mercredi, 05 octobre 2016 13:00

Situation politique : Il faut le dire...

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Issoufou Situation PolitiqueLe 27 juin 2009, le FDD, dirigé par un certain Mahamadou Issoufou, faisait une déclaration dont je vous propose un extrait : « Face à cette décision très grave qu’il vient de prendre, le Front pour la défense de la démocratie (FDD) :

1. dénonce le coup d’Etat que vient de perpétrer M. Mamadou Tandja ;

2. demande à tous les Nigériens de se mobiliser partout où ils se trouvent, en usant de tous les moyens légaux appropriés pour faire immédiatement échec à cette entreprise de liquidation de l’Etat de droit et de la démocratie ;

3. lance un appel aux forces de défense et de sécurité pour qu’elles refusent d’obéir aux ordres d’un homme qui a fait l’option délibérée de violer la loi et qui en cela a désormais perdu toute légitimité juridique et morale. Elles doivent, en particulier, avoir à cœur de ne pas violer l’article 13 de la Constitution qui stipule que nul n’est tenu d’exécuter un ordre manifestement illégal ; ni davantage oublier que l’article 115 de notre Constitution stipule que les arrêts de la Cour constitutionnelle lient les pouvoirs publics et toutes les autorités administratives, viles, militaires et juridictionnelles ;

4. lance un appel pressant à la communauté internationale afin qu’elle prenne, sans complaisance aucune, toutes les mesures prévues lorsque l’Etat de droit et la démocratie sont remis en cause ;

5. annonce qu’à partir de ce jour, M. Mamadou Tandja est en état d’empêchement absolu, conformément à l’article 42 de la Constitution et exige sa démission immédiate ».

Mahamadou Issoufou, lui, n’a pas fait que perpétrer un coup d’Etat. Il aussi violé la Constitution, fondement du pouvoir d’Etat, pulvérisé les juridictions et anéanti l’économie nationale. À chacun, son tour chez le coiffeur,, dit-on. Aujourd’hui, c’est Mahamadou Issoufou qui est à la barre, sans aucune circonstance atténuante, pour des chefs d’inculpation qui vont nécessairement le noyer dans la mesure où, dans certains cas graves comme la violation de la Constitution, il y a eu récidive. Il peut être certain, comme tant d’autres qui ont fait leurs numéros avant d’aller meubler l’histoire des années sombres de la démocratie nigérienne, que tant qu’il se lève, le soleil se couchera. Il peut être certain d’une chose : qu’il soit électoral, militaire, constitutionnel ou d’une autre nature, un coup d’Etat reste un coup d’Etat, l’essentiel étant de s’approprier le pouvoir d’Etat suivant un mode opératoire non conventionnel. Il peut également être convaincu qu’il n’existe aucune sécurité durable dans la violation de la loi et la confiscation de la volonté populaire.

Beaucoup de Nigériens pensent que Mahamadou Issoufou bénéficient d’une baraka extraordinaire pour pouvoir continuer ainsi à tout casser. Ils commettent en réalité l’erreur d’oublier deux choses importantes : d’une part, l’homme qu’ils disent détester le plus au monde sait qu’il n’a plus rien de son peuple ; d’autre part, chaque jour qui passe ne fait que l’enfoncer dans les sables mouvants de ses propres actes. Il ne faut, donc, pas se méprendre sur Mahamadou Issoufou et son pouvoir. Il est assis sur des braises ardentes. S’il bénéficie de la complicité active de leaders syndicaux, soupçonnés de corruption par une frange importante de l’opinion nationale et d’une certaine société civile dont les leaders se chamailleraient pour un portefeuille ministériel donné en compensation des missions accomplies, Mahamadou Issoufou ne peut toutefois ignorer qu’il s’agit là de simples saupoudrages qui n’effaceront jamais la réalité ; celle d’un homme qui n’a tiré aucune leçon utile de sa vie d’opposant afin de se mettre efficacement au service de son peuple ; celle d’un homme désormais esseulé dans un univers dont lui seul a les clés, très loin des misères qu’il fait vivre à son peuple ; celle également d’un pays où tout va à vau-l’eau mais que l’homme fort du moment présente curieusement comme le meilleur des mondes possibles. C’est ainsi que récemment, face à un auditoire probablement estomaqué, il affirme sans frémir, que n’eût été l’énorme investissement (10% du budget global de l’Etat), soit un peu moins de 200 milliards de francs CFA par an investis dans la défense et la sécurité, le Niger aurait depuis longtemps réalisé les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et entamé les Objectifs pour le développement durable (ODD). N’est-ce pas extraordinaire que l’homme fort du pays classé dernier par le Pnud dans le cadre du classement de l’Indice du développement humain (IDH) puisse aller déclarer devant ceux qui ont régulièrement jugé son travail depuis cinq ans, qu’il reste un des meilleurs, sinon le meilleur.

Tout le monde sait dans quel fossé Mahamadou Issoufou a précipité le Niger. Avec les démolitions actuelles des commerces, désapprouvées par des personnalités qui lui sont proches, il a donné l’ultime preuve que notre pays ne pourrait être entre de pires mains. Il est déjà financièrement asphyxié, vivotant de prêts bancaires qui sont habituellement destinés à financer des projets rentables. Sur le plan politique, la classe politique, substrat de la stabilité politique et institutionnelle, est démantelée, complètement atomisée grâce à des procédés que réprouve la morale tout court. Au plan social, c’est la catastrophe, avec une société nigérienne au plus profond du désespoir, trahie par une bonne partie de la classe politique, par les centrales syndicales et la société civile. Et surtout, ne dites pas qu’ils ont été corrompus, on vous attentera un procès. On constate pourtant qu’ils ont décidé d’abandonner le peuple à son sort, entre les mains d’hommes et de femmes qui en font exactement ce qu’ils veulent. L’atomisation de leaders syndicaux et de la société civile ne règle pas pourtant les affaires de Mahamadou Issoufou. Il peut tout casser, y compris les maisons d’habitation, les cliniques et les hôpitaux, il ne réussira jamais à faire plier ce peuple qui, il le sait, lui a tourné le dos. Ne m’agitez pas les quelques têtes fendues qui continuent à claironner qu’il a été élu et qu’il est en train de faire du bon boulot. Car, même les plus grands dictateurs ont eu leurs soutiens. Ça ne manque pas.

Cependant, l’Histoire ne s’arrête pas. Ceux qui s’avisent de l’arrêter finissent toujours dans ses registres les plus sombres. Le Niger même est un pays qui regorge de tant d’exemples. Alors, pour tous ceux croient en ce pays et en sa résurrection, soyez certains qu’un jour, il baignera, à nouveau, sous un soleil nouveau. Un soleil d’espérance faite de libertés, de justice et de reddition de comptes.

06 octobre 2016
Source : Le Monde d'Aujourdhui

Dernière modification le jeudi, 06 octobre 2016 04:32

Idées et opinions