samedi, 10 septembre 2016 03:09

Lettre à mes compatriotes : Le silence bruyant des organisations syndicales et de la société civile face au désastre économique en cours est-il synonyme de connivence avec le pouvoir ?

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Societe Civile 09 juillet MemorandumBientôt, nous allons fêter l’Aïd El Kebir. Malheureusement, pour la plupart de nos compatriotes, cette grande fête musulmane intervient dans un contexte de difficultés extrêmes, victimes de bêtises gouvernementales jamais égalées. Alors que l’Etat n’arrive plus à honorer ses dépenses de souveraineté et la corruption et les passe-droits ont totalement gangrené la mobilisation des ressources internes, la ville de Niamey décide de livrer, par procuration comme cela se fait dans le cadre de l’affaire des magasins sous-douane, un combat insensé aux conséquences redoutables sur l’économie nationale.

Ce n’est pas surprenant de la part de deux hommes qui ont en commun d’avoir accédé à la station qu’ils sont sans aucun mérite personnel. Transhumants politiques, tous les deux sont de purs produits des contre-valeurs qui ont pourri la scène politique nigérienne et fourni à tous ceux qui sont pourris jusqu’à la moelle des os un tremplin pour accéder à des stations où le zèle est la seule exigence. Le maire de Niamey ou plutôt celui qui fait office de maire de Niamey et dont les habitués de la ville parlent de l’amour morbide pour l’argent est un homme sans personnalité, capable de tout entreprendre pour faire plaisir et rester à ce poste où ses affaires prospèrent plutôt bien ; l’autre est un transfuge qui a assisté, aux côtés de SeïniOumarou, à une déclaration fracassante du MnsdNassara de l’opposition, en 2013 et qui, la semaine d’après, a été nommé gouverneur de Niamey. Il forme, avec d’autres, l’ossature qui, autour de AlbadéAbouba, le leader par défaut trouvé pour souder la rébellion politique au sein du MnsdNassara, a sabordé le parti de Mamadou Tanja et de SeïniOumarou pour se mettre auservice de Mahamadou Issoufou et duPndsTareyya. De véritables calamités comme on ne veut pas en avoir dans son entourage en ces temps où la dignité, l’honneur et la loyauté sont recherchés pour une véritable renaissance du Niger. Pas celle, corrompue et vecteur de duperie que l’on nous chante depuis cinq longues années et qui n’apprend rien d’autre à la jeunesse nigérienne que ces abominations culturelles : la fraude et la triche aux examens et concours, les détournements des deniers publics, l’enrichissement illicite, la violation systématique et répétée des lois et règlements, etc. Ce sont ces deux hommes, dont l’unique carte politique à faire valoir est le zèle à outrance, qui sont commis pour casser et détruire tous les kiosques situés autour de 38 édifices publics situés, aussi bien au centre –ville que dans la périphérie de Niamey. Une opération insensée et criminelle qui doit contribuer, de l’avis de ses initiateurs, à embellir la ville de Niamey alors que des tas d’immondices jonchent les abords de grandes artères, les devantures d’écoles et de marchés, et que les routes, complètement cabossées, rendent certains quartiers inaccessibles. Le démantèlement des petits commerces, ça se voit, est l’œuvre de gens qui n’ont pas leurs têtes sur les épaules, incapables qu’ils sont de comprendre que l’acte présente plus de maux que d‘avantages. La preuve, ils ont commencé à démanteler une semaine, pratiquement, après avoir mis en place une commission de recouvrement des taxes. Pour ceux qui ont connu le journal Calao et qui ont l’habitude de lire sur la dernière de couverture les histoires d’Etienne, ils ont là de quoi rivaliser avec ce personnage grotesque dont les actes constituent des chefs d’œuvre de la bêtise humaine.

Mes chers compatriotes, Assane Seydou et Hamidou Garba sont pourtant des jeunes instruits comme on en voit dans les partis politiques, prétentieux et bourrés de suffisance dont la qualité la mieux partagée est qu’ils pensent être le salut du Niger. Ils sont, pour ainsi dire, les représentants d’une génération qui, malgré la dégradation continue de la qualité de l’éducation, en famille comme à l’école, la perte des valeurs qui fondent notre société, continue de penser que les vieux, pour reprendre le terme habituellement usité, représentent le drame de ce pays. Or, le minimum d’attachement aux valeurs de dignité, d’honneur et de loyauté fait souvent défaut chez la plupart des jeunes. Assane Seydou et Hamidou Garba ne sont que des exemples. En vérité, des quidams comme eux, il y en a beaucoup et il ne faut se faire d’illusions : ils sont le produit d’une éducation dévoyée et qui, aujourd’hui, sous Mahamadou Issoufou, a été ensevelie, couverte d’un linceul noir où il est écrit, en lettres capitales : le succès aux examens et aux concours passe par la fraude et le trafic d’influence. Des trois acquéreurs des établissements Bédir, seule Mariama Ali Ibrahim, ancien ministre des Enseignements primaires, de l’Alphabétisation, des Langues nationales et de l’Education civique et actuellement logée à l’Assemblée nationale, est âgée de 56 ans. Les deux autres sont des jeunots âgés de 41 ans pour Madame Dominique Billa Marie et de 38 ans pour Salim Nasser. Nous pouvons multiplier les exemples pour montrer que la jeunesse nigérienne fait peur. Elle n’est pas suffisamment porteuse de valeurs qui fondentà espérer des lendemains meilleurs. Autrement, Mahamadou Issoufou n’aurait jamais pu réussir à perpétrer un coup d’État électoral et à se maintenir au pouvoir contre la volonté populaire qui s’est clairement manifestée le 20 mars 2016. Ce sont, là également, des jeunes qui, au nom de leur appartenance au PndsTareyya ou à d’autres partis politiques de l’opposition, voire militants d’organisations dites de la société civile, qui ont prêté leur intelligence et leurs ressources à ce hold-up électoral dont ils ne pourront jamais se vanter. Ce sont des jeunes qui ont, avec enthousiasme et ardeur, je dirais même ferveur, dépouillé des urnes loin des bureaux de vote et falsifié des procès-verbaux lorsqu’ils n’en ont pas fabriqué carrément, pour prétendre que malgré le boycott actif des populations nigériennes, que Mahamadou Issoufou a obtenu 92,51% des suffrages contre 7,49% pour son adversaire incarcéré en prison. Ce sont des jeunes, pour la plupart, qui, au niveau de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), ont fait voter et voté, en parfaite lucidité, une interprétation qu’ils savent totalement fausse des lois électorales et mis en veilleuse les obstacles qui pourraient empêcher les fraudes massives, seule voie offerte pour Mahamadou Issoufou. Ce sont également des jeunes, au nom d’un militantisme partisan pour lequel ils mettraient le feu au Niger, ont ovationné et salué la victoire usurpée de Mahamadou Issoufou, écrivant une histoire qu’ils savent parfaitement fausse mais qu’ils agréent dans la mesure où l’homme est dit d’un altruisme sans bornes, y compris avec les moyens et ressources de l’État. Ce sont enfin des jeunes qui ont été régulièrement utilisés pour briser, à coups de gaz lacrymogène et de matraques, de harcèlements et de privations de liberté, les mouvements de protestation populaire d’un peuple qui cherche à se libérer d’une gouvernance désastreuse. Ils appellent ça « Maintien de l’ordre et de la quiétude sociale ».

Mes chers compatriotes, il n’y a, certes, rien à espérer de ce régime dont les premiers responsables eux-mêmes reconnaissent l’état de pourriture extrême. Tout est scandale ! Cependant, la génération montante doit se rendre à l’évidence que la bataille pour un Niger meilleur auquel elle aspire ne sera pas une réalité tant qu’elle ne change pas de mentalité et de conduite. Elle peut, si elle le veut, être le moteur et le précurseur du changement positif attendu à condition qu’elle fasse du mérite et du travail, de l’honneur et de la dignité, les leviers essentiels du succès. Au contraire, elle ne sera que ruine et désespoir si elle doit forger le destin de ce pays dans la servitude servile de ces jeunes qui ont, pour emprunter le mot d’un certain Bonkano du Canard déchaîné, pour seule boussole la fameuse formule FVVA, c’est-à-dire Femme(s) Voiture, Villa, Argent. Une quadrature dangereuse qui est en train de détruire le Niger, pour le plus grand bonheur de gens sans vergogne, prêts à tout pour gagner de l’argent, y compris par la cession de 120 000ha de terres nigériennes à un groupe saoudien dont la mission est de garantir la sécurité alimentaire du royaume chérifien. Quel est le secrétaire général de syndicat ou de centrale syndicale qui ne soit pas jeune ? N’est-ce pas eux qui ont toujours vociféré qu’ils ont le droit et le devoir de s’exprimer sur la vie de la nation et de prendre position par rapport aux évènements et faits sociopolitiques ? Où sont-ils ? Ce silence assourdissant n’est-il pas la plus belle expression de leur position ? Aucun syndicat, aucune organisation de la société civile, n’a levé le petit doigt pour protester contre la destruction de l’économie nationale. Où sont les forts en gueule qui se sont récemment substitués à des institutions de l’État pour aller visiter et rendre compte de l’état d’avancement de la centrale de Gorou Banda ? Où sont passés NouhouArzika et Moustapha Kadi ? Pourquoi se cachent-ils alors que le peuple qu’ils prétendent défendre est en train de pleurer, impuissants face à la folie du pouvoir en place ? Leur silence est-il synonyme de connivence avec le pouvoir ? Alors ?

Alors, mes chers compatriotes, vous devez avoir compris le jeu perfide de tous ces quidams qui, sous le manteau épais de la société civile, ont travaillé à pourrir la vie politique, prenant dans l’obscurité des chèques libellés en millions de nos francs soutirés des comptes publics. Quant à moi, je dirais que le peuple nigérien reconnaît désormais les siens et que malgré la corruption qui a tétanisé les organisations syndicales, si bruyantes au Niger, Dieu saura séparer les bonnes graines des mauvaises.

10 septembre 2016

Source : Le Monde d'Aujourd'hui

 

Dernière modification le samedi, 10 septembre 2016 03:27

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