mercredi, 31 août 2016 22:03

Tout finit toujours par se savoir et demain livrera les secrets de ce deal secret qui a fait de Mariama Ali Ibrahim, une des femmes les plus riches du Niger et peut-être la plus riche

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Mariama elhadji IbroL’information de l’achat des établissements Bédir par Mariama Ali Ibrahim, ancien ministre des Enseignements primaires, de l’Alphabétisation, des Langues nationales et de l’Education civique, a été suivie avec la déception et la désolation habituelles pour le Niger mais sans stupéfaction. C’est la routine depuis cinq ans. Car à l’instar de tous ceux qui ont fait étalage de leurs avoirs et de leur pouvoir financier, la bonne dame a aussi tenu à administrer la preuve qu’il faut tenir compte d’elle dans le hit de ceux qui ont réussi, en cinq ans, à passer de la classe moyenne à la bourgeoisie de dernier échelon de la classe exceptionnelle.

Les politiciens parleraient plutôt de jeune loup qui entend se faire respecter dans un Niger où les scandales financiers sont légion et où les « braconniers » de l’Etat n’ont plus froid aux yeux pour narguer le peuple. C’est la renaissance et puisque depuis le 20 mars 216, le coup d’Etat électoral a permis de continuer le bail, il n’y a plus à se cacher et à camoufler ce qu’on a engrangé. Or, pour ce qui concerne Mariama Ali Ibrahim, on lui a attribué un portefeuille ministériel que ses compétences réelles, limitées, il faut le dire, n’autorisent pas de lui confier. En vérité, lorsqu’on examine l’étendue des pouvoirs qu’on lui a généreusement accordés, le message sibyllin qu’il faut savoir décortiquer est là : labourez autant que vous voulez, le champ est vaste et la terre est fertile.

Les établissements Bédir constituent un investissement colossal et si Mariama Ali Ibrahim a pu se les offrir, c’est qu’elle pèse lourd. Il n’y a donc pas à la sous-estimer. Peut-on prendre le risque de parier contre ceux qui prétendent qu’elle est aujourd’hui milliardaire ? Elle a peut-être raison d’informer à sa manière, dans le contexte politique qui prévaut, que si un Gandou Zakara a pu «aider» les sociétés de téléphonie mobile, ce n’est sans doute pas elle, Gambi, qui va dormir alors qu’elle dispose d’un champ plus vaste et plus fertile à labourer. S’ils bénéficient tous deux du même «climat» qui a permis à Daouda Mamadou Marthe de faire main basse sur une moisson dont il n’est pas le légitime bénéficiaire à l’Assemblée nationale, des centaines de millions, Gambi a toutefois l’avantage d’avoir, dans le lot des contractuels qu’elle peut utiliser et qu’elle a effectivement utilisé, au moins une fois pour la production d’ouvrages d’éducation civique, son propre mari, le sieur Ali Chekou. Un conflit d’intérêts qui, pour ceux qui n’ont pas d’immunité policière et judiciaire, mène droit en prison.

Elle a beau être ministre des Enseignements primaires, de l’Alphabétisation, des Langues nationales et de l’Education civique, Mariama Ali Ibrahim ne peut justifier la légalité de cette transaction qui mérite d’être creusée davantage. Quand a-t-elle acheté les établissements Bédir ? Par quel canal ? A combien ? Qui sont ces associés ? Sont-ils des prête-noms ou sont des associés réels ? Quel est le fondement de leur association ? Pourquoi le fondateur, qui est turc, a-t-il subitement vendu une entreprise qui a plutôt pignon sur rue ? Bref, il y a tant à dire sur cette affaire qui sent le souffre. Mariama Ali Ibrahim n’est pas seule dans cette course à l’accumulation de biens chèrement acquis mais difficilement justifiables sur la base des revenus de l’intéressée. Il faut, donc, aujourd’hui ou demain, que la vérité sur l’identité des autres soit connue et que l’on comprenne exactement les tenants et les aboutissants de cette vente-surprise des établissements Bédir. Ah la renaissance ! Avec ça, des compatriotes prétendent s’étonner que les millions promis à Alphaga, à Issaka Daboré et les cinq autres athlètes, aient été donnés de façon si vulgaire, en espèces sonnantes et trébuchantes. Il y a manifestement de l’argent qui dort dans des tiroirs mais les tenants seront incapables de justifier la provenance et la légalité de la propriété. Il n’y a pas de surprise en cela. Il n’y a pas non plus le moindre doute : Tout finit toujours par se savoir et demain livrera les secrets de ce deal secret qui a fait de Mariama Ali Ibrahim, une des femmes les plus riches du Niger et peut-être la plus riche.
BONKANO

1er août 2016
Source : Le Canard Déchaîné

Dernière modification le mercredi, 31 août 2016 23:07

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