jeudi, 24 novembre 2016 20:19

Lettre à mes compatriotes - Mahamadou Issoufou, la Cour constitutionnelle et les organisations féminines : une histoire à raconter demain

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Cour constitutionnelle NigerIl y a trois ans, Hama Amadou, alors président de l’Assemblée nationale, attirait l’attention sur les risques auxquels nous exposent dangereusement les mesures populistes et sans lendemains de Mahamadou Issoufou, plus préoccupé à créer un effet immédiat qu’à construire quelque chose de solide et de durable. Aujourd’hui, point n’est besoin d’une grosse littérature pour comprendre le désastre que cette politique trompeuse a produit pour le Niger. La dette intérieure et extérieure du Niger est très lourde selon le Fonds monétaire international (Fmi) et les ressources internes trop faibles ; des milliers d’enseignants prétendument recrutés, plus de 2000, n’ont jamais obtenu à ce jour des matricules, à plus forte raison être mis en solde ; les arriérés de salaires et de pécules s’entassent ; des jeunes recrutés dans la Fonction publique depuis près de dix mois ont été radiés sous prétexte que les concours sur la base desquels ils ont été recrutés ont été truqués.

Curieusement, on annule lesdits concours mais rien n’a été entrepris pour faire rendre gorge aux auteurs, complices et commanditaires des fraudes reconnues. C’est du moins le cas du concours d’entrée à la Fonction publique au titre du ministère des Finances. Pour le cas du ministère de la Santé, on a jeté quelques boucs émissaires en prison alors que les commanditaires sont parfaitement connus, cités en audience publique par les mis en cause comme étant les propriétaires-bénéficiaires de longues listes. Ces révélations, il faut le dire, ont levé un coin de voile sur le degré de pourriture qui a gangrené le Niger sous Mahamadou Issoufou. Les contentieux judiciaires s’accumulent, enlevant à l’Etat les minces filons d’argent frais qui lui restent pour continuer à respirer, l’école est dans un marasme terrible, les salaires qui sont payés ne le sont plus que grâce à des emprunts obligataires et émissions de bons de trésor répétitifs, contractés auprès de l’Uemoa, de la Bceao sous prétexte de financement de projets structurants. Le barrage de Kandadji ruiné, Salkadamna relegué aux calendes grecques, la reconstruction de la route Tahoua-Arlit et la mise en valeur de l’Irhazer et de l’Aïr hypothéqués dans le contentieux judiciaire avec Africard, le pétrole gagé, Imouraren laissé au bon vouloir de la seule Areva qui vient à nouveau de décider unilatéralement de reporter sine die la mise en exploitation…, c’est le Niger et ses grands espoirs que Mahamadou Issoufou a trouvé moyen de ruiner en cinq années seulement de gestion. Une faillite de l’État officiellement reconnue dans ces décisions à la fois antisociales et scandaleuses : les subventions et investissements du 4e trimestre de 2016 sont annulés, il n’y a pas de recrutements et d’investissements en 2017 et pourtant le pays compte 43 ministres au gouvernement, une bonne flopée de conseillers avec rang de ministres et un grand de mission que Mahamadou Issoufou ne laisserait pas certainement sans sa petite caisse de fonds politiques, histoire de lui donner sa part de «butin» dans un pays ruiné.

Mes chers compatriotes, vous avez pu constater que Mahamadou Issoufou n’a aucun remords à constater cet écart indécent, ce fossé scandaleux j’allais dire, qu’il y a entre la situation alarmante du Niger et la pléthore de postes inutiles qu’il entretient autour de lui. Alors que le pays se meurt, étranglé par son pilotage à vue et ses anachronismes, il continue à multiplier les preuves de son insouciance pour les problèmes des travailleurs, des étudiants et des scolaires, royalement ignorés tandis que l’argent public atterrit ailleurs, principalement dans la mise au beurre de tous ces leaders politiques qui ont préféré – le dernier en date étant Seïni Oumarou du Mnsd Nassara – manger de cet argent sur le dos du peuple et laisser Mahamadou Issoufou disposer du Niger comme bon lui semble. Ah, Seïni Oumarou ! Celui-là doit avoir la tête froide pour pouvoir abandonner le peuple qu’il prétendait servir pour s’acoquiner du jour au lendemain avec celui dont il considérait le pouvoir d’essence satanique. Il doit avoir la tête vraiment froide pour vivre ce drame intérieur en toute tranquillité, sans aucun problème de conscience, bercé dans l’illusion des millions de francs qu’on refuse d’investir pour le Niger mais qu’on lui donne gracieusement à titre de récompense pour services rendus. Quelle fierté y a-t-il pour un homme à vivre d’un tel pain ? Aucune certainement ! Et pourtant, dans ce rôle décadent d’hommes dont le Niger est en droit d’attendre jusqu’au sacrifice suprême lorsqu’il est en péril, le sieur Seïni Oumarou a trouvé d’autres qui, dès le départ, ont préféré vivre de ce pain-là, quitte à devenir de simples faire-valoir dont le silence complice, à défaut du soutien ferme et public, est utile pour la pérennisation de cette gouvernance satanique de Mahamadou Issoufou [dixit Seïni Oumarou]. Il a trouvé Cheffou Amadou, éternelle remorque qui n’est porteur d’aucun idéal pour le Niger ; Hamid Algabit, l’homme qui a été «ressuscité» par feu Ibrahim Maïnassara Baré et qui a «vendu» par la suite le Rdp Jama’a à son plus grand pourfendeur ; Moussa Moumouni Djermakoye, le soldat qui a dû oublier d’où il vient et enfin, Abdou Labo, qui a compris depuis lors qu’en faisant une guerre inutile à Mahamane Ousmane, il a créé les conditions de sa banalisation politique. L’arrivée de Seïni Oumarou dans la boue a davantage conforté ces «leaders politiques» qu’ils ont intérêt à faire profil bas en attendant d’avoir, à l’occasion de la levée d’un autre soleil, la possibilité de faire de nouveaux deals qui leur permettront de jouer, de nouveau, aux accompagnateurs encombrants. Dans le cas échéant, on reste dans la boue en continuant à se mentir, à mentir au peuple en prétendant assurer son bonheur alors qu’on creuse sa tombe.

Mes chers compatriotes, n’est-ce pas ces «leaders politiques» qui encouragent et soutiennent ces errements qui sont en train de ruiner le Niger. L’hypocrisie est la pire des péchés. Pourtant, il n’y a pas, parmi ces leaders politiques, un seul qui ignore dans quelle situation désastreuse Mahamadou Issoufou a plongé le Niger. Il n’y a pas non plus un seul qui ne s’inquiète pas des tendances profilées, lourdes de nuages noirs. Parlez avec eux, ils vous confieront tous que le Niger va très mal et que Mahamadou Issoufou a atteint ses limites objectives depuis longtemps. Avec le hold-up électoral des 21 février et 20 mars 2016, l’homme s’est davantage embourbé, perdu dans une sorte de cul de sac sans issue. Il ne peut ni reculer ni avancer et comme il ne veut pas avouer qu’il n’en peut plus, il fait forcément du forcing. Un forcing préjudiciable à l’état du pays qui empire dangereusement : les créances s’alourdissent de façon inquiétante, les arriérés s’entassent, la sécurité promise est devenue une chimère, le front social s’enflamme, les contentieux judiciaires compliquent une situation financière déjà morose, l’école est par terre, etc. Le problème du Niger, c’est certes, Mahamadou Issoufou, enfermé dans sa bulle d’où il ne voit son pays qu’à travers le prisme déformant des maquettes et dessins industriels, mais c’est aussi tous ces «leaders politiques» qui lui apportent leur soutien que beaucoup de compatriotes disent monnayé.

Mes chers compatriotes, la semaine dernière, la Cour constitutionnelle s’est déclarée incompétente face à la saisine de l’opposition politique qui lui demandait de constater et de dire que Mahamadou Issoufou a violé la Constitution à travers la loi sur le quota des femmes. Une situation aussi claire que de l’eau de roche, l’intéressé l’ayant violée à maintes reprises, notamment en ce qui concerne la question en objet. Une histoire dans laquelle les premières coupables sont les femmes dont les organisations ont donné l’occasion à tout le monde de comprendre que leur combat ne repose pas sur des principes et un idéal. C’est à la tête du client et puisqu’il s’agit d’un homme dont elles sont prêtes à tout cautionner, il faut faire profil bas. C’est comme ça qu’on aide le régime. Aucune organisation féminine n’a jamais songé à saisir la Cour de Kadidiatou Ly. Même si, en fin de compte, la Cour dira le droit, il fallait le faire pour l’histoire. En observant le silence face aux violations répétées d’une loi qui leur accorde une discrimination positive, elles confessent leur complicité dans cette violation et s’accordent ainsi à reconnaître, du moins implicitement, que le respect de la loi sur le quota est facultatif. Mahamadou Issoufou a choisi de ne pas le respecter, elles s’en tiennent sagement au bon vouloir du «roi». Lorsqu’on repasse le film de ces violations répétées de la loi sur le quota, on se rend compte de l’évidence. En vérité, Mahamadou Issoufou, la Cour de Kadidiatou Ly et les organisations féminines, c’est une histoire à raconter demain.

J’ignore comment un Seïni Oumarou, qui a enjambé la barrière qui sépare des prairies roses pour demander sa part, a accueilli un tel arrêt. Mais, je sais qu’il ne dirait pas autre chose que ce qui est contenu dans le fameux livre blanc.

Bref, laissons le président du Mnsd Nassara profiter des bonnes grâces de Mahamadou Issoufou pour s’intéresser au Niger, notre unique préoccupation. Tout le monde est conscient du degré de pourriture de la gestion du pays. Tout le monde s’en plaint et s’inquiète, y compris ceux qui ont abandonné armes et bagages pour aller proposer leurs services (? ? ?). Ah, l’argent ! N’est-ce pas pour de l’argent que des hommes se renient à ce point ? L’argent ! L’argent ! L’argent ! Allons seulement, personne n’a fini de manger tout l’argent et le ventre conduit souvent dans un trou.

24 novembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourdhui

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