vendredi, 04 novembre 2016 05:16

Lettre à mes compatriotes : ATTENTION à la Constitution ! Les bûcherons sont de retour.

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Constitution 7eme Republique NigerCela fait sept mois, aujourd’hui, que des individus que vous pensez avoir portés au pouvoir par la seule force de vos suffrages, ont usé de leurs positions au sein de l’appareil d’État pour vous imposer un choix qui est loin d’être le vôtre. Le 21 février, puis le 20 mars 2016, les élections générales que vous aviez attendues, depuis cinq longues années, pour dire à Mahamadou Issoufou et à ses camarades de débarrasser le plancher car jouant odieusement faux, ont tourné au cauchemar pour le Niger.

Des résultats truqués, des procès-verbaux triturés et fabriqués très loin des bureaux de dépouillement, des candidats menacés et même arrêtés, une Ceni sans personnalité dont les actes ont beaucoup aidé les fraudeurs, …ont donné les résultats que vous savez : alors que les populations nigériennes ont scrupuleusement suivi le mot d’ordre de la COPA 2016 [Ndlr : cadre des partis d’opposition] de rester chez eux le jour du scrutin du second tour de la présidentielle, le taux de participation a atteint des sommets incroyables, oscillant entre 85% et plus de 100%. C’était notamment le cas dans les régions de Tahoua, la région natale de Mahamadou Issoufou et d’Agadez, une zone désertique en pleine période de transhumance, où la participation des électeurs a curieusement dépassé les seuils les plus optimistes en zones sédentaires. Au finish, la Ceni, simple caisse de résonance fortement soupçonnée par beaucoup de Nigériens de parti pris, a validé les résultats les plus contestables, et d’ailleurs contestés par l’opposition politique. Des résultats qui on été par la suite bonifiés et proclamés par la Cour constitutionnelle. C’était le scandale ! Mais, curieusement, ceux qui, par respect pour les valeurs qu’ils prétendent incarner, étaient attendus aux côtés du peuple nigérien, avaient fait profil bas. Pire, ils avaient donné une prime à la fraude, apportant leur bénédiction au plus grand hold-up électoral que le Niger ait connu au cours de ce quart de siècle post-conférence nationale.

Mes chers compatriotes, les voies de Dieu sont impénétrables. Cette amère expérience, vécue dans la douleur et l’amertume de l’impuissance, est paradoxalement la clé de voûte qui nous ouvre les portes de l’avenir. Car l’avenir germe dans le présent et le présent est ce qu’il est. Aussi bien sur le plan social que sur les plans politique, économique et financier, la gouvernance de Mahamadou Issoufou est une véritable catastrophe. Il n’y a pas un secteur qui échappe à ce wassosso qui a dépouillé l’État de ses immenses ressources. L’école ne marche pas, plombée, entre autres, par les scandales financiers et le mépris affiché aux enseignants qui ne sont pas régulièrement payés tandis que des sommes astronomiques sont investies dans des projets sujets à caution tel que ce fameux comité mis en place par Mohamed Bazoum, l’homme qui a professé être un as du complot politique, en vue de procéder à la révision des lois électorales. La santé bat de l’aile et Kalla Moutari, qui n’a pas du tout envie de gérer des problèmes, a rapidement délaissé la place à un kamikaze du Mnsd, nouvel allié dont le leader, trop éprouvé par cinq années de combat politique dont il ne voit pas la fin, a décidé de changer de cap, histoire de jouir aussi des fruits de cette politique liberticide qu’il a tant décriée. Le Niger est déjà à genoux ? Qu’importe puisque l’histoire de ces 25 dernières années a prouvé que la justice n’a jamais permis à l’État de recouvrer ce qu’on lui a volé. Or, Dieu seul sait, au cours de ces cinq ans de gouvernance chaotique, combien de milliards ont pris d’autres destinations que les caisses et projets de l’État. La sécurité, sur laquelle il y a eu tant de tambours et trompettes, bat de l’aile, montrant à nos compatriotes que la réalité est bien loin des discours vaniteux auxquels on nous a habitués. Les caisses de l’État sont vides, contraignant le gouvernement à annoncer zéro recrutement (Exception faite des FDS) et zéro investissement en 2017, tout en annulant les résultats de concours dont il connaît parfaitement le caractère frauduleux mais sur lesquels il a fermé les yeux depuis de très longs mois car connaissant les commanditaires et bénéficiaires desdites fraudes. Le Niger est empêtré dans des procédures judiciaires interminables et coûteuses au plan international, conséquence d’une irresponsabilité certaine de ceux qui nous dirigent depuis le 20 mars 2016. Le contentieux qui oppose L’État à Africard LTD, une société spécialisée dans la réalisation de passeports biométriques dont le gouvernement a unilatéralement rompu le contrat, a été jugé le 27 septembre dernier ; jugement à l’issue duquel le Niger a été condamné à payer à Africard LTD le faramineux montant de 27 milliards de francs CFA. Quant à la justice, elle ressemble aujourd’hui plus que jamais à une sorte de glaive sur la tête des citoyens mal-pensants, fermant les yeux sur les actes graves de certains tandis qu’elle importune d’autres pour des broutilles. La sécurité alimentaire est un profond abcès. Alors que des milliers de Nigériens ne doivent leur survie qu’à la promptitude de l’assistance humanitaire internationale, on nous a rabâché les oreilles, cinq ans durant, avec des slogans tendant à faire croire que le Niger produit désormais de quoi se nourrir. Sans aucun rapport avec la réalité ! En fin de compte, ne supportant plus ce mensonge à soi-même et cette manipulation outrancière qui amène à filmer les jardins d’autrui pour faire croire à un succès de la politique des 3N, Alahouri Amadou a cherché et trouvé un point de chute plus rassurant : la Fao. Son successeur, après quelques bruits pour sacrifier à la coutume de la gouvernance de Mahamadou Issoufou « Faire beaucoup de bruit sans fond réel », semble avoir jeté l’éponge, anéanti dans sa "volonté" par l’assèchement des caisses de l’État et la faillite de la confiance des partenaires extérieurs qui attendent de voir concrètement ce que les premiers fonds mis à disposition ont permis d’engranger. Les libertés publiques sont complètement confisquées et le landerneau politique, profondément miné par l’argent, est devenu le premier fléau dont souffre le Niger, la plupart des leaders ayant fait la preuve qu’ils ne croient guère au Niger et n’ont pas la vocation de travailler au bonheur de leurs concitoyens. La démocratie est dévoyée, transformée en un ignoble instrument pour garantir, par le biais de la loi du saigneur, la pérennité d’un pouvoir dont l’écrasante majorité des Nigériens ne rêve que de voir la fin. Les nouveaux "députés", issus d’un scrutin sur lequel il n’y a plus rien à dire, ont décidé de lever le blocus de l’article 52 de la Constitution dont je vous donne lecture : « Durant son mandat, le président de la République ne peut, ni par lui-même ni par autrui, rien acheter ou prendre en bail qui appartienne au domaine de l'État ou de ses démembrements. Il ne peut prendre part, ni par lui-même ni par autrui, aux marchés publics et privés de l'État et de ses démembrements. Les dispositions du présent article s'étendent aux présidents des institutions de la République, au premier ministre, aux membres du Gouvernement et aux députés ».

Mes chers compatriotes, l’heure est grave, très grave. En relisant cette disposition de la Constitution, il est aisé de relever qu’avant de concerner les "députés" agitateurs, elle s’applique d’abord, au premier chef, à Mahamadou Issoufou, à Brigi Rafini, aux ministres et autres responsables d’institutions. La modifier profite, donc, en premier lieu, à Mahamadou Issoufou. Il est utile de constater qu’il n’a rien dit encore à propos. Qui ne dit rien consent, n’est-ce pas ? Pour moi, il n’a rien dit parce que la réalisation de cette basse besogne l’arrange au plus haut degré. Mais, contrairement à ce que beaucoup de nos compatriotes pensent, ce n’est point le premier aspect qui l’intéresse. Mahamadou Issoufou s’est donné tant de liberté avec la Constitution que ce serait une erreur de penser qu’il a la même préoccupation pécuniaire que les commerçants porteurs du funeste projet. La révision de l’article 52 de la Constitution est non seulement un test de cohésion de la majorité dans ses nouvelles dimensions, mais c’est aussi un boulevard ouvert à Mahamadou Issoufou dont le silence complice doit être compris comme une monnaie de change éventuelle : « Je vous ai laissés faire. J’espère que vous me retournerez l’ascenseur le moment venu ». Si, donc, il n’existe pas une dynamique unitaire autour de Mahamadou Issoufou — ce qui reste à vérifier — visant à parvenir, selon des stratégies clairement définies, à un référendum sur le changement de constitution, il faut admettre que les coïncidences s’enchaînent, toutes aussi curieuses les unes que les autres. Ce sont de véritables coups de pugilat, que dis-je, de vrais coups de haches de bûcherons déterminés à faire tomber ce qui n’est rien d’autre pour eux qu’un «misérable petit bout de papier ». Un « misérable petit bout de papier » qu’on veut dresser devant eux pour les interdire de faire pire que ce qu’ils ont déjà fait. Entre ceux qui, sous la coupe de l’as des complots politiques et les "intellos de sévices", pardon, de service, en passant par les "députés de service", on se demande bien où se trouve le pire. Dagra Mamadou est un de ces "intellos de service", prêts à toute prestation dès lors que ça peut rapporter quelques millions de francs. Une catastrophe pour ce juriste de haut de niveau qui semble avoir mis ses compétences au service de causes troubles. Six ans seulement après l’expérience malheureuse de Mamadou Tandja, l’homme revient au devant de la scène en animant un séminaire dit informel à l’issue duquel il a expliqué, sans gêne, qu’il propose un régime de type présidentiel à mandat unique de sept ans. Observez que l’ancien ministre de la Justice de Mamadou Tandja et membre actif de l’avènement de la 6e République n’a jamais fait parler de lui lors des transitions militaires en tant que défenseur acharné du régime présidentiel, à plus forte raison du septennat. Ce fameux séminaire informel et ces conclusions burlesques auxquelles il a donné lieu, ne peuvent être qu’une commande. Dagra Mamadou n’est pas l’initiateur de ce séminaire. Il n’en est pas non plus le bailleur de fonds qui l’a financé. Il n’est, tout au plus, qu’un « intello » dont les compétences ont été mises à contribution. Qu’il ait été payé ou non pour ce service qui se paie en général, Dagra Mamadou peut être sûr d’une chose : son nom est désormais lié aux misères de la République et de la démocratie au Niger.

Mes chers compatriotes, si, comme des compatriotes sont en train de le dire, les incursions de Dagra et Cie ont pour but de préparer la tenue d’un référendum pour demander au peuple de se prononcer sur cette question : « OUI ou NON pour le régime présidentiel à septennat unique », les semaines à venir seront chargées d’évènements. En tout cas, il est curieux de constater que pour faire ce travail laconique qui ne demande pas d’expertise particulière et que Moussa Ladan a d’ailleurs exposé en cinq minutes, Mohamed Bazoum a accordé à son fameux comité un délai de trois mois fermes. De deux choses, l’une : soit, le comité a un travail préparatoire à faire pour un référendum ; soit, les trois mois ont été mentionnés pour "arroser" les commis du régime. Hypothèse plausible au regard de la concomitance de ces coïncidences bizarres, Mahamadou Issoufou compte rapidement exploiter l’allégeance du Mnsd Nassara ; chose d’autant plus facile à réussir que ceux qui ont entraîné ce parti dans cette alliance sont à la recherche d’une seule chose, l’argent et Mahamadou Issoufou en a pour les affaires scabreuses. Le changement de régime permettrait ainsi à l’homme fort de Niamey de se représenter une troisième fois pour un mandat, cette fois-ci, de sept ans. Et comme il n’y a jamais deux sans trois, un autre hold-up électoral est possible, les policiers matraqueurs ne manquent pas et n’attendez pas surtout que la Cour constitutionnelle ne dise pas le droit. Que Dieu sauve, à nouveau, le Niger. Amen !

Mallami Boucar

04 novembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le vendredi, 04 novembre 2016 05:30

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