vendredi, 02 septembre 2016 02:53

Lettre à mes compatriotes : À défaut de l’autorité qui repose sur une légitimité populaire, le pouvoir actuel ne peut faire que dans l’autoritarisme

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Lettre ouverte Mallami BoucarNotre pays continue sa course en clopinant, tel un crapaud dans une course de guépards. Tout le monde sait que ceux qui doivent le mener à bon port ne sont pas capables de le faire et les raisons sont connues de tout le monde. Le déficit de légitimité populaire est d’une telle ampleur que le fossé qui sépare ceux qui gouvernent d’avec ceux qui subissent leurs dérives et leur politique antisociale ne fait que s’élargir de jour en jour. Et il n’y a rien d’étonnant en cela. C’est le propre de tout pouvoir qui n’est pas issu de la volonté populaire. Incapable de faire le bonheur du peuple, il le martyrise, le brime et le ruine tandis que, par des procédés frauduleux, il fabrique de nouveaux riches issus de l’oligarchie du parti, l’objectif visé étant de régner par la puissance néfaste de l’argent corrupteur.

Cela, nous avons pu le vérifier, encore une fois, la semaine dernière, avec son lot de scandales auxquels la gouvernance de Mahamadou Issoufou nous a habitués depuis cinq ans. Une période sombre, à tous points de vue, si sombre que des observateurs avisés n’hésitent pas à dire que l’homme de Dandadji a malheureusement incarné le régime politique le plus sale de toute l’histoire du Niger. Ils l’appellent « le régime des scandales ».

Mes chers compatriotes, la semaine dernière, le journal Le Courrier a publié, à la Une, un petit article annonçant que Mariama Ali Ibrahim, cette bonne dame qui s’exprimait comme une écolière de CM2 et à qui Mahamadou Issoufou a cru devoir confier l’éducation des enfants du Niger, est devenue un des trois copropriétaires des établissements Bédir, ce complexe éducatif turc de grande renommée et fréquenté par des enfants dont les parents n’ont aucune préoccupation du genre « sac de riz, loyer ou facture d’électricité ou d’eau ». L’annonce a fait l’effet d’une bombe. Car, pour s’offrir un tel complexe dont on mesure à vue d’œil le coût financier des investissements consentis par son fondateur turc, il faut bien figurer parmi ces nouveaux milliardaires dont on parle tant à Niamey. Des investissements colossaux qui ne laissent aucune place au doute : il faut bien peser au-delà du milliard – l’unité de compte sous Mahamadou Issoufou – pour prétendre acquérir les établissements Bédir. D’où la question suivante : où est-ce que Mariama Ali Ibrahim a-t-elle eu autant d’argent pour s’acheter les établissements Bédir ? Copropriétaire avec deux autres quidams dont on attend de connaître l’identité, Gambi comme l’appellent affectueusement ses proches, a ainsi réussi, en cinq ans de gestion, à se faire beaucoup d’argent au point de faire main basse sur le fleuron de l’école nigérienne. Et on peut être certain que l’acquisition des établissements Bédir n’a pas vidé ses comptes bancaires. Vous pouvez même parier qu’elle n’a pas acquis que ça. Mais contentons-nous des établissements Bédir pour remarquer que Mariama Ali Ibrahim ne représente qu’un maillon, peut-être un des plus faibles en termes d’avoirs et de capitaux amassés au cours de ce wassosso de cinq ans. Un wassosso qui tend à l’infini, pour le plus grand malheur du Niger.

Mes chers compatriotes, en achetant les établissements Bédir, Mariama Ali Ibrahim a juste tenu à s’inscrire dans la classe des fortunes qui comptent. Car, pour s’acheter un tel complexe de référence à Niamey, avec tout ce qu’il représente en termes de valeur financière sur le marché, il faut pouvoir rivaliser avec les grandes fortunes du pays. Combien a-t-elle dû débourser pour s’offrir ce fleuron de l’école nigérienne ? Où a-t-elle surtout eu autant d’argent en si peu de temps ? Les propos du sieur BONKANO, dans la célèbre rubrique du Canard déchaîné, « Amères vérités », sont particulièrement profonds : « Les établissements Bédir constituent un investissement colossal et si Mariama Ali Ibrahim a pu se les offrir, c’est qu’elle pèse lourd ». Très lourd, je dirais. Si, comme l’imaginent beaucoup de nos compatriotes choqués, mais nullement surpris – c’est dans l’air du temps – Gambi a eu à faire des choses peu orthodoxes comme ce contrat entre le ministère dont elle avait la charge et les éditions Démocratie 2000 que dirige Ali Chekou, son cher époux, alors il n’y a pas de doute : Gambi devra, un jour, expliquer à la justice quel travail elle a réalisé pour réunir le montant qui lui a permis de s’acheter les établissements Bédir. La bonne dame peut courir, mais ça va se savoir, comme disent les Français. Nous autres, nous n’avons jamais su qu’on peut devenir aussi riche subitement au point de rivaliser, au bout de cinq ans, avec les hommes d’affaires les plus solides de la place. Tenez ! 100 parts de 10 000 FCFA, cela fait 1 000 000 FCFA. Or, même le fou de Katako vous répondra que vous le prenez pour un débile si vous essayez de lui faire comprendre que les établissements Bédir ne leur ont coûté qu’un misérable petit million qu’ils se sont cotisé pour réunir. En vérité, par delà les parts, symboliques, qu’elle a prises dans l’entreprise et qui attestent de son poids vis-à-vis de ses deux coassociés, il y a bien un montant dont elle a dû délester ses comptes bancaires et/ou ses coffres-forts pour s’attribuer une partie de ce patrimoine. En d’autres termes, il faut se demander combien de centaines de millions a dû coûter chaque part de 10 000 FCFA ? La clé est avec le notaire devant lequel tout a été scellé. Une enquête judiciaire, dans un contexte politique sans nuages roses, permettrait un jour, de savoir combien exactement Gambi a mis sur la table pour enlever la mise devant tant de fortunes.

Mes chers compatriotes, Mahamadou Issoufou a pleinement raison de dire qu’il a fait plus et mieux que tous les présidents et chefs d’État réunis depuis 1960. Rien qu’en ce mois d’août 2016, la presse a révélé trois scandales : l’OPA de Mariama Ali Ibrahim sur les établissements Bédir, l’affaire d’Africard dont je vous parlerai tout à l’heure, ainsi que les 120 000 ha de terres de Diffa que le pouvoir issu du coup d’État électoral de mars 2016 envisagerait de céder à des Saoudiens. Un bilan qui n’est pas exhaustif et qui prouve à suffisance que la 7e République est incontestablement « le régime des scandales ». Ces scandales, trop scandaleux —– Excusez la répétition —– pour être tolérables, ne sont pourtant que la face visible de l’Iceberg. Est-il tolérable de voir des Nigériens investis de la noble mission de travailler au bonheur du peuple nigérien envisager de vendre 120 000 ha de terres, accentuant ainsi la pauvreté de populations qui ont déjà beaucoup de mal à vivre de leur labeur ? Est-il tolérable de voir des Nigériens à la tête de l’État devenir aussi subitement riches au point d’acheter à tour de bras immeubles, complexes scolaires et autres domaines, tout en ayant des comptes bancaires dont les relevés donnent le tournis ? Est-il tolérable de constater que de grands commis de l’État, à qui leur pays a tout donné, ne soient nullement dérangés de signer un accord aussi malsain que celui que Saïdou Sidibé, Gandou Zakara et Ibro Zabèye ont signé le 31 juillet 2016, à Paris, pour voir Africard accepter une main levée sur l’avion présidentiel alors que des fonds liés à des projets vitaux comme la reconstruction de la route Tahoua-Arlit et la mise en valeur des terres de l’Irhazer et de l’Aïr restent hypothéqués ? C’est proprement INTOLERABLE !

Mes chers compatriotes, alors que les rails de Bolloré n’ont conduit le Niger que dans un contentieux judiciaire qui va être probablement plus catastrophique que l’affaire Africard, du point de vue incidence financière pour le Niger, et que Mahamadou Issoufou s’entête à donner les magasins sous douane à Vincent Bolloré, avec tout ce que cela représente en termes d’augmentation des coûts des produits de première nécessité ;

Alors que le Trésor public est asséché, que l’État accumule les arriérés de pécules et qu’il peine de plus en plus à payer les salaires ;

Alors que les échéances des très nombreux prêts contractés arrivent à terme et que l’État est quasiment asphyxié ;

Alors que le front social est quasiment en ébullition permanente et que, selon toute vraisemblance, les choses ne feront qu’empirer, le gouvernement issu du coup d’État électoral ne trouve rien de mieux à faire que d’aggraver la situation en allumant d’autres feux. Incapable de trouver les solutions aux problèmes que sa gestion catastrophique a engendrés, Mahamadou Issoufou choisit la voie de la facilité et de la surenchère politicienne. Il a décidé d’ouvrir de nouveaux fronts de lutte inutiles et insensés, espérant ainsi détourner l’attention des citoyens des vrais problèmes qui minent le Niger. Le déguerpissement des petits commerçants autour du grand marché et des vendeurs de véhicules d’occasion n’a aucun caractère urgent. Il procède plutôt d’un calcul de bas étage visant à créer des pôles d’attraction artificiels pour détourner les citoyens des graves affaires à relents financiers dans lesquels s’est empêtré son régime. Ils essaient ainsi de faire tomber l’affaire Vincent Bolloré dans l’oubli et le bras de fer honteux qu’ils mènent par procuration contre les commerçants et transitaires du Niger. Ils essaient ainsi de saboter la campagne de presse contre la criminelle transaction par laquelle on veut déposséder les populations nigériennes de 120 000 ha de terres riches à Diffa. Ils essaient ainsi de faire passer à la trappe le scandale des établissements Bédir qui n’est que la face visible de l’Iceberg. Ils essaient ainsi, en fin de compte, de donner un sens à un mandat sans assise populaire. À défaut de l’autorité qui repose sur une légitimité populaire, le pouvoir actuel ne peut faire que dans l’autoritarisme. C’est à la fois révoltant et répugnant de voir qu’il cherche à ses échecs un bouc émissaire qui n’existe pas. C’est le sens des discours provocateurs de Hamidou Garba qui accule les victimes du moment jusque dans leurs derniers retranchements, histoire de les chauffer à blanc et déclencher des évènements sociaux qu’ils auraient vite fait de colorer à leur convenance. Il y a tellement d’urgences dans ce pays que le déguerpissement improvisé ne paraît ni opportun ni justifié.

Mes chers compatriotes, on a beau faire des efforts pour fermer son clapet, on ne peut s’empêcher de constater la pourriture à la fois démocratique, financière et sociale dans laquelle le Mnsd a décidé de plonger. Il me fait songer à ce débile qui prend ses bains avec les eaux usées des caniveaux. Qu’espère vraiment le Mnsd pour le Niger ? Si j’ai posé cette question, ce n’est nullement parce qu’elle s’impose. Au contraire, elle a vite été évacuée dans la réflexion du fameux comité de réflexion mis en place par le parti et c’est Aïdara qui nous l’apprend en précisant que des trois hypothèses formulées, ledit comité a dit de faire un choix sans à priori ni ressentiment. Une notification qui a valeur d’avertissement pour ceux qui pourraient avoir tendance à demander ce que gagnerait le Niger dans cette alliance qui arrive trop tard. Mais la grande question que beaucoup de Nigériens se posent est de savoir comment et pourquoi Seïni Oumarou s’est laissé entraîner dans cette galère aux parfums paradisiaques. Comment un homme si pondéré et si circonspect a pu oublier ou ignorer qu’il se trouve à nouveau, comme en 2007, à la croisée des chemins et que l’Histoire, la vraie, s’écrit dans l’objectivité, pas dans la passion aveugle qui a donné naissance à des ouvrages comme « Les boutures de manioc ». Il doit savoir et se rappeler sans cesse que cette nouvelle alliance politique, que le Mnsd a endossée sous sa direction, ne peut, en aucun cas, faire les intérêts du Niger et de son peuple. Au contraire, elle sonne pour Mahamadou Issoufou, à la fois comme une caution à tout faire et une prime à persister dans la voie suicidaire qu’il a choisie pour le Niger. Quant à nous, nous croisons les doigts, plus que jamais convaincus que Seïni Oumarou a fait fausse route et qu’il risque de s’en rendre compte plutôt que prévu.

Mallami Boucar

02 septembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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