jeudi, 01 décembre 2016 15:57

Lettre à mes compatriotes : Demain, c’est pour vous mais demain se prépare aujourd’hui

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Lettre ouverte Mallami BoucarTayi tauri ! Et croyez-moi, ce n’est pas là un simple slogan de mouvement populaire du genre « Touche pas à ma Constitution », mais l’expression risible d’une situation dramatique que traverse le Niger, ce pays sahélien promis au plus beau devenir lorsqu’un certain Mahamadou Issoufou, la main gauche sur le cœur, la droite sur le Coran, prêtait serment. C’était une matinée d’avril 2011. Personne, ce jour-là, ne pouvait imaginer que l’homme inaugurait ainsi une ère ténébreuse faite de déni de droit, d’injustice criarde, de primauté de la force, de détournements massifs de fonds publics, de hold-up électoral, de banalisation des institutions républicaines, de violations délibérées et répétées de la Constitution. Une ère au cours de laquelle des hommes publics, haut placés au sommet de l’Etat sont nommément cités dans un scandaleux commerce de drogue dure, dans des trafics de devises ou encore pris en flagrant délit d’agressions verbales et physiques.

Une ère de contentieux judiciaires internationaux où le Niger laisse sur la scène internationale l’image d’un Etat-voyou qui ne respecte pas ses engagements et au cours de laquelle les noms de certains officiels sont clairement cités dans des fraudes aux concours d’entrée à la Fonction publique. Une ère d’hécatombe, essentiellement due aux discours provocateurs et insensés de gouvernants d’un pays qui a toujours prôné la paix. Personne n’aurait pu imaginer un instant que l’homme qui jurait, la main sur le Coran, pourrait s’autoriser tant de libertés avec les lois de son propre pays, tant de détachement face aux situations les plus dramatiques qui frappent son pays. Personne n’aurait imaginé que l’homme qui traversait, durant les premières semaines de son magistère, toute la ville de Niamey, pour aller faire sa prière du vendredi, serait tout le contraire de ce qu’il professait. Tout un fossé entre les discours et les faits dont le Niger entier subit les conséquences désastreuses.

Mes chers compatriotes, tayi tauri ! Ce n’est pas là le cri de cœur déchiré de compatriotes outrés de constater qu’il n’y a plus d’argent dans le pays et que la vie devient de plus en plus corsée. Pas uniquement pour ceux qui accumulent les arriérés. Mais pour tous ceux qui ne font pas partie des clubs de ceux qui ont fait main basse sur les ressources financières du Niger. Tayi Tauri, c’est l’expression d’une gouvernance plantée, empêtrée dans ses contradictions, incapable de se sortir du piège infernal dans lequel elle s’est enfermée ; ce piège sans issue qui se referme progressivement sur ceux qui, la mauvaise foi en bandoulière, ont régulièrement dégagé en touche alors que les preuves de leurs forfaitures sont multiples, massives et irréfutables. Tayi Tauri, c’est aussi le symbole du regard moqueur d’un peuple dont on a volé la souveraineté et le libre choix mais qui ressent aujourd’hui une sorte de jubilation en voyant les auteurs de ce hold-up électoral s’embourber dans un marécage de problèmes générés par la répétition de «pêchés» contre la République, la démocratie, la justice, les deniers publics. Le Niger va mal, très mal et ceux qui l’ont ruiné vivent dans une sorte d’expectative, préoccupés à trouver les moyens frauduleux de se sortir de ce piège. Frauder pour gagner le pouvoir et s’enrichir, frauder pour se sortir d’affaire ! Ainsi se nouent les plus grands drames des peuples. Il s’agit d’une sorte de quadrature du cercle où l’on se met davantage la corde au cou en pensant trouver une issue dans la persistance des délits et fraudes. Mahamadou Issoufou peut être certain d’une chose : il a lamentablement échoué et l’histoire gardera de lui l’image d’un homme qui a tout eu pour réussir mais qui a tout mis en œuvre pour échouer.

Mes chers compatriotes, permettez-moi, pour illustrer mon propos, de citer trois grands échecs qui enlèvent à Mahamadou Issoufou tout mérite à la tête de l’Etat.

Premier exemple, il arrive à un moment où le financement intégral du barrage de Kandadji est acquis. Il échoue pourtant à le réaliser alors que l’indépendance énergétique du Niger pendait à ce projet. Non seulement l’indépendance énergétique, mais aussi l’autosuffisance alimentaire. S’il l’avait réussi, il n’aurait même pas besoin de battre campagne pour un second mandat. Or, il va échouer dans la conduite de ce projet vital, plombé par la corruption et les détournements de plusieurs milliards décaissés progressivement au profit de ZVS, l’entreprise russe adjudicataire du marché, sans aucune contrepartie de travaux réalisés. C’est ce jeu minable qui a ruiné le barrage de Kandadji et qui a révélé aux Nigériens la personnalité de l’homme qui les dirige. Et comme si ça ne suffisait pas d’avoir fait capoter la réalisation du barrage de Kandadji, Mahamadou Issoufou s’investit dans la réalisation anachronique d’une centrale thermique qui va produire une électricité deux fois plus chère que celle que consomment aujourd’hui ses compatriotes. Là également, malgré les mises en garde et éclairages des experts, notamment d’Albert Wright qui a spécialement animé des points de presse sur la question, Mahamadou Issoufou passe outre et construit Gorou Banda. Une catastrophe qui risque de ne jamais fonctionner, les connaisseurs estimant à quelques quatre milliards le coût de fonctionnement mensuel de cette centrale. Pour produire quelle électricité à quel coût pour des populations pauvres ?

Deuxième exemple, le pétrole ! Ce pétrole pour lequel Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (Fmi) a fait le déplacement de Niamey pour attirer l’attention de Mahamadou Issoufou sur les risques majeurs d’une mauvaise gestion des ressources tirées de cette manne. Malgré les conseils et les mises en garde, Mahamadou Issoufou va passer outre les orientations définies par les lois du pays, notamment en ce qui concerne la transparence budgétaire. Le pétrole nigérien est rapidement hypothéqué pour plus de mille milliards évaporés. La CNPC, lors de son bilan annuel de 2013, a clairement indiqué que la Soraz croupit sous les dettes de la Sonidep et que si rien n’est fait, la raffinerie risque de fermer. Pour éviter cette catastrophe, il a fallu encore passer par un refinancement, ce qui alourdit davantage l’ardoise de Niamey. Aujourd’hui, le budget national ne fait nulle mention de recettes du pétrole. Rien que des taxes et impôts. Pourtant, les spécialistes estiment à plus de 450 milliards ce que doit être l’apport du pétrole au budget annuel de l’Etat.

Troisième exemple, les fameux rails de Bolloré ! Des rails qui ne devraient jamais prendre le tracé actuel mais que Mahamadou Issoufou, dans sa mégalomanie, a imposé ainsi, histoire de gagner du temps sur la réalisation. Plus grave, la concession de la boucle ferroviaire est détenue par Africarail, un groupe dirigé, entre autres, par le défunt Michel Rocard, mais que Mahamadou Issoufou et Boni Yayi du Bénin ont octroyé, contre toute logique et au mépris des engagements précédemment souscrits, à l’ami Bolloré. Autre faute grave, les rails de Bolloré ne sont pas conformes aux normes internationales, ce qui posait nécessairement le problème de la connexion avec le tronçon béninois qui existait mais qui devait être repris. En définitive, en voulant faire un rail comme on ferait une piste latéritique, Mahamadou Issoufou a commis un des plus grands drames économiques du Niger. Car, il faut bien que Bolloré recouvre ce qu’il a investi dans ce gâchis à la demande de Mahamadou Issoufou qui a dû lui signer tous documents usuels en la matière. Pour un homme qui a l’habitude de contracter des prêts ou d’autoriser des armées étrangères à s’installer sur le sol nigérien sans jamais passer par l’Assemblée nationale, c’est un jeu dangereux que d’engager son pays dans une affaire pareille. Déjà, Africarail est dans l’antichambre de la Chambre de commerce internationale, à Paris, pour se plaindre du non-respect des engagements pris de la part du Niger. Le Niger s’est engagé, pour suspendre la procédure judiciaire, à lui payer des dommages et intérêts ainsi que les frais des études de faisabilité du projet. Demain, ce sera le groupe Bolloré que le Niger aura sur le dos.

Mes chers compatriotes, voici, de façon résumée, trois grands projets qui prouvent que Mahamadou Issoufou a échoué dans sa mission. Et vous le savez autant que moi, ce n’est là qu’un filigrane de la situation catastrophique dans laquelle Mahamadou Issoufou a plongé le Niger. Nous l’avons mille fois dénoncé, mille fois expliqué et notre réconfort est grand aujourd’hui.Les consciences s’éveillent, les sommeils s’estompent et nos concitoyens commencent à parler, à se parler et il n’y a nul doute que ces concertations vont fleurir et donner des fruits. La sortie médiatique, la semaine dernière, du MDR Tarna d’Adal Rhoubeid, a confirmé ce que tout le monde sait : Mahamadou Issoufou n’a pas été à la hauteur et il ne le sera sans doute jamais. De la déclaration du MDR Tarna, je prendrai trois aspects qui me paraissent très graves. Premièrement, le parti d’Adal Rhoubeid affirme que, malgré les milliards qui seraient investis dans leur équipement, les Forces de défense et de sécurité (Fds) nigériennes ne disposent pas des moyens adéquats et suffisants pour faire face à leur mission et que les fonds destinés à cette fin ont été détournés par des individus connus de tous. Deuxièmement, le MDR Tarna a confirmé l’existence de cette justice à double vitesse que nous avons toujours dénoncée et qui se contente de mettre la main sur des exécutants en ignorant les commanditaires, là aussi, connus de tout le monde. Troisièmement, Adal Rhoubeid et ses camarades ont stigmatisé la violation répétée de la Constitution par Mahamadou Issoufou qui a autorisé des armées étrangères à s’installer sur le sol nigérien, au mépris des obligations que lui impose la Constitution.

Mes chers compatriotes, le MDR Tarna était jusqu’à la semaine dernière un parti membre du pouvoir issu du hold-up électoral des 21 février et 20 mars 2016. Il a décidé de claquer la porte et c’est une bonne chose pour le Niger dont les fils prennent peu à peu conscience de la situation dramatique dans laquelle Mahamadou Issoufou a plongé leur pays. Il n’y a pas que le MDR Tarna. Il semble que deux autres partis, longtemps alliés au Pnds Tarayya, ont entamé des concertations secrètes en vue de se désengager de ces dérapages continus. La société civile, les syndicats, tout le Niger s’organise pour faire entendre la voix du peuple, pas celle tronquée de ces individus élus on ne sait plus comment et qui veulent croiser le fer avec le même peuple qu’ils prétendent représenter. Demain se prépare ! Demain, c’est l’espoir d’un Niger nouveau, un Niger où la démocratie sera rétablie, l’Etat de droit va prévaloir, où la corruption n’aura pas droit de cité ; un Niger respecté au plan international pour le respect de ses engagements, un Niger de paix et de quiétude, un Niger où le hold-up électoral est banni et où la confiance régnera entre gouvernants et citoyens. Demain, c’est pour vous mais demain se prépare aujourd’hui.

1er décembre 2016
Source : Le Monde D'Aujourd'hui

Dernière modification le jeudi, 01 décembre 2016 19:48

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