vendredi, 28 octobre 2016 05:25

Ma part de vérité Sur l’interview de M. Bazoum Mohamed relative à la candidature du Général Ibrahim Mainassara Baré à la présidentielle de juillet 1996

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Djibrilla M Bare Dans votre livraison n°435du 20 octobre 2016,sous le titre «Le Niger dans la tourmente : Bazoum Mohamed, un éternel gaffeur»,vous aviez rediffusé une interview du susnommé,réalisée le 3 mai 1999,soit moins d’un mois après l’assassinat du Président Baré et de son ami Ali Sahad(PAA) par Abba Seidicket Marroupi El Hadj Sani de l’hebdomadaire « Le Démocrate », sur la candidature du Président Baré à l’élection présidentielle de 1996 et le refus de l’ouverture d’une enquête sur sa mort.

1 - La candidature du président Baré en 1996

Sur ce point de l’interview,M. Bazoum disait ceci : « Moi, je puis en témoigner parce que j’étais l’un des rares membres du premier gouvernement de Baré à avoir clairement indiqué qu’il n’était pas dans son intérêt de se présenter aux élections présidentielles de 1996.Avec moi, mon cousin Ali Saad a combattu cette candidature pendant deux mois. Un jour il m’a revu en me disant « Ecoute, ce n’est plus possible de le faire renoncer à cette idée parce que d’autres personnes plus fortes, l’ont pris en charge pour leurs intérêts ».

Puisque des paroles fortes avaient été prononcées et sont diffusées et rediffusées sur plusieurs média longtemps après la disparition tragique des deux amis morts le même jour, permettez- moi pour les besoins d’éclairer un peu plus vos lecteurs, surtout les plus jeunes, que sur le même sujet Ali Sahad dont j’étais naturellement très proche comme Bazoum, m’avait confié un soir du mois de mai 1996 : « Djibril, j’ai consulté mon interlocuteur (je me réserve le droit de ne pas révéler son nom), si toutefois Ibrahim se présente aux élections, il est prêt à jouer les faire valoir si son leader est disqualifié » .Depuis la France où il se trouvait, Bazoum m’avait personnellement appelé au téléphone dès le soir du 27 janvier 1996 entre 19h et 20h TU, comme les affaires ne s’étaient pas déroulées selon les souhaits des « camarades », en me disant : « Djibril, conseille à Ibrahim de quitter le pouvoir parce que c’est une situation intenable». Et dans sa volonté d’isoler la junte, Bazoum s’était répandu dans la presse internationale pour déclarer que « tout nigérien qui participe au gouvernement de Transition est indigne ». C’est pourquoi, à mon arrivée à Niamey, le 1er février 1996, en intelligence avec Ali Sahad, nous avions trouvé une solution à la situation embarrassante dans laquelle il avait mis les deux amis par ses déclarations consistant à l’intégrer au gouvernement de transition. Je m’étais personnellement déplacé auprès de Mme Bazoum avant la formation dudit Gouvernement de transition (Bazoum étant toujours en France) pour l’en informer. En avril 1996, j’ai eu à évoquer, au cours d’un entretien avec notre président de parti, Issoufou, à son domicile et en présence d’un autre grand camarade du parti,l’éventualité de la candidature du Président Baré dont je me garderai de révéler le contenu, en militant discipliné.

Comme l’a dit l’Historien Marc Bloch, « l’incompréhension du présent naît fatalement de l’ignorance du passé.», c’est pourquoi il me paraît utile de rappeler certains faits.

A sa conférence des cadres du 29 mai 1998 au palais des congrès, le Président Baré, dans une démarche consensuelle, avait demandé aux leaders politiques responsables du blocage institutionnel de se retirer volontairement de l’élection présidentielle qui suivrait la fin de la transition pour au moins le premier mandat, compte tenu de la gestion chaotique des institutions, constat qu’ils ont reconnu devant la Cour suprême. Pour le Président BARE et ses compagnons d’armes, risquer leur vie pour faire un coup d’Etat et ramener les mêmes personnalités au pouvoir après six (6) mois d’une transition à l’arrachée, délai maximal accordé en son temps par les grands de ce monde pour le retour à une vie constitutionnelle normale, équivaudrait à donner un coup d’épée dans l’eau ;

  • Le Président BARE avait pris acte du refus catégorique des leaders de partis impliqués dans la crise politique de se retirer de la compétition, au motif que s’ils s’exécutaient, il n’y aurait aucun autre nigérien à la hauteur pour diriger le pays. Telle n’était pas l’approche du Général Baré ;
  • Suite à cette intransigeance insolite des leaders, de connivence avec leurs amis et décideurs extérieurs, contre l’intérêt national, n’obtenant pas un temps minimum d’une transition raisonnable, il décida alors de présenter sa candidature à l’élection présidentielle ;
  • Il y a donc un enchaînement logique à cette décision, contrairement à la version frauduleuse servie à l’opinion d’un prétendu non-respect de la parole donnée.

Je me suis toujours demandé pourquoi certains s’étaient évertués en son temps, et aujourd’hui encore, à faire croire à l’opinion nationale et internationale qu’un Homme qui avait pris des décisions majeures à savoir :

  • s’engager à la fleur de l’âge et sans calcul aucun, à servir son peuple sous les drapeaux et participer au prix de sa vie à l’appel de sa hiérarchie à un coup d’Etat en 1974 ;
  • participer, par deux fois, les 15 mars 1976 et 6 octobre 1983, de manière déterminante, toujours au prix de sa vie,au sauvetage du régime d’un homme en qui il avait foi ;
  • mettre fin, encore au péril de sa vie, à la troisième République, le 27 janvier 1996, suite à un blocage institutionnel ;
  • refuser la disqualification de ses principaux concurrents à l’élection présidentielle qui avait reconnu publiquement leurs mauvais comportements envers la république ;
  • refuser « la neutralisation » de ses futurs assassins démasqués qu’il considérait comme des petits frères et d’obtempérer, en respect à son statut de Général, même quand sa sécurité lui intimait de renoncer à se rendre à l’aéroport où ses bourreaux l’attendaient, le matin du 9 avril 1999.

Pourquoi, dis-je, un tel homme serait-il incapable de prendre son destin en main en se présentant à une élection présidentielle pour laquelle il était fortement sollicité ? Pourquoi voudrait-on, vaille que vaille, faire croire qu’un tel Homme a été manipulé par d’autres ?

Pour ceux qui douteraient encore de l’engagement du Président Baré pour son pays, permettez- moi de rappeler que, par des mesures hardies prises au cours des trois années passées au sommet de l’Etat, il a pu léguer un pays avec un environnement économique assaini grâce à l’application de la FASR, des relations fructueuses avec de nombreux pays dont Cuba, pour son système de santé performant et la République Populaire de Chine (en dépit du fameux slogan « Taiwan ou le chaos », sans auteur), qui participe largement au financement du programme de ses successeurs et aidé le Niger à devenir un pays pétrolier. Sur le plan de la sécurité et la défense nationale, il a assuré l’équipement de l’armée grâce à la coopération française et chinoise, anticipé la formation de nos Forces de Défense et de Sécurité par la création du Prytanée militaire, de l’Ecole de Formation des Officiers des Forces Armées Nigériennes, contribué à la création de la Force Multinationale Conjointe, incontournable dans la lutte contre le terrorisme. Sur un système éducatif efficient, il a fait voter la Loi d’Orientation du Système Educatif National (LOSEN) toujours en vigueur. De plus, le Président Baré a assuré l’intégrité du territoire national en s’appuyant exclusivement sur nos vaillantes Forces de Défense et de Sécurité et une diplomatie efficace.

2- Sur la démission des ministres du gouvernement de Transition

Bazoum a dit : « Si j’avais voulu faire comme eux, je serais resté ministre du Général Baré aussi longtemps que je le souhaitais en raison de nos relations, à l’époque avec Ali Saad et le Général. Le jour où j’ai personnellement estimé que je n’avais plus de place au gouvernement, je l’avais affirmé. » Après la déclaration de sa candidature pour les élections présidentielles marquant la fin de la Transition, le Général Baré avait, au nom de l’élégance républicaine à laquelle il était attaché, demandé à tous les membres du gouvernement et conseillers à la présidence et à la primature qui souhaitaient rejoindre leurs formations politiques pour battre campagne, de se libérer de la contrainte de leur charge de conseiller à la présidence. C’était dans cette circonstance particulière que des ministres et des conseillers à la Présidence avaient présenté leur démission. Il n’a pas limogé ou traqué les concurrents potentiels comme c’est souvent la pratique sous nos tropiques. Il est vrai, et je le confirme, que si Bazoum avait fait un choix différent, il serait resté au gouvernement aussi longtemps qu’il l’aurait voulu, compte tenu de ses relations particulières avec le Général Baré qui lui avaient valu d’être ménagé, même quand certaines barrières avaient été franchies.

3 - Sur l’incongruité d’une commission d’enquête sur l’assassinat du Président Baré

Même si en mai 1999, Bazoum Mohamed avait déclaré « Je trouve par conséquent incongrue l’idée d’une commission d’enquête, qu’elle soit nationale ou internationale … Cela aurait été concevable si le Général Baré avait trouvé la mort dans l’exécution d’un acte qui n’a pas débouché sur un coup d’Etat….il n’y a pas pour nous de l’opposition, en tout cas, lieu de demander une enquête. De même qu’en 1996, on n’avait pas ouvert une enquête… de même, aujourd’hui, le parallélisme de forme, ne commande pas qu’on mette en place une commission d’enquête….». Je puis affirmer que Mohamed Bazoum a évolué depuis l’année 2010, sur la foi des engagements pris en présence d’un témoin de taille, même si les promesses, comme on dit, n’engagent que ceux qui y croient.

Par ailleurs, ce débat est clos puisque dans l’Arrêt historique rendu par la Cour de Justice de la CEDEAO sur ce douloureux dossier depuis le 23 octobre 2015 à Abuja, dont l’exécution se fait attendre, la Cour a dit entre autres :

  • « le droit à la vie du Président Ibrahim Mainassara Baré a été violé ;
  • « le droit des requérants à avoir accès à la justice a été violé par l’Etat du Niger ;
  • et surtout tenu à« affirmer un droit à la vérité aux victimes » (cf point 55 de l’Arrêt).

Sur la prétendue absence d’une enquête en 1996 : lors du coup d’Etat, il y a eu certes deux militaires morts au cours des échanges de tirs et le Général ira s’incliner sur leurs corps, mais ils n’ont pas été froidement assassinés comme ce fut le cas le 9 avril 1999.Une enquête interne à l’armée avait été diligentée. En son temps, le Général Baré avait tenu à confier à des mains sûres la vie du Président Mahamane Ousmane à qui certains politiciens en voulaient à mort. Ses repas au cours de sa courte détention étaient plus que sécurisés puisque venant de la famille du président Baré. Sur le coup d’Etat, les acteurs politiques, sans avoir un pistolet sur la tempe comme l’a reconnu l’Ambassadeur de France en poste en janvier 1996, avaient reconnu leur mauvaise gestion des affaires de l’Etat, en présence du président de la Cour Suprême. Je m’arrête là puisque la sagesse africaine recommande de ne pas dire tout ce que l’on sait.

Ma conclusion est que si c’était à refaire, je soutiendrais la candidature du Président Baré, au vu de ce que j’observe depuis 18 ans dans mon pays

  • dernier du monde en matière développement humain, le comble pour moi, qui ai choisi, comme M. Sanoussi Tambari Jackou, l’économie et la Finance comme métier ;
  • dernier du monde en matière de formation de l’homme, le comble pour le fils d’instituteur et pur produit de l’école publique que je suis ;
  • et où les miliaires meurent par centaines chaque année malgré la multitude de bases militaires et de drones de toutes catégories disponibles au Niger, avec des milliers de réfugiés, le comble pour moi qui avait comme tuteur un officier para commando nationaliste ;
  • et où les arriérés de salaires refont leur apparition malgré l’existence sur notre sol du pétrole, du gaz, de l’or, de l’uranium, de l’étain, du charbon, du fer, du phosphate, du molybdène, du zircon, du soleil, un fleuve etc.
  • et où le gouvernement le plus pléthorique du monde de tous les temps vient d’être formé dans le pays paradoxalement le plus pauvre de la planète terre.

Comme hier, j’attends, à l’instar des 20 millions de Nigériens, le vrai réveil du Lion. Le LION ne clame pas sa « Lionnitude »….IL RUGIT.

Djibrilla Mainassara BARE
Membre Fondateur et Ancien Président de la Section PNDS Tareyya du Sénégal

29 octobre 2016
Source : Le Courrier

Dernière modification le samedi, 29 octobre 2016 04:31

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