vendredi, 07 octobre 2016 02:39

Lettre à mes compatriotes : L’histoire retiendra que le Niger a vécu les pires cauchemars de son existence sous Mahamadou Issoufou et par sa faute inexcusable

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issoufou Mouhamadou Niger 010Votre pays, vous vous en rendez certainement compte, n’est plus qu’un vaste no man’s land dédié à Mahamadou Issoufou qui en fait ce que bon lui semble. C’est un truisme de dire qu’il a échoué dans ses missions et que le Niger ne fait que sombrer depuis qu’il est arrivé au pouvoir. Les finances publiques sont dans un fossé abyssal et ceux qui s’étonnent de constater qu’il continue pourtant à payer les salaires doivent comprendre qu’il le fait en enfonçant davantage notre pays dans le chaos financier.

Depuis de longs mois, il n’arrive à payer les salaires que grâce à un système de revolving de prêts qui s’entassent, vouant le Niger à de sombres perspectives. Et plus que les semaines s’égrènent, plus la situation devient plus complexe, et l’État, asphyxié par l’encours de la dette publique, n’a trouvé aucune autre parade que de supprimer certaines indemnités des fonctionnaires. Ces coupures d’une partie de leur dû les mettent évidemment dans une situation d’insécurité sociale puisqu’ils perdent ainsi une partie de leur pouvoir d’achat. Mais, curieusement, les victimes ne disent rien, ne protestent pas et ne manifestent pas leur mécontentement et leur désapprobation. Les enseignants sont martyrisés, les commerçants sont ruinés, les élèves et étudiants sont sacrifiés sur l’autel de l’enrichissement illicite de ceux qui sont chargés d’assurer cette mission, les libertés publiques sont confisquées, la justice est à deux vitesses et pourtant les Nigériens restent impassibles, complètement absents sur un théâtre d’opérations qui les concerne au premier chef. L’histoire de ce pays n’a pas été pourtant un long fleuve tranquille. Elle a été émaillée de luttes politiques visant à refuser toute hypothèque sur les libertés fondamentales, mais aussi sur le bradage des ressources et la démission des gouvernants face à leurs responsabilités. Les fonctionnaires et les étudiants en particulier qui se réclament comme étant les géniteurs de la démocratie et le fer de lance de son instauration sont curieusement devenus amorphes, dans une spirale de déclarations de foi sans lendemains. Hier encore, j’ai remarqué sur les réseaux sociaux et certains sites d’information un appel d’un syndicat d’enseignants à manifestation. Je me suis dit qu’il s’agit sans doute, encore, d’un autre numéro de dirigeants matamores qui feignent de booster la lutte contre un pouvoir qui n’a aucun respect pour les travailleurs.

Mes chers compatriotes, le Niger, on peut le dire, n’est plus qu’un vaste territoire-tampon au portillon duquel tous les pays occidentaux se bousculent pour avoir, chacun, sa portion de territoire à contrôler en vue de faire, là, sur nos terres, une guerre contre le terrorisme jugé trop dangereuse pour être conduite à partir de leurs propres pays. La France, d’abord, puis les États-Unis qui seraient en train de construire une base militaire aérienne pour espionnage et ensuite l’Allemagne, tous ont accepté de fermer les yeux sur le coup d’État électoral de Mahamadou Issoufou, mille fois plus vulgaire que ce qui s’est passé au Gabon, en échange de cette faveur qui anéantit toute souveraineté de notre pays. D’autres pays sont probablement dans l’antichambre de Mahamadou Issoufou qui n’a plus aucune capacité de discernement. Jamais, aucun pays africain n’a été autant livré à l’appétit insatiable des occidentaux. Un seul pays avec des bases militaires de tant de pays occidentaux ! Le Niger, tout pauvre qu’il est, a toujours été jaloux de sa souveraineté et l’’armée nigérienne s’est toujours si bien occupée de veiller sur l’intégrité de notre territoire. Il n’y a jamais d’efficacité à 100%, sinon les État-Unis ou la France ne serait jamais victime du terrorisme. La création de bases militaires françaises, américaines et allemandes font du Niger un territoire militaire occidental qui ne servira, en vérité, que les seuls intérêts des pays installés. Ils veulent livrer une guerre contre le terrorisme, loin de leurs terres et de leurs peuples. Pourquoi le Niger doit-il accepter à la fois une base militaire de la France, des Etats Unis et de l’Allemagne ?

Mes chers compatriotes, dans l’histoire politique du Niger, Mahamadou Issoufou est un chef d’État atypique. L’histoire retiendra que le Niger a vécu les pires cauchemars de son existence sous son magistère et par sa faute inexcusable. Les Nigériens ne l’oublieraient jamais comme tant de peuples, à travers le vaste monde, ont gardé en mémoire, de génération en génération, les souvenirs atroces des affres de gouvernants tellement fous de leur pouvoir sur les institutions et les hommes qu’ils ont fini par créer l’apocalypse au tour d’eux. J’ai peur pour mon pays. Car lorsque je constate que l’homme a osé perpétrer un coup d’État électoral, violé la Constitution de son pays de façon délibérée et répétée, envoyé ses adversaires politiques en prison, confisqué les libertés publiques, démoli les bases de l’économie nationale et qu’il est en train de faire du Niger un territoire-tampon pour les Forces armées occidentales, je me dis que nous sommes absolument sur la même tangente qui a conduit à la ruine de tant de peuples. Je me dis que, comme tant de peuples qui ont souffert de la folie de leurs gouvernants, nous connaîtrons notre part de crucifixion et comme tant d’autres ont dû tirer les conséquences de leurs bêtises et de leur attentisme, nous allons aussi pleurer avant de baisser la tête et de reconnaître nos torts. J’ai froid dans le dos en pensant que SeïniOumarou est devenu presque un « porteur de serviettes » de Mahamadou Issoufou, se faisant le porte-voix d’une gouvernance qu’il a qualifiée de satanique. C’est lui qui a réclamé de BrigiRafini une convocation du CNDP [Ndlr : Conseil national du dialogue politique] aux fins de voir, entre autres, « la classe politique, toutes tendances confondues, discuter de la question des élections locales et de celle relative à l’élaboration d’un fichier biométrique. Il demande en outre que les élections locales prévues le 18 janvier 2017, se tiennent avec un fichier biométrique, quitte à les repousser de deux ans en vue de son élaboration ».

Mes chers compatriotes, vous l’avez constaté, SeïniOumarou est devenu le porteur des messages du régime qu’il a dit être inspiré de Satan. La lettre qu’il a adressée à BrigiRafini n’a pour but que de faire un boulevard pour Mahamadou Issoufou qui, dans l’incapacité d’organiser les élections locales, trouve, là, une belle opportunité de dire que le report a été décidé à l’initiative de la classe politique et que l’idée est venue, non pas du PndsTareyya, mais du MnsdNassara. Bravo ! Mais, bien entendu, cela n’efface pas l’échec et l’incapacité indiscutables de Mahamadou Issoufou qui a d’abord refusé la tenue des élections locales avant la présidentielle et les législatives et qui étale aujourd’hui, en plus de son incapacité, sa volonté de mettre le Niger sous coupe réglée. À travers cette démarche des plus condamnables visant à dédouaner Mahamadou Issoufou et le Pnds, SeïniOumarou entend probablement édifier tous ceux qui doutent encore de son allégeance à Mahamadou Issoufou. Il veut convaincre et il ne s’y est mal pris. La décision de l’opposition politique de refuser d’entériner ce partage entre nouveaux alliés d’un pouvoir qui perd, avec la nomination d’administrateurs délégués, la dernière portion de légitimité, est un acte républicain à saluer. Elle refuse de marcher dans la combine d’hommes qui ont mis leurs seuls intérêts en avant pour s’entendre et gérer le pouvoir d’État, au détriment des populations méprisées, meurtries et paupérisées. Elle refuse ainsi d’abandonner son peuple, comme SeïniOumarou et le Mnsd l’ont fait sans sourciller. C’est un brin d’espoir qu’il faut tenir et entretenir. C’est ce faisceau de lumière qui peut vous mener vers la liberté, la justice et l’épanouissement. Car, c’est de vous, en réalité, que dépend demain. Il ne tient qu’à vous de l’écrire comme vous le souhaitez. Lorsque le leader ne correspond plus à vos attentes, donnez-vous les moyens de le renvoyer aux vestiaires. Que Dieu bénisse le peuple nigérien !

Mallami Boucar

07 octobre 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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