mercredi, 24 août 2016 21:50

Lettre à mes compatriotes : La volonté des Saoudiens n’est pas d’aider le Niger, mais bien d’assurer la sécurité alimentaire de leur pays au détriment des Nigériens

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Saoudiens NigerImage d'illustrationLe 20 mars 2016, pour prouver votre désaffection totale vis-à-vis de la gouvernance catastrophique de Mahamadou Issoufou qui a abusé de la force publique pour maintenir son redoutable challenger en prison et aller seul au second tour de la présidentielle en pensant ainsi gagner sans coup férir. Mal lui en avait pris puisque vous avez décidé, en toute souveraineté de montrer à la face du monde que Mahamadou Issoufou a beau être seul à ce second tour, vous le recalerez au nom de tout le mal qu’il a fait au Niger. De fait, il a compris qu’il ne serait plus à la tête de l’Etat au-delà du 20 mars par la volonté populaire et qu’il faudrait un moyen de s’incruster au pouvoir.

Ce rappel s’est imposé à moi au regard de tout ce que Mahamadou Issoufou continue à faire du Niger et qui hypothèque dangereusement l’avenir de plusieurs générations de Nigériens. Vous n’avez pas eu tort de le récuser et les populations de Diffa, déjà meurtries par la guerre contre BokoHaram, risquent de faire les frais de cette gouvernance irresponsable. Acculé de toutes parts et financièrement asphyxié, Mahamadou Issoufou serait en train d’envisager toutes les voies susceptibles de lui procurer quelque argent. Irait-il jusqu’à le faire à n’importe quel prix, y compris celui de vendre les terres les plus riches du Niger à des groupes étrangers ayant vocation à garantir la sécurité alimentaire de leurs pays et de leurs ressortissants ? L’information fait le buzz sur Internet : le Niger serait sur le point de céder quelques 120 000 ha de terres. Selon l’agence Ecofin, les autorités nigériennes ont révélé être en négociation avec la société saoudienne Al Horaish for Trading &Industry pour la vente de 120 000 hectares de terres agricoles dans la région de Diffa, à l’est du pays. Il paraît que ce projet criminel s’inscrirait dans le cadre de la lutte contre l’insécurité alimentaire ou si vous préférez, la nouvelle formule des 3N qui deviennent pour le moment les SNN « Les Saoudiens nourrissent les Nigériens ». Ainsi, Mahamadou Issoufou compte dessaisir les populations nigériennes de leurs terres agro-pastorales, vitales pour la survie des communautés locales, pour assurer, en priorité, la sécurité alimentaire des populations saoudiennes. Car, la volonté des Saoudiens n’est pas d’aider le Niger, mais bien d’assurer la sécurité alimentaire de leur pays au détriment des Nigériens.

Mes chers compatriotes, comment peut-on avoir de la sympathie, à plus forte raison soutenir, un pouvoir qui se soucie si peu du Niger au point de vouloir en faire une propriété de firmes étrangères ? N’est-ce pas une haute trahison que de déposséder les populations nigériennes de leurs terres au profit de firmes étrangères mises en place par les gouvernements de leurs pays pour les voir assurer la sécurité alimentaire de leurs concitoyens ? N’est-ce pas un autre drame qui va frapper le Niger sous Mahamadou Issoufou ? C’est pourtant cela qui est, malheureusement, en cours. Car, selon des informations publiées en ligne, la société Al Horaish for Trading &Industry, a obtenu déjà l’aval du Conseil régional de Diffa, et n’attend plus que celui du gouvernement du Niger pour la mise en œuvre de son projet d’aménagement et de mise en valeur du bassin de la Komadougou et du lac Tchad, incluant également la mise en place d’unités de transformation agro-alimentaire. L’ambition de la société à travers ce projet est de mettre en valeur 120 000 hectares de terres agricoles et pastorales qui lui seront concédées dans le cadre d’un accord de partenariat public/privé. Ce projet est une honte, pour l’Arabie Saoudite qui cherche ainsi à nourrir ses enfants sur la pauvreté et la détresse d’autres peuples musulmans. Est-ce ça la solidarité islamique ? Est-ce cela qu’enseigne le Saint Coran vis-à-vis d’autres peuples de la Ouma islamique ? Cette démarche de l’Arabie Saoudite est une escroquerie d’État qui n’honore pas ce pays. Au contraire ! Mais ce projet est surtout un drame pour le peuple nigérien car si les Saoudiens n’ont aucun scrupule à exploiter la pauvreté de nos populations pour se nourrir sur notre dos, il reste que ce sont des Nigériens qui sont en train de poignarder leurs concitoyens dans le dos.Il s’agit, comme toujours depuis cinq ans que cela dure, de gagner de l’argent pour soi, de se remplir les comptes bancaires grâce à des commissions et des pots de vin. L’enthousiasme du président du conseil régional de Diffa, MeyrouMalamLigari, sur RFI est encore plus dramatique. Il explique ainsi que « les populations expropriées du fait du projet ne devraient pas voir leur subsistance menacée puisqu’ils « auront un aménagement pour qu’ils puissent continuer à produire ce qu’ils avaient l’habitude de produire parce que nous avons prévu en aval des unités industrielles. C’est pour donner de la plus-value à ces productions au niveau régional ». En un mot, pour survivre, ils devront travailler pour ceux qui les ont expropriés. C’est dans cette optique malheureuse que l’on nous explique, dans une propagande tout autant malheureuse, que « Le projet devrait permettre « la création de 13 000 emplois, la construction d’écoles, de centres de santé, mais également une centrale électrique de 70 mégawatts. La région de Diffa bénéficiera aussi d’une redevance de l’ordre de 500 millions à 1 milliard de francs CFA par an, ainsi que d’un dividende de 15 %, sans compter les recettes fiscales au profit de l’État. Les études de faisabilité et d’identification des sites ont été déjà menées. Reste à conduire les études d’impact environnemental et social ». Une fausse propagande pour anéantir les oppositions et parvenir aux fins de vulgaires et vénaux commis prêts à tout pour gagner, eux aussi, leurs rétro-commissions. En vérité, tout l’argumentaire est faux et de l’avis des connaisseurs du dossier, à l’exception des pots de vin et des rétro-commissions, « ce projet ne comporte aucune retombée financière directe pour l’État du Niger ; bien au contraire, il se soldera par un important manque à gagner pour le budget national en raison des exonérations fiscales prévues. La société saoudienne, dont les investissements corporels seront de l’ordre 1 049 milliards FCFA, bénéficiera d’une exonération de l’ordre de 150 milliards FCFA rien qu’au titre de la TVA et des droits de douane ».

Mes chers compatriotes, je ne vous parlerai pas desconséquences environnementales et sociales négatives de ce projet agro-industriel, totalement orienté vers l’exportation, qui sont encore insoupçonnables. Mais il est clair que l’acte, s’il est accompli, serait une haute trahison. Le Niger est un pays aux 2/3 désertiques et qui se bat, depuis de longues décennies, contre l’insécurité alimentaire. Toutes les études, toutes les réflexions ont abouti à une même et seule alternative : si le Niger veut rompre avec l’insécurité alimentaire et ses cycles de famine, il lui faudra changer de cap en investissant dans le développement de l’agriculture irriguée. Tous les présidents et chefs d’État qui ont le temps d’y travailler ont fait ce qu’ils ont pu, avec une mention particulière pour feu SeyniKountché. Puis, Mahamadou Issoufou arrive avec…son 3N. Une formule séduisante mais qui est plutôt un slogan. Ayant échoué à donner un contenu et une réalité tangible à l’initiative 3N, asphyxié financièrement à cause de sa gestion catastrophique et le pilotage à vue qu’il a privilégié dans la conduite des affaires de l’État, Mahamadou Issoufou serait certainement mal inspiré en vendant, soit-il à des extraterrestres, les terres des Nigériens. Quel antipatriotisme, quelle propension au crime, quelle méprise pour son peuple peuvent amener un chef d’Etat à appauvrir davantage des populations déjà pauvres et tourmentées par la guerre ? N’est-ce pas déjà un drame que nos frères et sœurs de Diffa, si attachés au travail de la terre, notamment dans le bassin du lac Tchad, soient dépossédés aussi de leurs terres ancestrales ? Comment imaginer qu’un gouvernement nigérien puisse en arriver à l’extrémité de vouloir déposséder des Nigériens de leurs terres au profit de firmes étrangères à qui ils devront servir de main d’œuvre bon marché et corvéable à merci ? N’est-ce pas un recul net en termes d’indépendance si le premier de nos moyens de subsistance, la terre, devient la propriété d’étrangers ?

Mes chers compatriotes, pour votre information, c’est en 2010 que le royaume saoudien, pour garantir sa sécurité alimentaire, a décidé d’investir dans l’achat de terres étrangères.Une demi-douzaine d’investisseurs saoudiens ont, dans la lancée, annoncer la création d’une compagnie d’investissements agricoles, avec un capital de 2 milliards de rials (533,3 millions de dollars). Le capital de la nouvelle entité, International Agriculture and Food Investment Company (Agroinvest), est fondé sur un partenariat public-privé. 25% du capital appartient à ses membres fondateurs tandis que le reste vient du Fonds public d’investissement du ministère des Finances, de fonds de pensions saoudiens et du public par l’introduction en bourse de la société. Voici, en résumé, l’histoire de l’hydre qui va nous manger ou plutôt qui a commencé à nous avaler. Al Horaish for Trading &Industry est un monstre pour le Niger. Et pour nous, il n’y a aucune différence entre BokoHaram qui empêche nos frères de Diffa de vaquer tranquillement à leurs occupations pour vivre du travail de leur labeur et ceux qui leur arrachent leurs terres pour les vendre à des étrangers. Dans les deux, on appauvrit les populations et les transforme en étrangers sur leurs propres terres. N’est-ce pas simplement cruel de faire des affaires sur le dos des populations ?N’est-ce pas….N’est-ce pas…Posez-vous toutes les questions, imaginez tous les cas de figure, vous ne serez pas hors-sujet puisque depuis cinq ans, nous sommes à Djogol Midi : tout s’achète, tout se vend au Niger. Dans le plus grand mépris de ceux qui, nombreux, peuvent s’en offusquer.

Mallami Boucar

25 août 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le jeudi, 25 août 2016 22:34

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