment qu’il dit vrai en prétendant qu’ils ont agi dans l’intérêt supérieur de la nation ? Les arguments qui ont pu faire fléchir un si grand nombre de membres du bureau politique national sont, certes, aussi divers que les couleurs que l’on pourrait trouver sur le plumage d’un ara. Les motivations sont tout aussi diverses. Mais il est bon de savoir que Mahamadou Issoufou n’a aucun mérite dans cette décision du Mnsd. Pas plus que les ténors du Mnsd. Je veux dire que si le parti de Mamadou Tandja a décidé d’apporter sa totale caution à ce que Mahamadou Issoufou a fait du Niger, ce n’est pas parce que Abdoulkadri Tidjani et Cie sont convaincus que leur arrivée serait d’un quelconque secours pour le Niger. Au contraire ! Ils offrent à l’opinion nationale une piteuse conception de la démocratie et de l’État dans un Niger qui a plutôt besoin d’élévation d’esprit. Le Mnsd est parti au pouvoir mais ses responsables, exception faite des effrontés qui savent ce qu’ils ont à gagner dans cette affaire, sont très mal à l’aise. Le reniement est total et dans notre société, il n’y a pas plus grande honte que le reniement.

Mes chers compatriotes, quel rôle Mamadou Tandja a pu jouer dans ce « mariage contre le Niger » et pour quelles motivations ? Vous avez pu observer que certains, dits proches de l’homme, sont catégoriquement opposés à cette nouvelle alliance avec le Pnds. Ce qui pourrait, par déduction, conduire à penser que Mamadou Tandja serait contre le mariage Pnds-Mnsd. Ce serait aller vite en besogne. Les lectures de surface ont la particularité de déboucher sur des évidences. Or, le problème est très complexe. N’y aurait-il pas eu des matchs dans le match ? Le silence dans lequel Mamadou Tandja s’est emmuré est sa meilleure défense mais en même temps, il se trahit en faisant croire qu’il est absent du débat. Il en est bien le centre. C’est par lui que la plus grande défection de masse de militants est arrivée avec son jeu trouble d’éviction de Hama Amadou de la présidence du Mnsd. Et si l’on ne peut l’accuser formellement de démantèlement du parti qui l’a fait roi, on ne peut néanmoins s’empêcher de l’accuser d’être resté impassible alors qu’il a un devoir d’ingérence et de reconnaissance lourd à porter. Mamadou n’a, donc, aucune défense qui tienne. S’il n’a jamais cru bon de faire connaître ses positions dans les situations les plus critiques du parti, c’est qu’il a choisi de jouer en coulisses, option qui lui offre la possibilité de cacher son véritable jeu. En tout cas, il a gardé trop le silence pour ne pas être tenté de croire que Seïni Oumarou est en train de subir ce que Hama Amadou a subi ; que Mamadou Tandja est trop égocentrique pour céder le pouvoir à un tiers ; que l’ancien colonel, malgré l’âge et la maladie, n’a pas encore fini de faire trinquer.

 

Mes chers compatriotes, pourquoi le Pnds a considéré le Mnsd comme le maillon faible de la chaîne pour s’acharner ainsi sur la dislocation de ce parti légendaire ? En vérité, et pour ne pas trop tourner autour du pot, c’est que les ténors du Pnds savent que le Mnsd est miné de l’intérieur. Or, il n’y a pas meilleur allié qu’un adversaire qui entreprend de scier la branche sur laquelle il est assis. De ce genre de militants, le Mnsd en est malheureusement plein comme têtards dans un étang. Ce sont sur ces politiciens aux pieds nickelés que Mahamadou Issoufou s’est appuyé pendant tout ce temps pour continuer à asséner au Mnsd des coups en dessous de la ceinture. Miné de l’intérieur, Mohamed Bazoum et les siens n’ont eu qu’à encourager et à soutenir, de la plus belle manière, sans doute, ces énergumènes qui n’ont pas que le ventre devant eux. Ils ont tout autre chose qui les fait marcher à reculons. Dans cette sale affaire, l’histoire d’un Mnsd truffé de gens voraces qui ne songent qu’à gagner des strapontins à la faveur du pouvoir n’est pas le fond, mais la forme qui permet de camoufler la vérité. Car il y a eu trop de mensonges qui ont tellement fleuri qu’ils ont suffi à fabriquer une histoire à l’eau de rose. Un compatriote que j’ai eu l’heur de lire sur les réseaux sociaux, a bien dit, à ce propos que « Dans la tradition nigérienne, la vérité est noble, le mensonge est perçu comme contraire à la morale. D’ailleurs, un homme respectueux, sage, à qui il reste un minimum de foi, de vertu, s’abstient de tout mensonge ». J’ai trouvé son mot réconfortant car de toute évidence, il traduit le fait que malgré le système de corruption qui a permis de détruire des pans entiers de notre société et de subjuguer le Niger dans ses composantes institutionnelles les plus représentatives en termes de symboles, notre pays est encore debout. Il est bien debout et les coups de boutoir de ceux qui ont abondamment utilisé l’argent, le mensonge et les manipulations de toutes sortes, doivent comprendre qu’ils rament à contre-courant de l’histoire d’un peuple qui aspire au développement par le travail productif, dans l’unité de l’ensemble de ses filles et de ses fils.

 

Mes chers compatriotes, si vous avez pris la peine d’écouter les défenseurs acharnés de ce mariage contre le Niger, il vous est sans doute arrivé de vous interroger sur les véritables motivations de ces acteurs. Tout comme vous vous êtes également demandé pourquoi une minorité de membres du bureau politique national du Mnsd ne sont pas d’accord et le disent tout haut. Eh bien, dans le premier cas, certains émargent depuis quelque temps déjà à la présidence de la République et mènent en réalité à l’intérieur du Mnsd une mission de taupe. Ce sont eux les fourmis qui ont fait dynamiter le Mnsd de l’intérieur et la découverte des identités fait froid dans le dos. Quant aux seconds, ils ont, sincères ou pas, le mérite d’être dans les bons registres de l’histoire. Ali Sabo est carrément dégoûté et l’on ne peut mettre en doute sa sincérité. Tout comme Issoufou Tamboura qui incarne incontestablement ce qu’il reste de grand et d’honorable au Mnsd. Quant à Seïni Oumarou, il sait bien que, comme dans le cas du tasartché, la voie choisie n’est d’aucun intérêt pour le Niger. Il est face à l’histoire, mandaté par le bureau politique de conduire les négociations avec Mahamadou Issoufou et le Pnds. C’est à lui de choisir par quelle porte il compte y entrer. Qu’il prenne seulement la peine de se regarder dans un miroir et de s’interroger, à l’aune de tout ce qu’il a dit de ce pouvoir satanique — c’est son mot — et il comprendra que le Mnsd vient d’enterrer, à la fois, le dernier bastion d’espoir du peuple nigérien. L’espoir d’un renouveau du Mnsd également. « Quand tu t’es battu si dur pour te remettre debout…ne retourne jamais vers ceux qui t’ont mis à terre », disait Nelson Mandela. Moi, je sais qu’il y a eu des matchs dans le match, mais bon, les Nigériens ne jugent que sur la base des informations qu’ils ont à leur portée et ce n’est pas toujours facile de séparer le bon grain de l’ivraie.

18 août 2016

Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le jeudi, 18 août 2016 21:00

Idées et opinions