mercredi, 30 novembre 2016 12:57

Lettre ouverte à son Excellence Mahamadou Issoufou, président de la république du Niger

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Mohammed Elhadj AttaherA Son Excellence Monsieur ISSOUFOU Mahamadou Président de la République du Niger
Monsieur le Président de la République,
Père de la nation,
C’est avec un esprit solidaire, constructif, bienveillant et dans le respect si grand de votre personne, que dirais-je donc de votre fonction, que je me permets, par devoir et en mon humble qualité de citoyen sans responsabilité, de vous faire connaître par la présente, ma part de réflexion sur le projet de mise d’un comité de révision du code électorale qui entrainera en connexe la ‘relecture’ de l’article 52 de notre constitution du 25 Novembre 2010 en vue d’asseoir une justice à égale partie entre les nigériens. M’arrogeant donc virtuellement le privilège de ceux, à qui vous attendez des conseils et de ceux sur qui repose le pilotage de vos grandes visons, qui ont eu l’insigne honneur de s’adresser ouvertement et publiquement à vous en prenant quelques fois à témoin l’opinion personnelle, nationale et internationale à travers les medias, j’ai cru devoir m’inscrire dans le même sillage afin de partager cette noblesse du cœur lorsqu’un membre de la famille trébuche pour l’aider à remettre ses souliers. Aussi, ai-je choisi de m’adresser à vous à travers cette lettre ouverte.

Monsieur le Président de la République,
En vous ramenant au préambule de notre constitution régissant les toutes autres présidentes, Je cite : nous, Peuple nigérien souverain,

  • Résolu à consolider les acquis de la République et de l'indépendance nationale proclamées respectivement le 18 décembre 1958 et le 3 août 1960 ainsi que ceux de la Conférence nationale souveraine qui a réuni du 29 juillet au 3 novembre 1991 l'ensemble des forces vives de la Nation ;
  • Résolu à bâtir un État de droit garantissant, d'une part, l'exercice des droits collectifs et individuels, la liberté, la justice, la dignité, l'égalité, la sûreté et le bien-être comme valeurs fondamentales de notre société et, d'autre part, l'alternance démocratique et la bonne gouvernance ;
  • Résolu à bâtir une nation unie, digne, pacifique, industrieuse et prospère ;
  • Profondément attaché aux valeurs de civilisation qui fondent notre personnalité ;
  • Soucieux de sauvegarder notre identité culturelle ;
  • Proclamons notre attachement aux principes de la démocratie pluraliste et aux droits

humains tels que définis par la Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966 et la Charte africaine des droits de l'Homme et des Peuples de 1981 ;

  • Proclamons notre attachement aux instruments juridiques régionaux et internationaux de protection et de promotion des droits humains tels que signés et ratifiés par le Niger ;
  • Réaffirmons notre attachement à l'Unité africaine et nous engageons à tout mettre en œuvre pour réaliser l'intégration régionale et sous régionale ;
  • Exprimons notre volonté de coopérer dans l'amitié, l'égalité et le respect mutuel avec tous les peuples épris de paix, de justice et de liberté ;
  • Réaffirmons notre opposition absolue à tout régime politique fondé sur la dictature, l'arbitraire, l'impunité, l'injustice, la corruption, la concussion, le régionalisme, l'ethnocentrisme, le népotisme, le pouvoir personnel et le culte de la personnalité ;
  • Adoptons solennellement la présente Constitution, loi suprême de l'État à laquelle nous jurons respect, loyauté et fidélité et dont ce préambule est partie intégrante.

Il semble, sur la foi des rapports des médias ainsi que des déclarations et autres indiscrétions, que notre pays est devenu une propriété collectiviste, un vaste champ d’expérimentation militaire, une jungle ou plus personne ne dort tranquillement au point de faire venir installer des bases militaires sans jamais consulter le peuple Nigérien, à défaut c’est d’avoir la courtoisie de consulter sa représentation qui siège actuellement au parlement de notre pays. ‘chez’ nous dites-vous l’urgence n’attendait tellement pas que vous étiez passé pour : à la fois le peuple à la fois sa représentation est-ce cela faisait partie des prérogatives qui vous reviennent ou un sentiment de tout faire malgré la violation pour réparer après ? En m’érigeant en porte-parole, ce geste était reçu comme une gifle de là où nous l’attendions le moins. Etre garant ne fait pas de soi un berger encore moins un automate à état fini pour croire que vous êtes le seul sur qui repose l’avenir de ce pays. Le principe de l’installation des bases militaires n’est cependant l’esprit d’un commun accord, unanimement reconnu par notre constitution, en tête de laquelle le préambule ci-dessus vous replace dans la mémoire vive de vos concitoyens nigériens, même si un désaccord profond vous opposerait quant à la procédure engagée pour y parvenir le peuple du Niger tient profondément à sa souveraineté et c’était la raison pour laquelle il avait cru en vous. Mais cette confiance qui vous a été investie s’écroule aujourd’hui dans l’image que vous auriez préférée avoir de l’extérieur plutôt que de la fierté que les nigériens auraient voulue s’en enorgueillir. Ma position à moi, est celle de nombreux nigériens dont je porte la parole, se singularise en ce qu’elle ne porte ni sur la procédure, ni sur le fonds, mais sur le principe même d’une installation des bases nonobstant notre armée républicaine par essence. C’était une insulte à son égard mais aussi un mépris à l’intelligence d’un peuple qui vous a tout donné. Je laisserai donc volontiers le débat juridique que je trouve, sous l’angle de la position que je défends, de toute façon trop précoce, aux experts qui du reste s’en donnent déjà à cœur joie. Je m’attacherai donc fondamentalement et essentiellement à la nature d’une telle révision au regard même du contexte et de la cohérence des engagements pris devant la nation.
En effet, Monsieur le Président de la République, nul, mieux que vous, n’a une plus claire vision de la situation sociopolitique actuelle de notre pays. Toutefois, il peut être tout à fait concevables que de votre position, certaines situations vous apparaissent ou vous parviennent tronquées ou totalement déformées dans leur netteté et acuité réelles. A contrario, le peuple dont je vous porte ici la parole, dans les faiblesses et les limites de sa position, a l’avantage de vivre les situations dans leur réalité brute. C’est avec cette excuse que je veux me permettre quelques rappels en situant la réalité du contexte actuel telle que vécue par les nigériens dans leur grande majorité. Cette situation, contrairement à ce que l’on aurait été en droit d’attendre au regard de vos efforts et des performances de notre économie, n’est pas reluisante. Certes nous ne sommes plus dans le précipice d’un havre de paix en comparaison de nos pays voisins mais les défis actuels revêtent un caractère tout autant dramatique à même d’être maitrisé par notre armé républicaine et que vous-mêmes vous en seriez une pièce pour nous éviter le cauchemar de toute guerre fratricide. Oserais- je vous faire une quelconque démonstration en la matière dans une situation autre que l’implantation des bases et la modification de l’article 52 ? La cherté de la vie aggravée désormais par la rareté des denrées alimentaires, la menace de la famine et la terreur des nouvelles formes d’insécurité qui défient toute la société, constituent les préoccupations majeures des nigériens malgré les soi-disant bases militaires pour sécuriser le sahel si ce n’était qu’un stratagème pour mieux nous avoir au cou afin de mieux prendre de nous sans
nous en apercevoir. Soyez juste et équitable telle était votre promesse le jour même de votre dernière et première investiture. Toutefois, le grand souci de tous demeure l’impératif de la régularisation de la situation de l’école nigérienne. Le constat le plus frappant en effet, reste le mépris d’un des services sociaux de base qui pourtant par son efficacité d’antan vous êtes devenu président de la république du Niger, une préoccupation profonde dans la société nigérienne. Ce mépris qui n’a pourtant pas été le vôtre au lendemain des élections qui ont fait de vous ce commandant en chef. Ce mépris touche aussi bien le corps social que l’échiquier politique qui présente aujourd’hui un visage des plus hideux avec le déchirement et l’émiettement de la quasi-totalité des formations politiques qui comptent. Cette indifférence est réelle et profonde et ne saurait être appréciée sous le prisme de la politique politicienne. Je sais que vous êtes assez avertis pour ne pas vous fier à l’apparence des données. La jeunesse nigérienne est dans la rue, les syndicats y sont les parents d’élèves aussi.
Monsieur le Président, ce message, vous l’avez si bien compris et tellement bien compris que dans votre esprit bien ordonné, vous déclariez solennellement bientôt le rétablissement de la situation pour que les élèves et étudiants puissent reprendre le chemin de l’école.
Monsieur le Président. Vos calculs politiques et vos adroitement de gestion font que l’avenir de l’unité nationale se place sur un bout de papier en état d’être froissé à tout bout de champs. C’est pourquoi, l’unité et l’indivisibilité sont des attributs sacrés d’une république. C’est dans cette unité et dans cette indivisibilité que le peuple exerce sa souveraineté. Aucune partie du peuple, ni aucun individu, ne peut s’attribuer l’exercice de la souveraineté nationale tout comme il ne saurait y avoir une république des clans. Depuis la disparition du feu Kountché à l’exception du passage honorifique du feu Baré, paix à leurs âmes, jusqu’à ce jour, en passant par les différentes déchirures et brisures politiques, le coup d’Etat de 2010, notre pays n’a jamais aussi mal porter sa promesse de patrie de la vraie fraternité et la république n’a jamais autant failli à sa vocation de rassemblement et d’intégration de ses fils et de ses filles. Eduquer la nation nigérienne, voilà le grand chantier et le grand rêve Du feu Kountché. Au-delà du développement qu’il voulait si harmonieux pour tout le pays, il avait un souci scrupuleux de la cohésion sociale de l’unité nationale et de la sauvegarde de nos acquis constitutionnels auxquels il s’attelait, sur les bases d’amour, de fraternité et de tolérance, à construire patiemment, sagement et méthodiquement à travers un savant brassage des peuples et une constitutionalité exemplaire. Ses armes étaient le dialogue, le pardon la paix et la justice sociale. Monsieur le Président, après ces longues années de corruption et d’impunité, tel est, me semble-t-il, l’œuvre dont la poursuite est la plus attendue par les nigériens, pour reprendre leur marche triomphale vers leur destin glorieux. Cela passe d’abord et avant tout par la régularisation de la situation académique de notre pays, l’insertion professionnelle et le respect strict de la constitution nigérienne dont nous attendons tant de vous, comme promis. Vivement cette ère nouvelle ! Car quand après une tentative du coup d’état constitutionnel aussi grave, la sauvegarde de notre loi fondamentale est reléguée au rang des préoccupations secondaires, l’on expose fatalement le fruit des efforts et les quelques acquis à l’annihilation et le pays tout entier, aux soubresauts aux conséquences connues. Certes, Il est légitime et même humain que chacun veuille marquer son passage par son empreinte et de façon indélébile, mais n’est-il pas plus judicieux de poser, comme un sage architecte, les fondements solides, quitte à laisser les successeurs bâtir dessus un édifice solide et durable, plutôt que de se précipiter pour le voir s’écrouler à la moindre intempérie ? Bien entendu, l’idée de modification et de révision du code électoral sera nécessaire lorsque le peuple nigériens le demande lui-même mais à mon sens, pas avant que nous ayons réussi la remise en route l’étincelle d’une éducation de qualité un droit inaliénable des filles et des fils de la nation. L’enjeu est là ;
Vous en souhaitant bonne réception, veuillez croire, Monsieur le Président de la République, en l’assurance de ma très haute considération.

Mohammed Elhadj Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Dernière modification le mercredi, 30 novembre 2016 15:24

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