Sanef 2018

mardi, 01 novembre 2016 05:52

Il faut le dire...

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Election Niger 2 Tour 2016Image d'illustrationLe Niger, il faut bien le croire, n’est pas frappé de malédiction. L’éternel recommencement auquel nous semblons être condamnés n’est que le fruit des turpitudes de certains de ses fils, porteurs d’une terrible poisse crasseuse, qui ont continuellement, depuis 25 ans, corrompu ou truqué le jeu démocratique, y compris par les méthodes et moyens les plus détestables. Cette année encore, le Niger retombe dans le creux de la vague. En février-mars 2016, il y a eu au Niger un hold-up électoral qui, à défaut d’être sanctifié, a bénéficié de l’onction silencieuse des mêmes partenaires qui ont vociféré et dit leur haut-le-cœur devant ce qui s’est passé au Gabon. Pourtant, chez nous, Mahamadou Issoufou a enregistré dans certaines régions, notamment celle dont il est originaire, des scores que l’intelligence, à défaut de la morale, aurait dû carrément éliminer de toute volonté de gagner coûte que coûte.

Ces scores de 100% ou même de 101%, voire de 103% dans la région de Tahoua, Mahamadou Issoufou en a engrangés comme s’il en pleuvait. La France, si bruyante et jalouse de certaines valeurs dont elle se dit le chantre et le gendarme, du moins en Afrique francophone, a joué la carte du « ni vu ni entendu » et François Hollande, dans un élan socialiste qui a dû le conduire à faire fi de tout scrupule, a transmis à son « ami » une lettre de félicitations que ses services se sont pudiquement gardés de poster sur les sites officiels de l’État français. Il ne figurait ni sur le site de Matignon ni sur celui de l’ambassade de France au Niger, encore moins sur celui de l’Elysée alors que la lettre de félicitations du même François Hollande au tout nouveau Président béninois élu, Patrice Talon, était bien visible sur les sites en question. Bref, ce qui s’est passé au Niger en février-mars 2016 et qui a valu, ailleurs, des récriminations et de vives condamnations de la part de partenaires extérieurs, y compris de l’Union européenne, sans doute sous la pression amicale de la France, est à la base des perspectives sombres qui se dessinent chez nous. Les choses se passent de la même façon. Pourquoi limiter les mandats à deux alors que le peuple, bienveillant et reconnaissant, ne rêve que d’une continuité sans fin ? Pourquoi, pour être prosaïque, ne devons-nous pas accepter que la Constitution soit modifiée pour permettre à Mahamadou Issoufou, cet homme providentiel que d’autres peuples, ailleurs, donneraient tout pour avoir à la tête de l’État, puisse poursuivre et parachever ses grands chantiers ?

J’ai remarqué que des individus, toujours les mêmes, longtemps immergés dans les eaux froides et profondes d’une démocratie dont ils ne supportent pas les règles de jeu «libérales», ont refait surface. Mais, attention ! On nous dit que, s’ils ont refait surface, ils ne l’ont pas toutefois été du fait du gourou du moment. Ils ont décidé, au regard d’un contexte qu’ils pensent favorable, qu’ils doivent à nouveau sortir de leur vie de crabes et aider à la réalisation de desseins qui arrangeraient, parait-il, une meilleure gouvernance. On veut, donc, nous faire croire que tous les crabes, subitement sortis de leurs trous pour s’en prendre à la Constitution en vigueur, le font malgré Mahamadou Issoufou qui a juré, sur le Saint Coran, de respecter et de faire respecter la loi fondamentale. Et pourtant, les coïncidences, que Seïni Oumarou aurait probablement qualifiées de « sataniques », sont si éloquentes qu’elles se passent de commentaire : un séminaire « informel » qui a pour thématique essentielle « Il faut modifier la Constitution du 25 novembre 2016 » et pour animateur principal un des acteurs-clés du Tasartché ; des députés qui envisageraient de déposer une proposition de loi visant à modifier les dispositions de l’article 52 de la Constitution et puis, pour couronner le tout, un comité mis en place par Mohamed Bazoum aux fins de réviser les lois électorales auxquelles, curieusement, on adjoint la loi fondamentale.

D’abord, il faut observer que pour certaines personnes, la mise en place d’un comité de révision des lois électorales est une entreprise dont ils espèrent niaisement tirer une sorte d’amnistie. Seulement, on a beau peindre et repeindre un mur, les briques ne disparaîtront pas pour autant. Autrement dit, on tente de nous faire croire que Mahamadou Issoufou a pu réaliser un hold-up électoral parce que les textes électoraux présentaient des failles qui ne peuvent donner un autre résultat qu’un hold-up. C’est cela, la gymnastique à laquelle se livrent ces compatriotes mal inspirés, manifestement ivres de ces « victoires » usurpées et déterminés à aller plus loin. Ensuite, il faut comprendre et admettre que les insuffisances des textes ne sont pas une excuse pour pêcher. De la même façon qu’on ne peut noyer le poisson dans l’eau ; de la même façon, les insuffisances des textes n’excusent nullement les défaillances et les fautes des individus.

La concomitance des trois initiatives ne peut s’expliquer par un simple hasard. Elle est si chargée d’intentions malveillantes que ce n’est pas un sommaire point de presse, froid et insipide d’un Moussa Ladan qui pourra enlever de la tête des Nigériens qu’ils ont, encore, affaire à un remake du rêve utopique, pour reprendre Mahamadou Issoufou, de Mamadou Tandja. N’est-ce pas insultant de nous expliquer que les trois mois fermes accordés au fameux comité de Mohamed Bazoum ne visent qu’à permettre à ses membres de faire de simples propositions de modifications de délais constitutionnels et quelques menus réglages dont Moussa Ladan a fait cas lors de son point de presse ? Le Niger, il faut le croire, est à la croisée des chemins, sous l’influence maléfique de courants anachroniques et malfaisants. Car, s’il n’existe aucun lien entre ces initiatives, dont l’une, au moins, est de l’homme qui a dit publiquement qu’il est un as des complots politiques, il faut croire alors que l’État du Niger a cédé le pas à une anarchie inquiétante. Si des individus, qui connaissent parfaitement les rigueurs de la loi pour un député vis-à-vis des marchés publics, se sont battus pour devenir «représentants du peuple», pour ensuite vouloir changer une disposition constitutionnelle qui leur fait barrage (?), nous sommes nécessairement en face de deux hypothèses, toutes deux malheureuses : ou bien ces «députés» ont obtenu la bénédiction et le soutien de Mahamadou Issoufou ; ou bien celui-ci est incapable d’imposer à ses compatriotes le respect de la Constitution qu’il a juré, sur le Saint Coran, de respecter et de faire respecter.

Allons seulement, comme dirait un acteur de la société civile. Mamadou Tandja, croyant tromper la vigilance de ses compatriotes avait dit, lors de la visite-onction de Nicolas Sarkozy, que « lorsque la table est desservie, il faut partir ». Une mauvaise foi notoire de sa part dont on a eu la preuve ! Aujourd’hui, sous le même mode opératoire, des gens sans scrupule s’affairent, qui dans le cadre d’un comité mis dans d’excellentes conditions pour fournir le travail attendu, qui à travers un séminaire dont l’intitulé est scandaleusement provocateur ou encore à l’ombre tutélaire de l’Assemblée nationale, à nous refaire le même coup qui a valu à notre pays un arrêt brusque du processus démocratique. Pourquoi Mahamadou Issoufou, que l’on dit étranger à toutes ces initiatives malfaisantes, ne met pas un terme à ce charivari qui tourne au désordre ?

« Il faut modifier la Constitution du 25 novembre 2016 ! ». Plus qu’une thématique de séminaire, ces neuf mots sonnent comme un impératif. Et si Mahamadou Issoufou n’a encore rien revendiqué de ce projet funeste, comme celui de Mamadou Tandja, il faut bien constater qu’il en serait le plus grand bénéficiaire. Non seulement il pourrait ainsi formaliser un pouvoir qu’il exerce déjà dans la réalité, mais l’opération lui permettrait également, avant terme, de lever tout blocus pour un mandat de trop. Ainsi, comme au Sénégal en 2012 avec Abdoulaye Wade ou ailleurs sur le continent, il serait loisible à Mahamadou Issoufou de dire que, n’étant pas « élu » sous l’empire de la « nouvelle Constitution », il serait injuste qu’on veuille lui interdire une autre candidature. Et comme il y a au Niger une Cour constitutionnelle que personne ne soupçonnerait de parti pris au regard de ses arrêts et avis passés, alors le droit serait dit pour mettre fin à toute protestation. Ceux qui voudraient s’y opposer seraient dès lors perçus comme des hors-la-loi à qui il faut nécessairement appliquer les rigueurs de la loi.

Bon, pour le moment, nous n’en sommes pas encore là. Tout en se gardant, donc, de tout procès d’intention — c’était ce que Sanoussi Tambari Jackou avait prétendu lorsque les Nigériens ont dit percevoir dans les actes posés par certains activistes une volonté de Mamadou Tandja de se maintenir au pouvoir au-delà du terme légal de son second et dernier mandat — on est bien obligé, au regard de tous les forfaits restés impunis, notamment toutes ces violations de la Constitution dont Mahamadou Issoufou lui-même n’est pas exempt, de croire que la machine va être, à nouveau, grippée.

Pendant ce temps, des leaders politiques tels que Cheffou Amadou, Moussa Moumouni Djermakoye, Hamid Algabit, Mahamane Hamissou Moumouni et à présent Seïni Oumarou, roupillent tranquillement, étalant la preuve qu’ils ont fait le choix de gagner quelque chose de Mahamadou Issoufou en contrepartie de leur silence complice. Seïni Oumarou, qui vient d’entraîner son parti dans cette voie sans fierté ni intérêt pour le Niger, a offert à ses compatriotes les clés pour comprendre les motivations mercantiles de tous ces leaders qui savent parfaitement que Mahamadou Issoufou a ruiné le Niger, mais qu’importe, à partir du moment où l’on trône à la tête d’une institution ou d’un ministère et que le gourou ferme les yeux sur ses impairs. Lorsqu’on est incapable de sursaut patriotique, il faut savoir que l’on est inutile pour son pays, pour ne pas dire nuisible carrément. N’est-ce pas choquant de savoir que, demain, ces mêmes individus vont proposer leur silence à un autre ?

1er novembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le mardi, 01 novembre 2016 14:27

Idées et opinions