dimanche, 04 décembre 2016 05:58

Lettre ouverte à son Excellence Mahamadou Issoufou, président de la république du Niger

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mahamadou issoufou"Monsieur le président de la République,

Par ce message, je viens attirer votre attention après avoir suivi avec beaucoup d’intérêt les débats au sein de l’assemblée nationale sur une possible révision de la constitution nigérienne. En tant que citoyen nigérien, j’attendais avec impatience, une position honorable, un regard clairvoyant du garant du respect de nos institutions, sur notre constitution.

Permettez-moi de rappeler tout d’abord, qu’une constitution est l’acte fondateur d’une nation ; c’est aussi une loi fondamentale ou un ensemble de principes qui fixe l'organisation et le fonctionnement d'un État. Elle demeure également le marqueur d’une nation pour des générations et des générations. C’est celle qui protège les droits et les libertés des citoyens contre les abus de pouvoir potentiels des titulaires des pouvoirs exécutif, législatif, et judiciaire. Si la fiction juridique veut que la Constitution fonde et encadre juridiquement l'État, il est entendu que l'histoire politique la précède et peut lui conférer à la fois sa légitimité circonstanciée et la permanence de son autorité. Cette histoire politique est alors réintroduite dans le droit en étant qualifiée de « pouvoir constituant primaire » qui établit une nouvelle Constitution. C’est dans cet esprit qu’a été adoptée par référendum la constitution de la 7 ème république du Niger et promulguée le 25 novembre 2010. Par ailleurs, un changement politique radical fait que la constitution est appliquée d'une manière complètement différente ou écrite avec certaines particularités ou même avec maladresses dans un contexte particulier. Et je pense que notre constitution actuelle porte en elle certains articles qui semblent à mes yeux anticonstitutionnels comme l’alinéa 2 de l’article 10 ou l’article 185 qui sont injustices à tout point de vue. Alors que la primauté de la nation pour citer Sieyès - « tient pour le rationnel et pour le construit. L'état social, par rapport à l'état de nature, perfectionne et ennoblit l'homme. Il étend et protège la liberté et les droits des citoyens sans distinction. Il défend et assure l'égalité des droits ». En outre, certains éminents esprits diront que les véritables rapports d'une constitution politique sont « avec la nation qui reste » plutôt qu'avec « telle génération qui passe ; avec les besoins de la nature humaine, commune à tous, plutôt qu'avec les différences individuelles». Ainsi j’aurais aimé avec une grande fierté, voir les représentants de notre peuple s’élever dignement pour tenir un débat intellectuel et de moralité dans l’esprit de corriger certaines erreurs de notre constitution en l’habillant de droit et de justice pour des siècles et des siècles et pour des générations et des générations, au lieu de voir pousser des bas instincts pour essayer de modifier l’article 52 qui pourtant est l’un des articles le plus solidement ancré et l’un des plus justes contre les abus de pouvoirs. J’aurais aussi aimé vous voir, vous qui avez fait de la modernisation de nos institutions votre cheval de bataille, engager votre second mandat sur ce chemin. Mais hélas les pouvoirs exécutif et législatif montrent depuis des décennies un visage patent et peu honorable du Niger.

Je reste toutefois convaincu que l’intelligence qui a souvent animé ce peuple lui reviendra un jour pour que nous puissions avec pédagogie corriger ces aberrations que nous avons introduites dans notre constitution, et cela, dans le seul esprit de refonder notre nation sur le droit et la justice sociale.

Avec mes respectueux hommages, je vous prie d’agréer, Monsieur le président, l’expression de ma très haute considération.

Zakari BANO

 

 

Dernière modification le dimanche, 04 décembre 2016 08:48

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