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dimanche, 27 novembre 2016 12:21

Précisions suite au « Dossier Mahamadou Issoufou, l’État et les finances publiques »,publié dans Le Courrier du 10 novembre 2016

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Issoufou finances publiquesDans votre Dossier « Mahamadou Issoufou, l’État et les finances publiques » susvisé, vous aviez écrit : « En 1999-2000, lorsque le Président Tandja et le Premier ministre Hama Amadou s’installaient à la tête de l’Exécutif nigérien, les caisses de l’Etat ne comptaient qu’environ 600 millions de FCFA, l’endettement représentait 90% du PIB, selon le rapport du Fond monétaire international (FMI) ... Pire, les salaires accusaient des arriérés, précisément 11 mois d’arriérés que leur laissait Daouda Malam Wanké. En 2004, soit 4 ans après, l’endettement était, toujours selon le FMI, seulement de 17% du PIB, soit une réduction de 73%. …Quant à la dette publique de l’Etat, elle ne représentait que 19% du PIB, soit une augmentation de 2% seulement en 7 ans. »

Sans remettre en cause votre diagnostic l’état des finances du pays tout en reconnaissant les très hautes qualités managériales et de meneur d’hommes du grand frère et ancien Premier Ministre Hama Amadou, dont le Niger a grandement besoin en ces moments de déprime financière et de gouvernance cahoteuse reconnue par l’autorité elle-même, permettez-moi, pour la nécessité besoins de remplir mon devoir face à l’histoire, de rappeler qu’au 27 janvier 1996, la situation des finances publiques était marquée par des déficits budgétaires importants, qui se sont traduits par la constitution d’un important stock de dettes et d’arriérés intérieurs depuis 1992 ainsi que la perte de la crédibilité de l’Etat du fait de la guéguerre politique. Sur la période 1990 à 1995, la masse salariale absorbait la quasi-totalité des recettes fiscales et, en 1994 la part des salaires et traitements avait représenté un record de 102% des recettes fiscales nationales pour une norme admise de 35 %. Ceci avait conduit dès juillet 1992, le Niger acculé, de nouer des relations controversées avec Taiwan (« Taiwan ou le chaos »), pour faire face aux problèmes dramatiques d’arriérés de salaires, « la marmite étant vide », avec les conséquences désastreuses et immédiates de rupture des relations historiques et fructueuses avec la Chine. En 1995 près de 15 milliards de FCFA représentant près de 4 mois de salaires avaient été émis en bons de trésor dont une part appréciable avait une échéance supérieure ou égale à un an.

Selon les données consultables dans l’« Annuaire statistique de la BCEAO, de 2007 http://www.bceao.int/Annuaire-statistique-2007.html», page 243 et suivantes, le taux d’endettement extérieur était respectivement de 86,4%, 68,4% et 73,9% pour les années 1995, 1998 et 1999. En 2004 ce taux était plutôt de 62,9% soit une réduction de 11% par rapport à 1999. C’est véritablement en 2006 que le taux baissera drastiquement pour atteindre 11,6 %. Cette baisse du taux d’endettement était la résultante de la mise en œuvre de l’IPPTE adossée à la FASR (facilité d'ajustement structurel renforcé) en juin 1996, interrompue en avril 1999, et poursuivie par le Gouvernement Hama en 2000 jusqu’à atteindre le fameux « point de décision du ppte » qui a permis au Niger de bénéficier d’un allègement de près de 75% de sa dette à fin 1999, d’où cette baisse enregistrée du taux d’endettement.

S’agissant des arriérés de salaires qui étaient de 3 mois à fin janvier 1996 et 3,5 mois au 09 avril 1999 (tout mois entamé étant dû), ils étaient passés effectivement à 11 mois à la fin de la transition en décembre 1999.

Le gouvernement de Hama avait hérité d’une économie structurellement en voie de redressement en fin 1999, du fait de la FASR adoptée en juin 1996, suspendue en avril 1999 et reprise en 2000 avec les Institutions de Breton Woods. Ce programme exécuté avec courage pendant 3 années sans interruption avait permis d’atteindre le point d’achèvement puis de décision, au titre de l’Initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés (IPPTE), avec comme retombées l’importante réduction de la dette du Niger de 53 % qui l’a suivie, dont le gouvernement avait largement bénéficié. Ainsi au titre de ladite Initiative, le Niger avait alors bénéficié d’un allégement de dette de 520,6 millions de dollars (près de 373 milliards FCFA) à la valeur actuelle nette (VAN) de fin 1999, mis à contribution pour financer le programme économique rebaptisé « Programme Spécial du Président de la République » par Tanja.

Une mise en œuvre des réformes des dépenses publiques (RDP), notamment dans les secteurs sociaux et celle du plan d’apurement des arriérés intérieurs de l’Etat d’un montant de 118 milliards de FCFA dès 1999, a contribué à assainir les finances publiques. Malgré ces fondamentaux hérités du Président Baré, du fait d’une allocation inefficiente des ressources en faveur des secteurs de base (éducation et santé), notre pays est passé pour la première fois en 2005 de l’avant dernier rang au dernier rang du classement en termes d’Indice du Développement Humain (IDH) et a fini de se fossiliser à ce rang peu honorable depuis 2012.

Je me résumé : Baré à son arrivée le 27 janvier 1996 avait trouvé 3 mois d’arriérés de salaires. « Accidenté » en avril 1996, Baré avait laissé 3,5 mois d’arriérés de salaires (soit près de 15 milliards de fcfa) mais 115 milliards de fcfa accordés par la Banque Mondiale étaient disponibles pour résorber les arriérés intérieurs de l’Etat (salaires et créances des entreprises et autres). Par ailleurs, les 3 ans d’ajustement structurel ont permis de bénéficier d’une réduction de 75 % de la dette, soit 520 millions de dollars accordés sur 20 ans de 2001 à 2021 au titre de l’initiative ppte, transformée en « programme spécial par le président Tanja. Baré avait été contraint par les institutions de Bretton woods de réformer la grille salariale et réduire les effectifs par des départs anticipés, ce qui avait permis de rendre la masse salariale (45 milliards par an en 1997) et le service de la dette plus soutenables. Il est vrai qu’à fin décembre 1999, Hama avait trouvé 11 mois d’arriérés de salaires parce qu’en dépit des 100,6 milliards de recettes fiscales engrangées et 47,5 milliards de dons reçus en 1999, Wanké, AM « accident malheureux », et S.S, (je lui souhaite bonne suite rétablissement à la CC) le ministre des finances de la sombre époque, n’avait pas pu verser un seul Kopeck de salaire aux fonctionnaires d’avril à décembre 1999 soit 9 mois bien que comptabilisés à hauteur 50, 6 milliars sur les états financiers ( voir TOFE 1999). Hama a dû les payer.

Pour toutes ces polémiques sur les arriérés de salaires, la dette la trésorerie de l’Etat, la gestion de la 4ème république, j’accepte à l’avance tout débat contradictoire sur n’importe quelle chaine radio ou télé dans n’importe laquelle des cinq langues suivantes : haoussa, djerma, français, anglais et portugais au choix.

A méditer : Dans le Livre entretien édité par JA « IBM – Mon ambition pour le Niger », interrogé en avril 1997 par le célèbre journaliste A. SENEN à dire « avec lequel des leaders politiques (opposants de l’l’époque) aurait-il envie de dialoguer et même de travailler », le Président Baré avait répondu sans ambages : «Je crois bien que c'est Hama Amadou….Il me semble que c'est le plus intelligent d'entre eux. En tout cas, celui qui a le plus le sens de l'État. On m'a rapporté qu'après la signature de l'accord sur la FASR (facilité d'ajustement structurel renforcé) au mois de juin 1996 entre le gouvernement nigérien et la Banque Mondiale, il avait dit qu'en tant que Nigérien, bien qu'opposant, il était bien content que notre gouvernement ait pu aboutir à ce résultat. Les autres, eux, étaient furieux, semble-t-il, C'est là toute la différence!»

« Les hommes passent, les institutions demeurent. »

                                                     

Djibrilla Mainassara BARE

Ancien Conseiller Spécial du Président de la République

Ancien Auditeur Interne à la Direction en Charge du Crédit et de la Microfinance au Siège de la BCEAO

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Dernière modification le dimanche, 27 novembre 2016 23:19

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