Sanef 2018

mercredi, 26 octobre 2016 15:53

Il faut le dire...

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Gouv Niger Oct.2016Un peu plus de deux mois après l’arrivée du Mnsd nassara dans le giron de Mahamadou Issoufou, le gouvernement qui doit symboliser la bonne gouvernance et l’intérêt général, motivations, paraît-il, qui auraient prévalu dans la décision de Seïni Oumarou et des siens, est enfin là. Et on constate que si Mahamadou Issoufou a lamentablement échoué dans la gouvernance du pays, transformant tout ce qui est blanc en noir, il réussit toutefois à « dompter » les hommes, particulièrement ceux qui ont été trop bavards, comme pour confirmer le vieil adage qui dit que ce sont les tonneaux vides qui font le plus de bruit.

Bonne gouvernance et intérêt général ! Des concepts qui n’ont pas forcément la même signification chez tout le monde. Ce n’est pas de la rigolade, c’est la réalité. Du moins, ce sont des concepts qui ont certainement une autre signification chez Seïni Oumarou et les siens qui ont trouvé le moyen de faire croire que la taille de l’équipe gouvernementale, reconduite dans les mêmes proportions et les mêmes configurations, n’est plus synonyme du mépris total que Mahamadou Issoufou nourrit pour le peuple nigérien à partir du moment où il y siège personnellement et six de ses affidés ont été cooptés. Alors, que signifie la bonne gouvernance pour Seïni Oumarou et les siens qui acceptent et admettent volontiers que Mahamadou Issoufou puisse disposer d’un gouvernement de 43 membres et d’un Haut représentant du chef de l’Etat (un garçon de course néanmoins budgétivore) dans un pays à l’économie exsangue qui a décidé de 0 recrutement en 2017 ; qui a supprimé les indemnités de responsabilité des fonctionnaires ; qui n’a pas encore donné un matricule à plus de 6000 jeunes recrutés depuis deux ans ; qui annule un concours alors que les admis travaillent dans l’administration publique depuis neuf longs mois et perçoivent régulièrement leurs salaires… ? Que signifie la bonne gouvernance pour Seïni Oumarou et les siens alors qu’il est un des soutiens aveugles de Mahamadou Issoufou dans la violation répétée de la Constitution ? N’est-ce pas qu’il a encore violé le quota des femmes qui découle d’une disposition constitutionnelle ? Que signifie l’intérêt général pour Seïni Oumarou et les siens qui s’affilient curieusement à une gouvernance que le sieur Seïni a personnellement qualifié d’être d’essence satanique ? L’intérêt général est-il d’utiliser le mandat populaire pour se remplir les comptes bancaires et prendre quelques strapontins dans le gouvernement ?

En vérité, Seïni et les siens se moquent éperdument de l’intérêt général. Ils se moquent également de savoir que les finances publiques vont mal et que soutenir Mahamadou Issoufou, c’est enfoncer davantage le Niger. Leur préoccupation, c’est d’être du pouvoir, qu’il soit issu d’un hold-up électoral ou pas. Leur préoccupation, c’est d’avoir quelques centaines de millions pour éponger ses dettes énormes et des strapontins qui permettent d’avoir désormais sa part de butin de ces centaines de milliards qui se dissipent sous ses yeux dans ces innombrables affaires révélées régulièrement par la presse. Leur préoccupation, c’est d’avoir la possibilité de faire partie de tous ces gangsters qui ont fait main basse sur des milliards de l’Etat mais qui sont totalement impunis du fait de leur allégeance à Mahamadou Issoufou. N’est-ce pas mieux que de rester dans le lot de ceux qui, au nom de leur appartenance politique, sont la cible privilégiée d’une certaine HALCIA, d’une certaine police judiciaire et d’une justice qui trie, dans certains cas, ses justiciables. C’est lamentable ! C’est d’autant plus lamentable que vous avez beau chercher, vous ne trouverez aucune autre explication à ce revirement spectaculaire de Seïni et les siens : se servir aussi, dans ce wassosso jamais égalé, avec l’assurance d’être ignoré par la justice. C’est d’autant plus lamentable que lorsqu’on voit la taille du gouvernement et cette nième violation de la Constitution par Mahamadou Issoufou, on se rend compte que Seïni et les siens se moquent de tous les discours qu’ils ont toujours tenu comme de leurs premières paires de sandales.

En se ralliant au pouvoir issu du hold-up électoral, Seïni Oumarou et les siens donnent la preuve qu’il n’y a aucune conviction dans ce qu’ils faisaient. Ils ne combattaient pas Mahamadou Issoufou parce qu’il entraînait le Niger dans une crise multidimensionnelle et qu’il fallait, pour l’intérêt général, l’arrêter dans ses folies destructrices, mais juste pour s’accaparer des commandes de l’Etat et probablement faire de même. Et puisque, visiblement, on ne peut plus être roi, pourquoi ne pas prendre ce que l’on peut avoir aujourd’hui, même de provenance douteuse, au lieu de s’engager dans un combat politique qui pourrait être long ? La dignité et l’honneur ? Ma barbe ! L’intérêt général ? Tant pis ! D’ailleurs, et on se demande bien si ce n’est une telle attitude malheureuse qui a prévalu dans le camp de Seïni et des siens, l’honneur et la dignité n’auraient pas de place dans la gestion de la cité, fortifiant ainsi tous ceux qui — et ça pullule dans les partis politiques nigériens — ont naturellement une âme de voleurs, de fraudeurs et de violeurs de lois. C’est une des plus graves maladies de notre société. On va à la mosquée, on fait la oumra et le pèlerinage, mais on est prompte à admettre que lorsqu’il s’agit de l’argent de l’Etat, seuls les imbéciles ne le détournent pas. Et manifestement, les tenants de cette philosophie désastreuse sont très nombreux autour de Mahamadou Issoufou qui vient d’accueillir de nouveaux venus. Avec, probablement, des projets d’OPA sur des choses…

Dénoncer les scandales financiers et/ou de gouvernance sous Mahamadou Issoufou, c’est comme vouloir compter les gouttes d’eau qui composent la pluie. C’est ce qu’il y a de plus routinier. Ce n’est, donc, pas une nouveauté ou une surprise de révéler que le Niger va de mal en pis. Le problème, c’est cette maladie qui attaque les hommes politiques nigériens, qui se disent pour la plupart, croyants pratiquants, mais se comportent en véritables brigands à la tête de l’Etat. Cette maladie qui transforme les valeurs les plus sacrées de notre société (l’honneur et la dignité) en veulerie. Comment est-ce possible qu’un Seïni Oumarou, sans honte du qu’en-dira-t-on, des murmures réprobateurs de ses proches et des malédictions de nos compatriotes, puisse trouver quelque chose de positif dans un gouvernement qu’il a jugé, hier, de pléthorique et forcément expression du mépris de Mahamadou Issoufou pour le peuple nigérien ? Nous ne sommes pas à l’heure des surprises, mais bien de l’écœurement, de la nausée, du haut-le-cœur.

Seïni Oumarou va-t-il prétendre ne rien savoir de l’état des finances publiques ? Va-t-il prétendre ignorer que des fonctionnaires ne sont payés à terme échu ? Va-t-il dire qu’il n’a pas connaissance des graves problèmes de l’école nigérienne ? Peut-il faire objection si on lui disait qu’il a donné à Mahamadou Issoufou une prime supplémentaire à la mauvaise gouvernance ? Seïni Oumarou sait tout ça. Il a simplement fait un choix qui n’est pas, je le crois personnellement, conforme à l’intérêt général, tel qu’il se définit dans les normes généralement admises. Car, soutenir une gouvernance que l’on a traitée soi-même de satanique et dont tout le monde découvre aujourd’hui, le visage odieux, avec ces révélations de Rfi et de Jeune Afrique sur l’affaire de Saadi Khadafi ; du Courrier sur l’affaire Africard où Mahamadou Issoufou a préféré l’avion présidentiel aux projets de la route Tahoua-Arlit et de la mise en valeur de l’Irhazer et de l’Aïr ; avec les rails de Bolloré ; avec ces démolitions de l’économie nationale, c’est incontestablement manquer de constance. Avec 43 membres et une nouvelle institution créée pour lui-même, Seïni Oumarou peut être sûr d’une chose : socialement, il s’est couvert de honte. Politiquement, il n’y a aucun mérite, voire aucun avantage politique à devenir le garçon de course de son rival politique. A moins qu’il soit d’accord avec Albadé Abouba qui a demandé à des journalistes s’il avait, lui, une tête de président.

26 octobre 2016

Source : Le Monde d'Aujourd'hui

 

Dernière modification le mercredi, 26 octobre 2016 17:53

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