mercredi, 19 octobre 2016 09:13

Il faut le dire...

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Issou depart NY 20 04 2016Pourquoi vous attendez-vous à ce qu’il vous rende la monnaie d’une pièce qu’il ne vous a pas empruntée ?

Le Niger, il faut le dire, a eu sans doute la guigne d’avoir, à la tête de l’État, un homme qui fait passer les intérêts d’autres pays avant ceux de son propre pays. Ce n’est ni une vue de l’esprit ni un excès du langage. L’assertion procède d’un constat incontestable et révoltant au point qu’il n’est pas déplacé de parler de mépris pour le peuple nigérien. Le jeudi 6 octobre 2016, 22 éléments des Forces de défense et de sécurité (Fds) tombent, à Tezalit, dans la région de Tahoua, sous les balles de narcotrafiquants, selon le mot de Massoudou Hassoumi.

Sans aucun souci, Mahamadou Issoufou a poursuivi une mission-bidon aux Emirats Arabes Unis ; une mission dont les Nigériens n’ont d’ailleurs eu aucun écho des résultats éventuels engrangés. Il s’est contenté, comme si les Nigériens avaient affaire au président béninois ou malien, guinéen ou ivoirien, d’envoyer à ses compatriotes un message de condoléances et de compassion. Il a ainsi poursuivi son séjour, loin des siens, avec des préoccupations qui donnent la nausée tandis que son peuple est en deuil. Les familles des victimes peuvent être choquées ; elles peuvent pleurer l’éternité, elles n’ont qu’à aller se faire voir ailleurs. Est-ce qu’elles sont françaises, allemandes ou américaines pour que Mahamadou Issoufou, l’homme fort du 20 mars 2016, se donne tant de peine pour écourter une mission aux Emirats Arabes Unis, pays à la prodigalité légendaire ? Il se raconte, par ceux qui s’y connaissent, que même si vos doléances concernant l’État ne trouvent pas de réponses satisfaisantes, en tant que missionnaires, vous vous en sortez toujours avec des cadeaux personnels qui font rêver. Mahamadou Issoufou a, donc, naturellement poursuivi son séjour et ne l’a abrégé que pour venir accueillir Angela Merkel, la Chancelière allemande, qui venait à Niamey pour mettre la dernière main à l’implantation d’une base militaire de son pays dans la région où, justement, les 22 membres des Fds ont été surpris et abattus. Pourquoi se précipiter à rentrer au pays alors que des Nigériens qui tombent sous des balles ennemies, il y en a pratiquement toutes les semaines, sinon tous les jours ? Pourquoi Mahamadou Issoufou doit-il se sentir obligé, moralement et politiquement, au nom de son serment coranique, d’abréger tout en pareilles circonstances, pour accourir auprès de son peuple alors qu’il ne lui doit rien du tout ? Est-ce vous qui l’avez élu ? Pourquoi vous attendez-vous à ce qu’il vous rende la monnaie d’une pièce qu’il ne vous a pas empruntée ?

Les choses doivent être claires : ce sont des centaines de Nigériens qui sont tombés sous des balles ennemies, dont plus d’une centaine à la fois, à Karamga, depuis que Mahamadou Issoufou est au pouvoir. Mais pas une seule fois, il n’a montré autant d’affliction, de promptitude et d’engagement que lorsqu’il s’agit de citoyens occidentaux. Autant de mépris vis-à-vis de son peuple alors qu’il se démène pour répondre avec empressement aux moindres claquements de doigt de puissances comme la France, l’Allemagne ou les États-Unis ne peut cacher sa volonté, telle que l’a décrite SeïniOumarou, de ne pas subir les foudres de pays qui savent trop de choses, forcément vilaines, sur un pouvoir confortablement assis sur un hold-up électoral. Le silence complice de celui qui est plus puissant que vous est toujours nécessaire pour continuer à écraser le plus faible. L’enlèvement d’un américain sur le sol nigérien a, donc, de quoi mettre Mahamadou Issoufou en émoi au point de mobiliser toute l’armée nigérienne, selon Jeune Afrique, à la poursuite des ravisseurs de cet américain-nigérien qui a décidé, depuis plus de 20 ans, de vivre parmi les nôtres, à Abalak, dans la région de Tahoua. En convoquant, en sus, le Conseil national de sécurité, Mahamadou Issoufou ne fait pas que dans le zèle. Son numéro vise à convaincre les occidentaux qu’à défaut d’avoir une légitimité populaire qui justifie son maintien au pouvoir, il est un «excellent» parti ( ?) dans la lutte contre le terrorisme et les narcotrafiquants. Pourtant, et il est loisible de le constater, Mahamadou Issoufou ne fait que parler là où il convient plutôt d’agir. Or, pour agir avec efficience à la tête de l’État, il faut au préalable bénéficier d’un soutien populaire sous-tendu par la confiance des populations. Toutes choses par rapport auxquelles Mahamadou Issoufou affiche plus qu’un déficit. Dans ces conditions, il ne peut miser que sur deux choses qui ont toutefois des limites objectives : d’une part, bluffer les occidentaux avec des discours ronfleurs du genre « Nous avons 400 véhicules 4X4 qui quadrillent le Niger, patrouillant 24 H/24H à travers tous les villages » ou encore « Le Niger est un îlot de paix et de quiétude dans un environnement tourmenté » ; d’autre part, en montrant qu’il accorde plus d’importance à la sécurité des occidentaux en territoire nigérien qu’à celle de ses propres concitoyens. Ce choix, malheureusement, a une fondation qui fait vibrer les occidentaux : la France, l’Allemagne et les États-Unis ont reçu l’aval de Mahamadou Issoufou pour y installer une base militaire. Mais on se demande jusqu’à quand un pareil deal va durer alors que depuis cinq ans, c’est sur « l’îlot de paix » que la plupart des occidentaux ont été pris en otages.

Par-delà cette « vérité amère », pour reprendre le titre d’une rubrique chère au Canard déchaîné, il ne faut pas se voiler la face et occulter cette réalité : tous les cas d’enlèvement de ressortissants occidentaux au Niger finissent au Mali, pays ami et voisin dans lequel la sordide politique extérieure française a emménagé une sorte d’espace de libertés aux terroristes et narcotrafiquants. Le nord du Mali, que la France maintient toujours hors du contrôle du pouvoir légitime de Bamako, est devenu en réalité un sanctuaire de grands bandits. Tous ceux qui ont quelque lien avec les terroristes et narcotrafiquants trouvent, là, la certitude d’être hors de portée. Il suffit pour cela d’arborer l’étiquette de ces mouvements obscurs qui peuplent le nord du Mali, sous la bienveillante protection de la France d’un certain François Hollande. C’est dire que les pays occidentaux, en particulier la France, sont les premiers coupables des misères que vivent leurs ressortissants dans le vaste sahel. Il est clair que si cette partie du territoire est sous contrôle du pouvoir central de Bamako, les possibilités des preneurs d’otages seraient largement réduites. Les occidentaux doivent par conséquent revoir leurs copies, en prenant le soin de comprendre que ce qui est indiscutable chez eux l’est tout autant chez nous : le terrorisme dispose de connexions au sahel qu’ils connaissent parfaitement. Ils ont alors le choix : soit, se débarrasser des serpents ; soit continuer à les caresser et s’exposer à des morsures mortelles.

18 octobre 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le mercredi, 19 octobre 2016 09:55

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