vendredi, 18 novembre 2016 10:30

Lettre à mes compatriotes : Que Assane Saïdou parte ou pas de la présidence du Conseil de ville de Niamey, cela ne changera rien au visage hideux de la gouvernance actuelle

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Hassane Saidou Ville NiameyIl y a à peine une semaine, une mission du Fonds monétaire international (Fmi) a quitté Niamey, après avoir, paraît-il, audité la situation macro-économique de notre pays. Cette mission aurait notamment conclu à une situation satisfaisante, entrevoyant même, cerise sur le gâteau pour Mahamadou Issoufou, une certaine croissance. Le groupe de presse Bonferey, très alerte, a vite fait de crier à la surprise, pour ne pas dire au scandale. Le chapelet d’interrogations égrené atteste d’une situation chaotique, cependant présentée sous les meilleurs auspices par les grands commis du Fmi.

 

Le fossé qui sépare la réalité de la situation peinte est si grand qu’il est légitime de se demander de quel pays ont parlé ces messieurs du Fmi. Essayons de résumer cette situation : les arriérés de salaires, pécules et bourses de beaucoup de nos compatriotes, fonctionnaires, contractuels, étudiants, s’entassent depuis quelques mois ; les universités et grandes écoles sont en train de tirer la langue, manquant du minimum requis pour conduire leurs activités académiques ; l’administration, qui n’a jamais tourné à plein régime en cinq ans de gouvernance» issoufienne», ne marche plus que grâce à des «perfusions» régulières, manquant de ressources financières pour fonctionner tandis que les salaires sont payés graduellement à coups de bons de trésor ou d’emprunts obligataires.

Les réserves financières à la Bceao sont complètement rognées et la mobilisation des ressources internes bat de l’aile à cause du trafic d’influence et de pratiques corruptives menées au vu et au su de tout le monde mais couvertes du sceau de prérogatives légales. Ainsi, ceux qui doivent des milliards à l’État sont exemptés de les payer, faisant le bonheur de ceux qui en décident. Gandou Zakara, Secrétaire général du gouvernement, a ainsi annulé des milliards d’impôts dus par des sociétés de téléphonie cellulaire, objets de redressements fiscaux de la Direction générale des impôts. Qu’a-t-il gagné dans cette malheureuse opération ? S’il n’est pas encore possible de le dire, il reste que l’intéressé ne l’a pas fait pour les beaux yeux des patrons de ces firmes étrangères. Demain nous livrera le secret d’hier. Allons seulement !

Mes chers compatriotes, c’est le noir absolu et ce n’est pas moi qui le dis. Cela a été confessé par le gouvernement dont le dernier conseil des ministres a décidé de faire une croix sur tous les investissements et subventions du quatrième trimestre de l’année en cours, soit 89 milliards de francs CFA. Du jamais vu dans l’histoire du Niger indépendant ! Pire, l’année budgétaire 2017 est amputée d’investissement, le Trésor public est asséché et les contentieux judiciaires, à l’instar de celui qui oppose le Niger à Africard Ltd, étranglent davantage un État qui n’arrive plus à assurer ses dépenses de souveraineté. Le 27 octobre dernier, la Cour d’appel de Columbia, aux Etats Unis, a condamné le Niger à verser un peu plus de 27 milliards de francs CFA à cette société qui a fait saisir, par voie d’huissier, les biens immobiliers du Niger à Paris. Leur mise en vente serait prévue, selon Africard, en février 2017. Et pour couronner le tout, les échéances de nombreux prêts inconsidérément contractés sont arrivées à terme. Des prêts dont on doute beaucoup de la destination prise au regard des innombrables scandales financiers à coups de milliards. C’est ce pays auquel le Fmi a récemment « conseillé » — autant dire que le Fmi a tancé — de rééquilibrer son budget pour rendre viables sa (lourde) dette et les (maigres) finances publiques, que l’on nous présente subitement comme étant solvable et crédible, voire avec une économie performante.

Mes chers compatriotes, le tableau est encore plus noir que ça. À l’extérieur du Niger, notre pays porte le fardeau d’innombrables soupçons qui le présentent, de l’avis de bon nombre d’observateurs, comme un État-voyou. Outre l’histoire de la fameuse rançon de 200 millions de dollars que Radio France internationale (Rfi) a rapportée comme étant ce que les autorités de Niamey auraient perçus pour livrer Saadi Kadhafi mais que le gouvernement a démentie, Paris-Match a révélé une maléfique connexion entre un réseau de trafic de drogue pure (cocaïne) et l’enlèvement, en octobre 2016, de Jeff Woodke, un Américain qui vivait à Abalak, dans la région de Tahoua, depuis plus de deux décennies. Le nom d’un député du MPR Jamhuriya, un certain Sidi Lamine, a été clairement cité par le journal parisien sans qu’à Niamey, on ne songe à lever son immunité parlementaire et à faire la preuve que l’intéressé n’est ni protégé ni de connivence avec d’autres dignitaires du régime. En début novembre, encore, Jeune Afrique, qui a interviewé Ibrahim Yacoubou, est revenue sur la question, affirmant clairement les soupçons de connexion existant entre des trafiquants et des autorités de Niamey. Auparavant, le 15 juillet 2016, la BBC Afrique annonçait que « la justice nigériane a ouvert une enquête visant une cinquantaine de personnes à la suite d’irrégularités liées à des contrats de livraison d’équipements militaires. L’enquête porte sur le détournement présumé de milliards de dollars qui étaient destinés au financement de la lutte contre le groupe islamiste Boko Haram ». Un autre pavé dans la mare qui impliquerait un certain Aboubacar Massy Hima alias Petit Boubé dont un journal de la Place a annoncé, un moment, qu’il aurait été mis hors de cause par la commission nigériane chargée de clarifier ce douloureux dossier avant de se rétracter rapidement et de dire qu’il n’en est rien. Ce que l’on sait de façon incontestable à propos de cette sale affaire, c’est que des sommes colossales en provenance du Nigeria et appartenant à ce pays ont atterri curieusement dans deux banques de Niamey, en l’occurrence la Bsic et la Sonibank. Voici, pour mémoire, les montants mis en cause :

.BSIC (Banque sahélo-saharienne pour l’industrie et le commerce) pour un montant de 10 millions de dollars, soit 15 milliards de francs CFA à raison de 500 FCFA le dollar sur le compte bancaire NE 110, SWIFT Code BSAHNENI, Account 020383700112 ;

.Sonibank (Société nigérienne de banque) pour les montants suivants :

-38 millions de dollars sous le code H0064B0100125111123981/22 CODEBIC du 20 mai 2014 ;

-16 millions de dollars répartis sur plusieurs comptes de la banque sous le code H0064B0100125111123981/41 CODBIC du 20 mai 2014 ;

-1401 869 € transférés à la Sonibank le 2 octobre 2013.

-1 395 346,84 € dans un autre compte de la Sonibank du 11 décembre 2013 ;

-2 252 252,25 € virés à la Sonibank en avril 2014.

Qui a fait ces transferts ? Au profit de qui les a-t-on faits ? Et que sont devenus ces milliards ? Pour le moment, Niamey garde toujours le silence et les banques indexées sont visiblement dans une logique d’omerta. Quant à Petit Boubé, il mène une vie de scarabée, partageant son temps entre les gigantesques chantiers qu’il fait sortir de terre et des prières pour que ce pouvoir qui le protège vive une éternité.

Mes chers compatriotes, ce n’est qu’une peinture rudimentaire des laideurs de la gouvernance actuelle. Mais elle est assez frappante pour ne pas le voir, le reconnaître et le dire. Et pourtant ! Le Fmi, que l’on appelle le gendarme du monde financier, n’a pas vu que le gouvernement n’arrive plus à payer les salaires et pécules à terme échu. Il n’a pas vu que les arriérés s’entassent et que les comptes publics sont déficitaires depuis de longs mois. Il n’a pas constaté qu’à Niamey, notamment, tout le commerce est démantelé et que ce sont les bases de l’économie qui sont ainsi détruites. Il n’a pas constaté ou n’a pas voulu constater que le gouvernement nigérien n’a fait aucun progrès depuis l’accord de crédit des 10 milliards et qu’au contraire, la situation s’est davantage dégradée. Il n’a pas compris ou n’a pas voulu remarquer que le train de vie de l’État est scandaleux et qu’il représente le plus grand goulot d’étranglement avec une soixantaine d’individus qui émargent sur le budget national avec rang et avantages de ministres. N’est-ce pas forcément au détriment « des routes, puits, forages et centres de santé et scolaires que le Fmi dit encore en défaut dans de nombreuses contrées du pays » [Dixit Fmi] ?

Mes chers compatriotes, bien que ce tableau ne présente la moindre lueur ou signe d’espoir, les grands commis du Fmi, sans doute dans l’ignorance totale des réalités douloureuses de notre pays ou dans une myopie voulue et assumée, ont trouvé les moyens de prétendre que la situation macroéconomique du Niger est restée satisfaisante en 2016. Ont-ils conscience de ce que les Nigériens pensent de leur communiqué conjoint avec le gouvernement ? En tout cas, de l’avis de nombreux concitoyens, ils ont plutôt parlé d’un autre pays que le nôtre et le communiqué qui a sanctionné leur mission est tout, sauf, juste et crédible. C’est, pour tout dire, un communiqué fantaisiste qui nous fait comprendre que le Fmi, aussi, fait dans la complaisance. Allons seulement, comme dirait cet acteur de la société civile. Car, la sagesse du Niger profond enseigne que ce qui pourrit se fait nécessairement sentir. Comment un gouvernement incapable d’assurer ses dépenses de souveraineté, ployant sous le poids énorme de sa lourde dette et englué dans d’inextricables contentieux judiciaires pour manquement à des engagements financiers, peut-il être crédité d’une situation macroéconomique satisfaisante ? Laissons le Fmi dans ses contradictions pour poser les yeux sur un des scandales qui ont conduit le Niger dans le trou. J’ai l’habitude d’appeler la gouvernance Mahamadou Issoufou, le régime des scandales. Je n’exagère pas et vous le savez parfaitement, même si aucun d’entre nous ne connaît, encore, réellement, l’étendue du désastre. La semaine dernière, une autre hécatombe financière est révélée et pour une fois, ce n’est pas à mettre à l’actif des journaux, mais d’élus locaux de la ville de Niamey. Ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’affaire Assane Saïdou, du nom du président du Conseil de ville de Niamey, est symptomatique de ce que nous vivons depuis près de six ans que les Nigériens ne s’en offusquent pas. Comment peut-on être patriote et fermer les yeux sur des comportements aussi exécrables ? Assane Saïdou a amplement donné la preuve qu’il a trahi le parti politique sous la bannière duquel il a été élu conseiller de ville pour disposer de ce qu’il a pensé être une licence à tout faire. Porté à la tête du Conseil de ville de Niamey après le limogeage fracassant de Dogari Oumarou Moumouni par décret de Mahamadou Issoufou qui lui faisait payer sa proximité d’avec Hama Amadou, Assane Saïdou a cru avoir trouvé le sésame qui ouvre la caverne d’Ali Baba.

Mes chers compatriotes, de fait, Assane Saïdou a, effectivement, trouvé la formule qui lui donne accès à la caverne d’Ali Baba. Il y puisera à volonté ce qu’il lui faut, sacrifiant au passage les salaires des agents qui accusent aujourd’hui quatre mois d’arriérés. Selon les conseillers signataires de la motion de défiance qui a été déposée contre lui le 8 novembre dernier, le compte de la ville a été alimenté, le 11 août 2016, à hauteur de 671 312 686 FCFA. Qu’a-t-il fait de cet argent ? Eh bien, il a écouté l’instinct bestial qui le pousse irrésistiblement à vouloir toujours gagner de l’argent sur tout. Il a payé, puisque c’est lui-même en personne qui détient les ordres de virement des fournisseurs, une obscure société apparue à la ville comme prestataire au moment où Assane Saïdou accédait à la présidence du conseil de ville, la somme de 97 805 960 FCFA. Le reste a atterri dans les comptes bancaires d’autres partenaires ayant le vent en poupe auprès du sieur Saïdou. De cet argent, aucun copeck n’a été versé aux personnels à titre de salaires. Je ne peux, car j’étouffe de rage, relater, ici, tous les délits — sans doute une goutte d’eau dans l’océan des malversations de ce quidam — contenus dans le document introductif de la motion de défiance. Cependant, je me fais le devoir de rappeler que ce Assane Saïdou est un personnage qui n’a foi qu’en l’argent. Il est l’incarnation de la corruption et ce n’est pas un hasard s’il garde par devers lui les ordres de virement des fournisseurs. Pour rentrer dans ses droits, il faut d’abord passer dans son bureau pour lui donner sa part avant d’encaisser son précieux document. À combien de fournisseurs et prestataires divers a-t-il extorqué des millions ? Nul n’est capable de le dire avec exactitude.

Mes chers compatriotes, en 2013, pour avoir contracté un prêt et doté la ville de Niamey de véhicules et d’engins de travail, Oumarou Moumouni Dogari, élu et président du Conseil de ville de Niamey, a été démis de ses fonctions par décret de Mahamadou Issoufou. Le motif véritable : il est du Moden Fa Lumana Africa et est proche de Hama Amadou. La roue de l’histoire a tourné depuis lors et des observateurs avisés se demandent bien ce que Mahamadou Issoufou attend pour signer le décret de renvoi de Assane Saïdou, indélicat parmi les indélicats. Les élus de l’opposition vont-ils lui faciliter la tâche en votant la motion de défiance déposée ? Assane Saïdou a beau mériter la pire des sanctions prévues par les lois et règlements, il est parvenu là où il se trouve grâce et avec la complicité active de ceux qui veulent le démettre aujourd’hui. Pourquoi doivent-ils compter sur d’autres pour le faire partir, servant ainsi leur faux-semblant ? Pour ensuite le remplacer par un autre qui traîne peut-être une lourde affaire de faux diplôme ? Que Assane Saïdou parte ou pas de la présidence du Conseil de ville de Niamey, cela ne changera rien au visage hideux de la gouvernance actuelle. Qu’il garde, donc, ses ordres de virement et ses taxis, comme tant d’autres qui annulent des redressements fiscaux de plusieurs milliards au détriment de l’Etat ou qui achètent des complexes scolaires estimés à plusieurs milliards. C’est dans l’air du temps sous Mahamadou Issoufou et la motion de défiance contre le prédateur de la ville de Niamey sonne comme un vulgaire règlement de comptes. Ça ne regarde pas tout le monde.

Mallami Boucar

18 novembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le vendredi, 18 novembre 2016 14:00

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