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mercredi, 07 septembre 2016 18:58

Provocations du pouvoir : Quelle est la garantie d’Issoufou

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Résultat de recherche d'images pour "investiture issoufou"Quatre petits mois après sa seconde investiture, pour ne pas dire réélection, le président de la République Issoufou Mahamadou semble défier les Nigériens de tous bords. Il multiplie les mécontents, ignore les plaignants, méprise les « grandes gueules ». Tout ça pour quelles fins ?

Sur le plan social

C’est un drame économique qui est en cours au Niger avec l’opération de déguerpissement des kiosques et autres boutiques dans la ville de Niamey. Des familles entières sont brisées avec la destruction des commerces, seules sources de subsistances pour leurs propriétaires. A coup de bulldozers, l’espoir de milliers de personnes s’effondre en même temps que le béton ou la tôle. L’éducation de milliers d’enfants est compromise et sans doute aussi que beaucoup de femmes vont divorcer.

Ne parlons même pas de tous ces villageois qui vivent, pardon, qui survivent grâce aux pitances que leur envoient les revendeurs des commerces détruits aujourd’hui. En ce crépuscule de la saison pluvieuse, période de soudure, et avec toutes les inquiétudes que suscite la mauvaise répartition des pluies dans l’espace et dans le temps, on ne peut que se demander si le régime veut condamner des Nigériens à une mort certaine. Et que dire de la Tabaski qui arrive à grands pas avec son corollaire de dépenses et en ces temps de sécheresse financière.

Autres provocations : le régime brade les magasins sous douanes au groupe Bolloré contre le gré des commerçants et au grand dam des citoyens qui vivent déjà les conséquences de ce choix antipatriotique avec la hausse des prix de produits de première nécessité tel que le sucre et le riz. Ça ne suffit pas, un millier d’agents des municipalités est révoqué avec deux mois d’arriérés de paie. Les enseignants ne sont pas oubliés : à leur corps défendant, on déloge leur prise en charge du ministère aux municipalités. Les étudiants totalisent plusieurs mois d’arriérés de bourse. Ça, ce n’est que la partie visible de l’Iceberg.

Sur le plan politique

Là, ça ne date pas d’aujourd’hui et ça continue de plus belle. Une énième recomposition politique. C’est ainsi que nombre de Nigériens voient les derniers évènements politiques enregistrés dans notre pays. Le MNSD-Nassara qui fait allégeance au Guri system avec dans sa mallette d’autres partis politiques anciennement de l’opposition, d’une part ; et de l’autre, le MODEN FA Lumana africa, le MNRD-Hankouri et huit autres formations qui créent une nouvelle coalition. Le Front pour la restauration et la défense de la démocratie et la République (FRDDR) vient ainsi s’inscrire dans l’histoire des coalitions politiques. Que faut-il en retenir ? Le FRDDR est-il la solution au problème « Renaissance »qui mine et plombe le Niger depuis plusieurs années déjà ? Voyons voir … comme qui dirait.

Une vérité : tout au long de son premier mandat, le président Issoufou Mahamadou a déployé un véritable arsenal pour disloquer, désarticuler, fragiliser tous les partis politiques qui ne sont pas dans son escarcelle. Il faut dire que les moyens employés étaient si costauds qu’il a réussi son œuvre, ou disons, qu’il l’a presque réussie. Le MNSD est mis en lambeau avec pour conséquence la perte de sa place de deuxième force politique du pays ; le CDS-Rahama est arraché des mains de Mahamane Ousmane pour s’effondrer entre celles d’un Abdou Labo ; le MODEN FA de Hama Amadou s’est retrouvé fracturé au bras droit, amputé de son vice-président et son secrétaire général. On peut dire que l’œuvre de démolition des partis politiques opposés à travers le déguerpissement de leurs « gros » militants a été un succès éclatant. Cependant, le résultat escompté n’a pas été à la hauteur des attentes, loin s’en faut ! Et les élections générales de 2016 ont montré au président Issoufou les limites de son entreprise machiavélique. En dépit de tout ce qui est réussi en amont, il a dû recourir à des pratiques électorales « non conventionnelles » pour se maintenir au pouvoir. Et malgré qu’il ait pu garder les rênes de l’exécutif, il n’est toujours pas satisfait. Il fait des pieds et des mains pour avoir le MNSD sous son joug. Chose qu’il réussit enfin au prix de … Dieu Sait quoi ! C’est un autre coup dur pour l’opposition politique. Mais d’un autre point de vue, cela ne change rien à la situation. Le président Issoufou a atteint un niveau d’impopularité que même si tous les bureaux politiques de la centaine de partis de l’échiquier national décident de le soutenir, cela n’augmentera en rien sa cote de popularité étant entendu que les sympathisants de base, eux, ne suivront pas. C’est exactement ce qui lui était arrivé aux élections passées où malgré la cinquantaine de partis politiques l’ayant soutenu, il lui a fallu d’autres mécanismes pour se tirer d’affaire. Ce n’est point une question de partis politiques ou de personnes mais c’est tout simplement une affaire de gestion. Les citoyens qui vivent dans leur chair les affres d’une gouvernance, à tous points de vue, chaotique ne peuvent pas du jour au lendemain renier leur propre misère parce que, quelque part, quelques individus se sont réunis dans un bureau pour leur demander de soutenir tel ou tel. Aujourd’hui donc, plus que jamais, l’opposition reste très forte pour la simple raison que le régime en place est presque vomi par les Nigériens. C’est ainsi depuis plus de 3 ans maintenant et ça n’a pas l’air de changer. Depuis 2013 que la Renaissance a atteint son paroxysme d’incompétence l’opposition s’en est trouvée ragaillardie jusqu’alors. Composé d’une dizaine de partis, le nouveau Front FRDDR peut donc être tranquille. Il trouve un terrain absolument déblayé et des cœurs conquis à l’avance. Il ne reste plus qu’à savoir en faire une bonne exploitation. La faiblesse qui a caractérisé l’opposition ces deux dernières années est la prise en otage de la démocratie par le pouvoir de Niamey. Si les libertés politiques et de manifestations étaient autorisées, le monde entier découvrirait que la légitimité populaire est de son côté. Mais il se trouve que le régime interdit systématiquement toute marche pacifique, soit-elle. Et si les institutions républicaines étaient libres dans leur mission constitutionnelle, sans doute qu’à l’heure actuelle la renaissance ne serait qu’un mauvais souvenir parce que le président Issoufou n’aurait pas été réélu. Hélas ! Il se trouve que le pouvoir a détourné la démocratie et les institutions qui ont la charge de son fonctionnement à son seul profit. Dès lors, il n’y a pas moyens pour une opposition, quelle qu’elle soit, de s’affirmer sauf si elle fait le choix de la confrontation violente. Or, on le sait le régime ne compte que sur la force publique pour s’imposer et aucun responsable, aucun patriote ne doit travailler à créer un conflit entre une partie des Nigériens et les forces de l’ordre. La seule manière de lutter efficacement contre un pouvoir violent est de ne pas s’aventurer sur son terrain en laissant son temps au temps et à coup sûr, dans l’autre camp on retrouvera le perdant pour paraphraser le poète Dogo Mayaki. Il n’y a pas vraiment à se précipiter face à une équipe qui contient les germes de sa propre destruction. Le FRDDR doit tout juste savoir maintenir le cap, celui de la paix et de la quiétude sociale. Tout le reste n’est qu’une question de temps.

Ibrahim A. YERO

07 septembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourdhui

Dernière modification le mercredi, 07 septembre 2016 21:34

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