jeudi, 22 septembre 2016 04:24

Lettre à mes compatriotes : J’ai larmoyé en voyant tant de désastres se poursuivre sans aucune réaction de ceux qui, grandes gueules devant l’Eternel, se sont autoproclamés défenseurs des droits de l’homme et des citoyens

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demolition Abord Marche NiameyAprès 10 mois de privation de libertés pour avoir tenu des propos mille fois moins défiants pour la loi et certainement autant de fois moins dangereux pour la cohésion nationale que ceux que Mahamadou Issoufou a tenu sous Mamadou Tandja [Ndlr : il a ouvertement appelé l’armée à prendre le pouvoir] ou que Mohamed Bazoum a confiés à Jeune Afrique à propos de l’armée, Soumana Sanda, président de la coordination régionale Lumana Africa de Niamey, est enfin libre. Libre, dans une ville de Niamey qui est en train de subir la furie de l’homme fort du Niger depuis le 20 mars 2016. Niamey à qui il en veut d’avoir exposé sa «nudité» à la face du monde, lui qui a tant chanté sa popularité et son pari de passer haut les mains et dans le respect des règles de jeu démocratique. Le 20 mars lui a donné la preuve que les Nigériens étaient étouffent plutôt de le voir à la tête de l’Etat et ils n’ont pas tort.

Mahamadou Issoufou est l’incarnation d’un pouvoir sans âme, incapable de discernement pour comprendre que l’on ne démolit pas l’économie pour embellir. Il est l’incarnation d’un pouvoir impopulaire et le sait parfaitement. La démolition de l’économie nationale à laquelle il se livre actuellement est un acte de folie économique inqualifiable. Que cherche-t-il ? Un soulèvement populaire ? J’avoue personnellement que face à ces démolitions, j’ai perdu toute capacité d’analyse. Je ne comprends pas simplement. Hier, j’ai sillonné les rues de Niamey, cherchant à travers ces démolitions et ces ruines, les réponses à mes interrogations. Je n’ai trouvé que des larmes. Des larmes dans mes yeux, mais aussi des larmes en face. La désolation est totale. Impuissants face à la machine infernale de Mahamadou Issoufou et de ses hommes de main, des hommes, définitivement ruinés, s’attèlent à récupérer ce qui peut l’être avant que les bulldozers de Hamidou Garba ne viennent tout démolir. Ils sont pour la plupart désemparés, ne sachant à quel saint se vouer pour trouver protection et défense. J’ai larmoyé en voyant tant d’hommes anéantis dans leur volonté de construire un avenir pour leurs enfants. J’ai larmoyé en voyant tant de désastres se poursuivre sans aucune réaction de ceux qui, grandes gueules devant l’Eternel, se sont autoproclamés défenseurs des droits de l’homme et des citoyens. J’ai pleuré et continue de pleurer en songeant que je suis pourtant dans un pays où des syndicalistes et autres acteurs de la société civile ont fait trembler la République parce qu’ils disaient ne jamais accepter de donner carte blanche aux politiques. Je suis sidéré devant tant de silence chez Nouhou Mahamadou Arzika, Moustapha Kadi, Mahamane Hamissou ainsi que tous ces secrétaires généraux de centrales syndicales. Les masques sont tombés ! Définitivement tombés et nous osons croire qu’ils ont ainsi décidé de fermer le clapet pour le reste de leur vie. Autrement dit, demain, ils n’ont pas voix au chapitre. Aucun régime politique n’acceptera qu’un NouhouArzika, un Moustapha Kadi ou encore un SouleyOumarou, entre autres, se prétendent défenseurs des populations. Ils ont posé des actes qui les ont durablement compromis et leur silence face aux démolitions actuelles de l’économie est une preuve suffisante qu’ils ont choisi leur camp.

Mes chers compatriotes, la complicité dont jouit le pouvoir en place avec les acteurs syndicaux et de la société civile ne fait plus l’ombre d’un doute. Ils ont été pendant de longues années le bras armé de Mahamadou Issoufou et de son Pnds au sein de la société civile et des syndicats. Aujourd’hui, ils se sont dévoilés, étalant la preuve qu’ils ne se battaient pas pour les membres de leurs organisations, encore moins pour le Niger, mais qu’ils roulent pour un parti politique parvenu au pouvoir. Or, le pouvoir qu’ils soutiennent contre vents et marées est un pouvoir qui est en train de détruire le Niger. Encore une fois, j’ai le plaisir de rappeler à votre critique les huit axes du prétendu programme de «renaissance» de Mahamadou Issoufou : 

  • bâtir des institutions démocratiques fortes, crédibles et durables ;
  • assurer la sécurité des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire national ;

Est-ce une réalité ?

  • relancer l’économie et promouvoir le développement social à travers des investissements publics ;

N’est-ce pas une véritable chimère ?

  • assurer la sécurité alimentaire à travers l’initiative « 3N » : (les Nigériens nourrissent les Nigériens) ;
  • assurer l’accès à l’eau potable pour tous à travers la réhabilitation et la construction d’ouvrages hydrauliques urbains, ruraux et pastoraux ;
  • développer les infrastructures et l’énergie par des investissements dans les routes, les pistes rurales, l’électricité et les chemins de fer ;
  • améliorer significativement les indicateurs sociaux (éducation et santé) et créer des emplois au profit des jeunes.

Je vous laisse répondre, au regard de ce que nous vivons depuis cinq ans, dans ce pays. Je voudrais toutefois vous rappeler que les institutions actuelles ne sont pas crédibles car issues d’un coup d’Etat électoral que personne ne peut contester. Les preuves sont légion ; des dizaines de nos compatriotes sont morts sous les balles terroristes tandis que d’autres milliers ont dû fuir leurs terres, leurs villages à cause de l’insécurité pour devenir des réfugiés dans leurs propres pays ; l’économie nigérienne se trouve actuellement dans un trou noir, les caisses de l’Etat sont vides et la cessation de paiement n’est évitée que grâce à des perfusions continuelles des institutions financières sous régionales à coups d’emprunts obligataires et autres émissions d’obligations de trésor, aggravant le cours de la dette ; Chaque année, depuis cinq ans, des millions de Nigériens sont en insécurité alimentaire et tout le monde sait que l’initiative 3N n’est que pur slogan ; l’eau potable, même dans les centres urbains, reste encore une chimère à plus forte raison en campagne ; les routes construites, le fameux chemin de fer et l’électricité ne sont pas à commenter. Dans la plupart des cas, ils ne répondent pas aux normes et sont surfacturés. Encore que pour l’électricité, le silence est d’or ; quant aux indicateurs sociaux, lisez plutôt les rapports successifs du Pnud sur l’IDH.

Mes chers compatriotes, Mahamadou Issoufou = échec indiscutable, désolation, sans et larmes pour les populations nigériennes. Le pire est à venir et je me demande bien d’où viendra cette lueur d’espoir tant chantée, qui point à l’horizon, si près si loin dans le firmament, mais qui reste inaccessible.

 Mallami Boucar

22 septembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourdhui

Dernière modification le vendredi, 23 septembre 2016 01:49

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