Sanef 2018

Annonce

Lack of access rights - File 'http:/nigerdiaspora.net/images/Niger-Faillite-.jpg'

mercredi, 28 septembre 2016 03:44

Situation politique : Il faut le dire...

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Niger Faillite Le Niger est dans le creux de la vague et celui qui préside à ses destinées depuis le 20 mars 2016 à la faveur d’un coup d’État électoral ne semble pas être pleinement conscient de la situation catastrophique dans laquelle se trouve ce pays. Alors, pas du tout. Outre que les finances publiques sont dans le rouge depuis quelque temps et que les scandales financiers à coups de milliards continuent de scander la vie publique, les autorités issues de ce coup d’État électoral ont poussé le bouchon trop loin en entreprenant de démolir boutiques, alimentations et autres petits commerces. Les ruines s’étalent, indescriptibles et les personnes victimes de cette folie ne se comptent plus.

Un vrai désastre économique dont les effets se feront nécessairement sentir sur la mobilisation des ressources internes. Les mairies, déjà financièrement exsangues, vont désormais se déclarer en faillite. Il y a de quoi. Incapable de payer régulièrement les salaires de ses employés, la ville de Niamey a dû récemment se débarrasser, dans un sursaut de survie, de plus de 2000 contractuels et conseillers recrutés à la pelle. Mais cela n’a pas suffi à desserrer l’étau criminel d’une gestion kamé-kamé où les services publics de la ville sont la «propriété» de Assane Saïdou et de quelques lieutenants dont certains ont échappé à la justice grâce à leur appartenance au clan des intouchables. Eh bien, le pire est à venir. Une source bien renseignée nous apprend que l’arrondissement communal Niamey 2, qui faisait habituellement 18 millions de francs CFA par semaine n’a pu réaliser que 300 000 FCFA au bout de trois semaines que l’on imagine laborieuses. Par delà la perception des taxes et impôts qui va dégringoler, il faut savoir que des sociétés comme la Nigelec [Ndlr : la nigérienne de l’électricité] et la Seen [Ndlr : la nigérienne de l’eau] vont enregistrer des pertes colossales dans leurs recettes. Combien de compteurs d’eau et d’électricité ont été déboulonnés dans cette entreprise débile ? Ces démolitions sans discernement ne constituent-elles pas un crime économique ? Ne peut-on pas allégrement les inculper… de haute trahison ? Comme dans les affaires criminelles où la police, après avoir mis la main sur les meurtriers, les promène sur le lieu du crime, Hamidou Garba, la bombe humaine qui a été utilisée pour dynamiter Niamey et les maires, commandités pour exécuter cette sale besogne contre des populations dont ils ont requis, souvent avec obséquiosité, les suffrages, doivent être, un jour, promenés dans les rues pour constater l’étendue des dégâts qu’ils ont causés.

Le Niger va mal, très mal et pourtant, l’auteur du coup d’État électoral de mars 2016 ne semble pas s’en rendre compte. Pour lui, le Niger est un des pays d’Afrique et du monde où les habitant vivent bien, sont heureux et libres comme dans le meilleur des mondes possibles. Lorsqu’on écoute Mahamadou Issoufou parler, on a comme l’impression qu’il vogue sur des nuages, complètement déconnecté des réalités douloureuses que vivent ses concitoyens. Voici ce qu’il a dit devant les Nations Unies : « …bien que 10% de ses ressources budgétaires aient été orientées dans la défense et la sécurité, le Niger a pu réduire la pauvreté de 63% en 2011 à 45% en 2015 ; réaliser l’OMD visant la réduction de moitié des personnes qui souffrent de la faim ; réduire de manière substantielle le taux de mortalité infantile et maternelle ; réaliser l’OMD relatif à l’accès à l’eau et à l’assainissement en milieu urbain ». Puis, dans une litanie connue des Nigériens, il déclame sa chanson : « Mon ambition ceci, mon ambition cela… », oubliant qu’il chante faux et que son auditoire est essentiellement composé de ces experts qui ont régulièrement classé le Niger dernier depuis cinq ans qu’il gouverne le Niger. Le bon dernier dans le classement du PNUD en matière d’IDH est-il celui dont parle Mahamadou Issoufou ou plutôt s’agit-il d’un pays qu’il est seul à connaître ?

En vérité, les ressources prétendument volatilisées dans la sécurité et la défense d’un pays dont une partie du territoire est actuellement déclarée infréquentable et que les populations autochtones ont dû se résoudre à fuir pour ne pas finir égorgées, ont pris d’autres destinations dont il est aisé de dresser la traçabilité. Le scandale des établissements BEDIR, achetés par Mariama ElHadj Ibrahim, ministre des Enseignements primaires sortant, est un cas parmi tant d’autres qui expliquent comment on en est arrivé là où nous sommes. Selon toute vraisemblance, le Niger se trouve aujourd’hui dans une situation où, soit les citoyens ignorent le bonheur immense qu’ils doivent à Mahamadou Issoufou, le magicien qui va transformer les cases en gratte-ciel ; soit, l’homme fort du 20 mars 2016 est un homme qui doit inquiéter au plus haut point. En attendant que nous sachions où se trouve le problème et que la solution pour y remédier soit trouvée, notre pays continuera à voguer sur des eaux peu sûres suivant les directives d’un commandant qui ne rassure pas du tout.

C’est dans la déconfiture totale que Seïni Oumarou, las de devoir continuer le combat politique pour l’alternance à la tête de l’Etat, décide de cracher sur tout ce qu’il a dégagé comme principes et volonté de se battre uniquement pour le bien de son peuple qu’il entendait arracher, comme il le disait lui-même, aux griffes d’un régime satanique. Il a aujourd’hui absous ce régime satanique pour se mettre à sa disposition, désormais accroché aux humeurs changeantes d’un homme qui s’est illustré par la remise en cause de ses engagements. Il a choisi d’apporter ses soutien à un homme qui a ruiné le Niger, donnant ainsi à Mahamadou Issoufou le « pass » pour des choses encore plus vilaines. N’est-ce pas ce soutien qu’il a attendu pour entreprendre la démolition de l’économie nationale ? Mahamadou Issoufou est à plaindre, c’est certain. Mais il n’est pas certainement à plaindre autant que ceux qui savent parfaitement qui est-il, que fait-il et pourquoi. Il n’est pas autant à plaindre que Seïni Oumarou, Mahamane Hamissou Moumouni, Cheffou Amadou, Hamid Algabit, Ibrahim Yacoubou, Moussa Moumouni Djermakoye… ainsi que tous ceux qui, pour des intérêts pécuniaires et/ou autres, ont vendu le Niger sans se préoccuper des conséquences sur les populations. Car, c’est vendre son pays que d’accorder une licence à une organisation quelconque ou à des personnes, soient-elles celles qui sont aux commandes de l’Etat — Et comment, donc ? — l’auteur d’un coup d’Etat électoral, pour disposer de son pays et de ses ressources comme bon leur semble.

Au lieu de s’attaquer à la corruption, aux fraudes, à l’enrichissement illicite et effarant de ses proches qui ont ruiné le Niger, promis à un si bel avenir en 2010, Mahamadou Issoufou n’a rien trouvé de mieux à faire que de saccager l’économie du pays, mettant en faillite plusieurs milliers de concitoyens dont beaucoup, parmi les plus jeunes, n’ont d’autre alternative que de partir en exil. N’est-ce pas l’impunité qu’il offre à tous ces délinquants à col blanc qui pullulent comme têtards dans un étang qui a fondée Mariama El Hadj Ibrahim se revendiquer « soldate de la renaissance » – le comble de la prostitution politique – dont les dénonciateurs, selon elle, attendront en vain la déchéance ? N’est-ce pas sa protection et sa bénédiction qui expliquent qu’une parfaite anonyme, il y a cinq ans, puisse aujourd’hui s’offrir le complexe scolaire BEDIR dont la valeur, selon les spécialistes, dépasse la dizaine de milliards ? C’est bien sur Mahamadou Issoufou qu’elle compte pour échapper à une reddition des comptes qui est pourtant inévitable. Cette dame, qui a osé reconnaître et écrire, dans un droit de réponse à notre confrère Le Courrier, que les propriétaires de BEDIR étaient dans une situation «déboussolante», sous menace d’être expulsés du Niger sous 48 heures, ne peut qu’énerver le procureur de la République et attiser le désir des juges de l’avoir, un jour, en face.

L’Etat a été ruiné, c’est certain. C’est sur ses ruines que des individus ont construit des fortunes immenses, achetant à tour de bras établissements scolaires, immeubles et terrains de grande superficie. Demain, ce sont sur ces fortunes que l’Etat va renaître. Ce jour viendra. Ce jour-là, il ne servira à rien de se revendiquer « soldate de la renaissance ».

28 septembre 2016
Source :  Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le mercredi, 28 septembre 2016 04:58

Idées et opinions