mardi, 25 octobre 2016 15:53

Les nouveaux migrants : Par Dr Souley Adji

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Politique Migrants NigerIls ne viennent ni du Libéria, ni du Ghana, ni du Nigéria, ni de Gambie, ni de la Sierra Leone. Ils ne viennent même pas de Mauritanie, du Tchad, du Mali ou de Libye, comme le pensait malencontreusement naguère un homme politique en vue. Les nouveaux migrants ne transitent ni par Agadez, ni par Diffa, ni par Zinder. Le long et périlleux périple à travers le désert vers l’Algérie ou la Libye, le naufrage en mer, ce n’est pas pour eux ! Les passeurs clandestins, les trafiquants et autres réseaux criminels, ils ne connaissent pas ! Les nouveaux migrants ne fuient ni la guerre, ni la famine, ni la misère, ni la dictature d’un régime. Ils ne cherchent même pas à aller en Europe, même si eux-aussi rêvent de la terre promise. Trop dangereux !

Leur itinéraire migratoire et très simple : quitter la galère de l’opposition pour rejoindre l’eldorado du pouvoir exécutif ! Eux n’ont pas besoin de passeurs, puisqu’ils connaissent bien le chemin pour l’avoir déjà emprunté maintes fois. Retour vers le passé. Ce qui les attend, ils le savent mieux que quiconque : ni internement sur une ile grecque ou incarcération dans une « jungle » française, ni du riz aux haricots, ni de la pâte noire de mil, ni pharmacie par terre.
Les nouveaux migrants n’ont donc qu’un seul problème vital : l’alimentation et parfois l’hypertension ; la bonne presse les qualifie bien souvent d’alimentaires, férus de régimes riches et variés voire de mercenaires, prêts à se vendre au plus offrant. Ils doivent constamment éviter à la fois les plats pauvres en calories et les coups de soleil brulant du Sahel, de crainte que leur hypertension ne se réveille ; un menu royal, une voiture climatisée, un bureau climatisé, une maison climatisée et de l’argent frais feraient bien l’affaire. Fini le ventilateur bruyant et asphyxiant ! Mais aussi, finis le kirari et le kamé kamé !
Les nouveaux migrants sont des migrants intérieurs, en l’occurrence ces politiciens en apparence faméliques et hypertendus, qui après avoir traité de tous les noms d’oiseau leurs adversaires voire contesté leur légitimité font, irrésistiblement, des pieds et des mains, pour chercher des justificatifs à leur lamentable reddition. A les écouter plaider leur abdication, ils n’iraient pas en migration pour des raisons bassement matérielles, mais bien pour l’ «intérêt national » que, dans leur indécence manifeste, ils confondent spontanément avec ceux de leurs bedons. Car, c’est bien connu, le vrai migrant avance toujours des arguments nobles aux autorités des pays d’accueil : si ce n’est pour parfaire ou mettre en valeur ses connaissances, fuir une dictature sanguinaire, c’est bien pour nécessité de regroupement familial.
Sensible au discours des nouveaux migrants, le chef de l’Exécutif se doit bien entendu de leur réserver un accueil digne de l’hospitalité africaine même si, comme chez les Inuits, cela ne va pas jusqu’au don de soi. Faire publiquement preuve de reniement et d’abandon de ses valeurs et de ses ambitions aussi bien que de ses alliés et de ses militants pour migrer spectaculairement ne mérite t-il pas l’octroi de sinécures et de prébendes mirobolantes ? Mais, jusqu’à quand ? Peut-être pas jusqu’à ce que le pays ait les genoux complètement à terre !!!

Par Dr Souley Adji

Source : https://www.facebook.com/souley.adji?fref=nf

Dernière modification le mardi, 25 octobre 2016 18:01

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