mercredi, 07 septembre 2016 03:57

Il faut le dire...

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MONDE D AUJOUR HUIUne nouvelle rubrique pour vous servir ! C’est à cela que votre journal, Le monde d’Aujourd’hui, a pensé au regard de tous ces chambardements politico-sociaux, le tout moulé dans une spirale de difficultés financières qui indiquent clairement que les médias, sources d’informations et clés de compréhension des faits et évènements qui scandent la vie publique, doivent s’efforcer, malgré les péripéties, de donner plus et mieux. La rubrique « Il faut le dire » participe de cette volonté d’apporter un plus dans le décryptage des évènements et faits socioéconomiques et politiques.

C’est une rubrique qui ne fera pas dans la dentelle. Et pour entamer cette nouvelle communion entre Le Monde d’Aujourd’hui et ses nombreux lecteurs, « Il faut le dire » s’intéresse à ce regrettable anachronisme dans lequel végète l’opposition politique. Il faut le dire, elle est le premier soutien d’un pouvoir qu’elle prétend combattre. Le 20 mars 2016, en sus d’avoir maintenu son adversaire du second tour en prison, Mahamadou Issoufou n’a pu finalement gagner l’élection qu’en perpétrant un coup d’Etat électoral. Les lois électorales ont subi des manipulations et interprétations tendancieuses par la Ceni, des urnes ont été déplacées, des dépouillements ont eu lieu ailleurs que dans les bureaux de vote, les adversaires politiques ont été intimidés et parfois arrêtés au cours des scrutins, des procès verbaux ont été fabriqués pour donner à Mahamadou Issoufou des suffrages hors de raison (100% et plus), bref la victoire a été usurpée et Mahamadou Issoufou sait parfaitement que son pouvoir actuel n’est pas l’incarnation de la volonté populaire. C’est plus grotesque que ce qui s’est passé au Gabon récemment. Mais il n’y a pas eu le tollé consécutif à l’élection présidentielle gabonaise. Pourquoi ? Pour beaucoup, parce que la France socialiste a prostitué les valeurs et principes de la démocratie. Il est bien vrai, il faut en convenir, que la France actuelle est un pays dont les premiers animateurs font passer le parti avant le pays et c’est malheureusement dans cette logique que l’on applaudit un coup d’Etat électoral au Niger, avec à la clé une lettre de félicitation de François Hollande à Mahamadou Issoufou, mais on décrie et dénonce, au Congo et au Gabon, ce qu’on a adoubé chez nous. Proprement SCANDALEUX et indigne de la France de la révolution de 1789.

Cependant, tout ne s’explique pas que par le complot socialiste contre la démocratie en Afrique que François Hollande et Cie font endosser à la France. L’essentiel dépendait de l’opposition, dépend toujours de l’opposition et elle a été laxiste, voire irresponsable sur les bords. Tenez ! Mahamadou Issoufou ne s’est pas contenté de garder le pouvoir contre la volonté des populations nigériennes ; elle a également décidé de maintenir en prison des adversaires politiques qui ont été élus députés et proclamés tels par la Cour de Kadidiatou Ly. Ainsi, malgré cette délibération de la Cour de Kadidiatou Ly, qui est, du reste, conforme à la jurisprudence, Mahamadou Issoufou a maintenu Soumana Sanda, Oumarou Moumouni Dogari et Issaka Issoufou en prison. S’il est clair pour tout le monde que ce sont des prisonniers politiques, dans les geôles d’un homme dont un des plus proches collaborateurs désignent leurs adversaires politiques et tous ceux qui ne sont pas d’accord avec leur gouvernance désastreuse, sous le vocable « ennemis », il est tout de même surprenant, voire choquant, de voir que l’opposition est le plus grand soutien aux dérives et exactions inadmissibles et intolérables de Mahamadou Issoufou. Soumana Sanda, Issaka Issoufou et Oumarou Moumouni Dogari, entre autres, sont des hommes qui sont en prison depuis de longs mois, privés de liberté, d’affection et d’amour. Ils ont souffert et continuent de souffrir. Et il faut être certain que les visites des parents, amis et militants ne peuvent être que d’un réconfort limité et éphémère. Est-il politiquement correct que leurs collègues continuent de siéger à l’Assemblée comme si tout va bien dans le meilleur des mondes possibles ? Est-il moralement admissible de constater que des hommes et des femmes, que l’on dit braves et fiers, soient réduits à mettre en avant le peu d’argent qu’ils gagnent au point d’oublier qu’ils sont en train d’encourager le pouvoir à faire pire ? La question que beaucoup de Nigériens murmurent est la suivante : Hadiza Seyni, Nassirou Halidou et les autres font-ils honneur à leur rang social et aux valeurs démocratiques et républicaines dont ils se disent être porteurs ? Oui, il faut le dire : dans une lutte politique, il ne suffit pas de dire « je suis un opposant » ; encore faut-il pouvoir défendre ce que l’on défend avec conviction et cohérence dans une démarche de fermeté. Il n’y a pas de demi-mesure : soit, l’on est opposé à Mahamadou Issoufou parce qu’on ne cautionne pas ce qu’il a fait et continue de faire du Niger ; soit l’on ne se sent pas capable de le faire, essentiellement pour des questions qui choquent la morale, même si cela doit coûter la liberté à vie à des collègues.

Dans la vie, parfois, nous n’imaginons jamais les conséquences désastreuses de certains de nos actes jusqu’à ce que l’irréparable se produise. C’est précisément dans les moments de difficultés que l’homme politique doit montrer qu’il est porteur de valeurs et de principes ; qu’il n’est pas un charlatan politique, mais bien un citoyen qui a à cœur d’aider ses concitoyens dans la quête d’un mieux-être. Le Mnsd de Seïni Oumarou, le ventre mou de l’opposition, ayant décidé d’aggraver davantage la situation politique et financière de notre pays en donnant à Mahamadou Issoufou une prime à la mauvaise gouvernance, le FRDDR [Ndlr : Front pour la restauration de la démocratie et la défense de la République], qui vient de naître, doit nécessairement se démarquer de ces positions ambivalentes et ruineuses. Les députés de l’opposition doivent particulièrement donner le ton, en refusant cette situation où les uns sont en prison tandis que les autres se la coulent douce. C’est cela qui fait la force extraordinaire de Mahamadou Issoufou. C’est cela qui a ruiné et qui ruine les espoirs des Nigériens, douchés de constater que ceux qui doivent donner l’exemple sont les premiers à faire plutôt confiance en ce qu’ils doivent gagner.

Gambo

07 septembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourdhui

Dernière modification le mercredi, 07 septembre 2016 21:29

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