mercredi, 28 septembre 2016 03:57

La faillite de notre élite

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Faillite elliteEn Afrique, l’élite intellectuelle avait joué un rôle historique capital dans l’émancipation des peuples et dans ce combat, que les peuples africains avaient mené, le Niger n’était pas en marge. Notre peuple avait été de toutes les luttes. Et, notre passé commun ne manque pas de figures emblématiques qui peuvent nous donner quelques fiertés. Mais parce que cette histoire ne vit que dans les cimetières de l’oubli, ce peuple, semble aujourd’hui manquer de repères pour avancer, pour savoir encore se battre, pour sa dignité. Sans doute qu’il y a aujourd’hui une urgence à re-enseigner notre histoire, en sortant des décombres du passé, de ces vestiges saccagés, les gloires anciennes qui peuvent nous remobiliser. Il est terrible pour un peuple de ne pas trop savoir d’où il vient. On nous a trop enseigné une histoire qui n’est pas la nôtre et cela nous a poussés ainsi à oublier la nôtre.

Si l’on avait pensé que les mutations d’une société ne pouvaient être portées que par une élite conséquente, responsable, clairvoyante, c’est parce que l’on avait cru que nourrie du savoir moderne qui a aiguisé sa conscience,  elle pouvait être à l’avant-garde de la défense du peuple et de ses intérêts. L’envie de manger, hélas, a transformé presque tous les hommes en ?mange-mil?, pire en rapaces et terribles prédateurs qui n’ont que faire d’une éthique. Ce qui arrive au Niger, faut-il le plaindre – et les mots ne sont que peu – est grave. Diori, Kountché, Baré, ne peuvent que souffrir dans leur tombe de ce qui nous arrive. Les valeurs d’intégrité qu’ils avaient cultivées, ne sont plus là : la fourberie et le mensonge sont devenus les prières, les seules pour lesquelles, nombre d’hommes politiques ont du talent. C’est surtout la bipolarisation de notre espace politique favorisée par la gestion Guriste, qui a pu montrer à quel seuil de putréfaction est allée la société politique nigérienne. Si l’on peut se réjouir que cette gestion ait permis de séparer le vrai de l’ivraie, les méchants des justes, l’on peut cependant regretter que cette situation soit le reflet de la déconfiture morale d’une société où la dignité humaine, l’honneur personnel qui induit souvent quelques répercutions sur la réputation d’une ascendance que des turpitudes pourraient salir, sont de plus en plus bannis. Pire, c’est de la part de ceux chez qui l’on attend l’exemple, le bon exemple, que vient la vilenie. C’est à croire que ce pays n’a plus de sage, n’a plus aucun leader religieux bien écouté, aucun chef traditionnel au charisme imposant. Tout le monde semble être dans la médiocrité, vivant la même uniformité répugnante. Comment pouvait-on faire avancer une société quand tout le monde, tout son monde, semble être dans la faillite, dans la négativité ? Ce pays est à plaindre. C’est vrai.

De la conférence nationale à aujourd’hui, soit un peu plus de deux décennies d’aventure après, le peuple a vu passer tous les hommes à leur examen de passage. Une seule gestion, celle du MNSD et de la CDS, aura été rassurante pour avoir pu tenu dans la stabilité, en deux mandats normaux, n’eut été l’aventureuse option de la continuité, qui a fini par conduire ce régime au naufrage. Mais, que reste-t-il aujourd’hui de ce MNSD mythique, de cette CDS si mesurée ? Peut-être rien, quand on sait que des pans entiers – mangement oblige – sont allés se fondre à la renaissance dévoreuse. Ceux qui, sur l’autel de leurs intérêts égoïstes, ont sacrifié la grandeur de leur formation politique pour tacheter son histoire ou pour jouer à la combine contre un autre, répondront face à ce paysan, à ce chauffeur, à cet artisan, à ce citoyen lambda qui n’attend rien, aucune nomination, aucune promotion mais qui avait cru simplement à des discours et qui avait cru que ces hommes étaient dignes de confiance. Il se rend compte qu’ils ne croient à leurs propres discours. Ici-bas, il va sans dire, qu’avant l’autre tribunal, forcément, chacun répondra de ses forfaitures. Un jour ou l’autre

Dans la descente aux enfers de notre société l’on se demande bien où sont-ils, ces grands bavards qui ont dit qu’ils sont là pour défendre le peuple ? Où sont ces syndicalistes et autres acteurs de la société civile nourris chez Marx qui ont oublié qu’au-delà des luttes corporatistes, ils avaient en d’autres temps fait siennes, certaines revendications politiques, notamment, en ce qui est de la défense de la démocratie. Aujourd’hui, ils ne peuvent rien dire quand les lois sont violées, quand les libertés publiques sont restreintes, quand on enferme abusivement, quand un gouvernement qui viole la loi sur le quota est maintenu malgré certaines protestations. Ce Niger des silences et de l’inaction, ne peut que faire peur. Le syndicalisme nigérien, par ses proximités douteuses avec certains milieux politiques révélées aujourd’hui par ses silences complices et ses complaisances vis-à-vis des menaces qui pèsent sur les acquis des travailleurs et de la démocratie, s’est fortement discrédité. L’on sait comment, gueulards, ils avaient harcelé le régime Tandja pour exiger le paiement des incidences financières, sur lesquelles aujourd’hui, ils n’osent pas dire mot. Si quelques syndicats, presque orphelins de leurs centrales qui affichent un profil bas, s’agitent sans succès pour que leurs préoccupations soient prises en compte, l’on ne peut que déplorer le manque de solidarité dans les luttes sociales. Personne, ne peut plus faire confiance à ces acteurs vénaux. On peut même amputer les salaires de certaines indemnités, cela passe, et l’on comprend gentiment la mesure quand même elle n’avait pas été expliquée au préalable. Ce fut d’abord une rumeur qui informe sur la menace et quand, dans les faits, cela se concrétise, c’est le silence. Il n’est pas trop de dire qu’il n’y a plus de syndicalisme dans le pays de Djibo Bakari et d’Ibrahim Mayaki. Insidieusement et de manière sournoise, deux indemnités avaient été retirées des salaires en promettant qu’elles pourraient être restituées aussitôt après sur présentant des documents qui en donnent droit. N’est-il pas plus pratique de donner un délai pour tous ceux qui en bénéficient, de fournier pour toutes les indemnités les pièces administratives qui les justifient pour, par la suite, supprimer les indemnités de ceux qui ne seront pas exécuté ?

Quant à l’élite politique, elle est sans visage, du moins pour l’écrasante majorité de ses leaders qui ont choisi la compromission, le larbinisme. Soutenir un autre, est-ce être d’accord, toujours, sur tout ce qu’il fait et dit ? N’est-il pas possible de marquer sa différence par moment sur certaines questions surtout quand celles-ci font entorse à la morale, à l’éthique, aux principes, aux convictions, aux lois ? Une telle attitude peut-elle être aussi inamicale pour porter atteinte à une relation politique ? En jouant l’inféodation. On veut vendre une partie de la région de Diffa à des étrangers, personne n’a le courage au sein du camp du pouvoir à dénoncer une transaction attentatoire à notre souveraineté ? Moussa Tchangari peut passer

son temps à fulminer, le problème ne dit rien aux Nigériens devenus silencieux. On détruit l’économie à travers la destruction inopportune des boutiques, personne du pouvoir n’ose élever la voix, sans doute de peur qu’une telle audace ne lui coûte son maintien ou son entrée dans le prochain gouvernement dédié à Seini Oumarou. Il y a tant d’autres problèmes dans notre société pour lesquels l’on ne peut comprendre certains silences.

Si cette élite, à l’instar de celle des soleils des indépendances, ayant choisi la politique comme métier, déçoit, ce que l’on ne peut pas comprendre par contre, c’est l’attitude tout aussi passive qui frise l’indifférence, des intellectuels critiques, libres penseurs qui devraient alerter sur les dérives d’une société qui se meurt à petit feu, acculée à l’hypocrisie collective. La voix des universitaires n’est plus audible, comme celle d’autres grands intellectuels.

Pourquoi donc tant de silence dans un pays où chaque jour, surgissent de nouveaux problèmes ? Faut-il croire que l’immensité des problèmes, ne peut que qu’imposer pareille démission ? Nous sommes tous coupables !

 28 septembre 2016
Source :  Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le mercredi, 28 septembre 2016 04:47

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