jeudi, 08 décembre 2016 20:56

Lettre à mes compatriotes : Qui, des douaniers et des dirigeants de l’État, travaillent véritablement pour eux-mêmes ?

Évaluer cet élément
(1 Vote)

Douaniers Niger 02Image d'illustrationJ’ai écouté parler deux porte-voix du pouvoir issu du hold-up électoral des 21 février et 20 mars 2016 à propos de deux évènements sociopolitiques ayant marqué la semaine du 1er au 5 décembre dernier et j’ai eu la confirmation que l’on ne peut pas tresser sur des poux et espérer travailler à son aise. Le ver est dans le fruit comme on dit, et le premier évènement, en l’occurrence le limogeage du directeur général des Douanes, Issaka Assoumane, puis son remplacement par un officier supérieur des Forces armées nationales, le Général Amadou Halilou, porte les stigmates d’une crise insidieuse qui mine le Pnds Tareyya.

D’abord larvée, elle est aujourd’hui ouverte et met aux prises deux camps qui s’affrontent : le premier, politiquement légitime, est porté par les thuriféraires du Pnds avec pour porte-étendards Mohamed Bazoum, Massoudou Hassoumi et d’autres militants de la première heure, jaloux de la prééminence de leur parti sur toutes autres formations politiques désireuses de manger avec eux. Le second est né en cours de route, dans les méandres de la "complotite" socialo-communiste qui a donné naissance à une pléthore de partis politiques agglutinés autour du Pnds et répondant à ses desiderata. C’est ce regroupement opportuniste  qui a attiré tous les picsous du pays que les Nigériens on appelé « Guri », c'est-à-dire l’essaim de politicards regroupés autour de Mahamadou Issoufou et dont les partis, véritables satellites du Pnds Tareyya, doivent renoncer à toute immunité existentielle et se conformer strictement aux positions du parti rose. La ligne de conduite est la suivante : « manger et se taire ! ». Le premier camp veut conserver le pouvoir en restant dans la logique d’un Pnds fort et incontournable qui perpétue son règne et la main basse sur les ressources vitales du pays en respectant le principe de l’alternance démocratique au sein du parti, c'est-à-dire que Mahamadou Issoufou accepte volontiers de faire son règne et de s’éclipser au profit d’un autre rose. Cette option aurait l’avantage de garantir les arrières de tous ceux qui ont fait main basse sur les deniers publics et qui craindraient une éventuelle reddition des comptes devant la justice ; d’où la solidarité manifestée par la plupart des cadres roses et de partis alliés vis-à-vis du courant "bazoumien" et l’assurance avec laquelle des hommes sans aucune assise populaire tels que Mohamed Bazoum et Hassoumi Massoudou affrontent Mahamadou Issoufou. Le second camp voudrait que tous s’effacent devant Mahamadou Issoufou, fassent corps avec lui et s’alignent dans la logique d’un tasartché qui offrirait à l’intéressé un troisième mandat inédit à septennat unique. De leur point de vue, les défenseurs de ce courant pensent que seul Mahamadou Issoufou, qui aurait l’habitude de dire que « derrière lui, c’est le désert total », eu égard à l’impopularité de ses camarades, serait en mesure de garantir la pérennisation de ce pouvoir que les Nigériens maudissent de toute leur âme. La contradiction entre les deux camps politiques internes au régime est flagrante. Car, si le premier est conscient qu’il lui faudra, pour réussir son coup, dissoudre les frontières politiques au sein de la MRN [Ndlrn : Mouvance au pouvoir] — ce qui a commencé lors du hold-up électoral avec un alignement systématique de certains leaders politiques comme Moussa Moumouni Djermakoye de l’Andp Zaman Lahiya derrière la candidature de Mahamadou Issoufou — le second est parfaitement conscient que cela ne se fera qu’avec leur mise à mort politique. Guri a, donc, un sens, et même une essence chez Mahamadou Issoufou ainsi que tous les petits serviteurs qui espèrent ainsi que l’écrasement des camarades considérés comme des "coquilles vides" et qui doivent tout, absolument tout, selon eux, à l’homme de Dandadji, serait une opportunité d’occuper les stations qui leur permettraient d’amasser davantage d’argent pour leur compte. Et Mahamadou Issoufou, aidé des porteurs de serviette et autres chargés de mission, alliés de la 25e heure et gâtés avec l’argent public, fait tout pour donner corps et âme à ce conglomérat de partis et d’hommes en roue libre désigné sous le vocable de "Guri". C’est sur ce regroupement qu’il mise et l’arrivée de Seïni Oumarou est un mal nécessaire. Il faut faire avec en attendant le prochain coup de Jarnac qui permettra à Albadé Abouba de récupérer ce qui reste du Mnsd Nassara. C’est cet impératif qui commande aux alliés naturels et/ou de première heure de Mahamadou Issoufou de prendre leur mal en patience et de souffrir ces privilèges … empoisonnés qui sont accordés à Seïni Oumarou.
Par contre, le camp Bazoum-Massoudou et tous les alliés qui perçoivent dans cette démarche, notamment avec l’arrimage inattendu du Mnsd Nassara à l’attelage, un processus incertain et chargé de menaces, ont tendance à considérer "Guri" comme étant un groupe de profiteurs qui vivent et mangent aux dépens du Pnds. Pourquoi alors leur donner plus d’importance qu’ils n’en ont en réalité alors que leur unique préoccupation est de manger ? C’est pourquoi Mohamed Bazoum et Massoudou Hassoumi ont tous deux déclaré en substance que, dans les conditions actuelles, l’arrivée du Mnsd n’a pas de réelles valeurs ajoutées. Ce n’est pas fortuit ; c’est l’expression d’une divergence de vision stratégique des futurs combats politiques à mener pour conserver le pouvoir et échapper à une reddition des comptes redoutable.
Mes chers compatriotes, c’est cette divergence de vue sur l’orientation stratégique à privilégier au lendemain du hold-up électoral des 21 février et 20 mars 2016 qui est également à la base des déclarations de Mohamed Bazoum, trouvées quelque peu déplacées par les inconditionnels de Mahamadou Issoufou, à propos des soupçons de modification constitutionnelle en vue d’assurer un maintien au pouvoir de ce dernier. Pourquoi ce séminaire dit informel qui en appelle ouvertement à une révision constitutionnelle ? La principale conclusion, je le rappelle, à laquelle ce séminaire a abouti est que le Niger gagnerait à opter pour un régime présidentiel à septennat unique. Une porte ouverte pour un troisième mandat de Mahamadou Issoufou. N’est-ce pas un changement de durée de mandat qui a amené Abdoulaye Wade à briguer un troisième mandat — heureusement perdu — dont la plupart des juristes sénégalais ont pourtant contesté le fondement constitutionnel ? Bref, ce n’est pas le sort du Niger qui est au centre des préoccupations, mais le souci de trouver les moyens les plus adéquats pour conserver le pouvoir et le gérer à sa guise afin que tous ces scandales à milliards ne soient, en définitive, que des couleuvres pour les Nigériens. N’est-ce pas cette nécessité de préserver l’essentiel qui a amené Massoudou Hassoumi à défendre, malgré tout, la nomination d’un officier supérieur des FAN à la tête de la Douane nigérienne ?
Mes chers compatriotes, vous aurez remarqué que Hassoumi Massoudou a non seulement, soigneusement, évité de dire les raisons pour lesquelles Issaka Assoumane a été viré – à peine s’est-il contenté de dire que ça n’a rien à voir avec le scandale des 490 containers disparus et je le crois puisque cela est parfaitement conforme aux mœurs du régime – mais il semble également trouver juste qu’un fonctionnaire limogé (soit pour faute grave, soit pour insuffisance de résultats) soit immédiatement nommé conseiller avec rang de ministre. Alors, qui a proposé à Mahamadou Issoufou le limogeage d’Issaka Assoumane ? N’est-ce pas lui, son supérieur hiérarchique ? Issaka Assoumane, lui, n’est pas dupe. Il sait d’où est venu le coup de poing et que sa nomination comme conseiller avec rang de ministre ne vise pas simplement à le réconforter. C’est une réponse du berger à la bergère. « Vous ne voulez plus de lui à la Douane, eh bien, je le nomme à mes côtés », semble avoir dit Mahamadou Issoufou. Le Niger ? Il est toujours absent des considérations mises en avant. De toute façon, c’est du cinéma et personne, dans le système, n’en voudra à l’autre de jouer son rôle à la perfection. Massoudou Hassoumi est-il désavoué par le camarade Mahamadou Issoufou qui nomme l’homme dont il a revendiqué la tête à un échelon supérieur ? Ce n’est pas grave tant que cela peut aider à préserver le système et ses intérêts troubles. Les propos dénués de considération et de respect de Massoudou Hassoumi vis-à-vis des agents des Douanes sont une belle envolée lyrique destinée à masquer, encore une fois, les drames intérieurs qui déchirent le régime. Ils ne traduisent nullement la réalité qui est tout autre. La réalité, c’est que le régime que sert Massoudou Hassoumi avec un zèle maladif est à la base des contreperformances de la Douane nigérienne. N’est-ce pas eux qui ont continuellement démotivé les agents des Douanes en travaillant pour eux-mêmes ? N’est-ce pas lui, Massoudou Hassoumi, qui a conduit et conclut les minutes de Paris avec Areva, en lieu et place de Ladan Tchiana, alors ministre des Mines à l’époque, pourtant présent dans la capitale française mais envoyé se promener sur les Champs Elysées ? C’était le premier grand acte de compromission qui a abouti à la remise en cause de la loi minière de 2006 qui contraignait Areva et toutes les autres sociétés étrangères à payer la Tva et autres taxes. N’est-ce pas eux qui ont, au mépris des règles d’éthique, mais surtout de déontologie auxquelles ils sont pourtant obligés, intervenu pour contraindre les douaniers à restituer des milliards en devises saisis sur des trafiquants à l’aéroport Diori Hamani de Niamey ? N’est-ce pas eux qui ont annulé des milliards que devaient les sociétés de téléphonie cellulaire à l’État, objets de redressements fiscaux de la part de la Direction générale des impôts ? N’est-ce pas eux qui ont prétendu avoir investi plus de 35 milliards dans l’achat d’un vieil avion de 16 ans, dont sept milliards pour le hangar devant lui servir d’abri ? N’est-ce pas lui en personne, Massoudou Hassoumi qui a conduit ces transactions frauduleuses menées aux îles Caïman, dans un paradis fiscal où l’argent n’a ni odeur ni couleur ? N’est-ce pas eux qui ont récemment introduit 500 millions de fonds politiques pour l’entretien de Seïni Oumarou alors que des enseignants accumulent plusieurs mois d’impayés ? N’est-ce pas eux qui sont incapables de dire publiquement où vont les recettes du pétrole nigérien ? N’est-ce pas qui portent plusieurs casquettes institutionnelles, émargeant deux fois, voire trois fois sur le budget de l’État en qualité de conseiller à la Présidence de la République ou à l’Assemblée nationale et membres d’autres institutions telle que l’Artp [Ndlr : Agence de régulation des télécommunications et de la poste] ou d’autres institutions nationales ? N’est-ce pas qui grèvent le budget de l’État avec plus de 60 d’entre eux qui émargent au Trésor public en qualité de ministres ? N’est-ce pas eux qui, contre l’avis motivé de toutes les couches socioprofessionnelles et des conseils pertinents de prudence financière, ont décidé de porter le nombre de sièges à l’Assemblée nationale à 171 au lieu de 113 ? N’est-ce pas eux qui ont construit, en moins de cinq ans de gestion des affaires de l’État, un siège à trois niveaux pour le Pnds Tareyya  – une première au Niger –  alors que l’État est en banqueroute financière ? N’est-ce pas qui, le pétrole se vendant bien, sont devenus subitement si riches au point d’offrir, dans des stations de ministres, des 4X4 aux structures régionales de leur parti politique ? N’est-ce pas eux qui, enfin, refusent obstinément de consentir le moindre sacrifice pour permettre à l’État de souffler ? Qui, des douaniers et des dirigeants de l’État, travaillent alors, véritablement, pour eux-mêmes ?
Mes chers compatriotes, il faut, donc, que vous compreniez une chose : l’État, chez les hommes qui nous dirigent, n’existe que lorsqu’il garantit les intérêts des clans politiques. Dans ce cas, on s’entend sur l’essentiel, en différant sans cesse la résolution des contradictions internes. L’interpellation des artistes, avec Ada Maïkano et Idi Sarki et ses potes dénote de cette détermination à préserver le parti-État Pnds de toutes menaces extérieures. Les explications tortueuses d’Assoumana Malam Issa sur la question n’ont fait que confirmer ce qui se raconte : ils ont été interpellés parce que leurs œuvres seraient porteuses de germes politiques. En faisant le lien entre l’interpellation de ces artistes et les propos inauguraux de sa première rencontre en tant que ministre avec lesdits artistes, Assoumana Malam Issa confirme implicitement que le pouvoir qu’il sert reproche à Ada Maïkano et les autres d’avoir glissé sur le terrain politique en chantant la dure réalité du moment. Ah, que c’est dur parfois de faire partie d’un groupe ! Ce garçon si intelligent, qui sait parfaitement qu’ils ont fait énormément de torts au Niger et qui ne manque pas de le confesser en privé, qui se retrouve contraint de défendre l’indéfendable ! Le Pnds Tareyya, c’est certain, est un parti politique qui a son avenir derrière lui. Il symbolise trop d’échecs, trop de scandales, trop de maux et de malheurs pour que  les Nigériens l’accréditent, demain, d’un quelconque crédit. Il est appelé à sombrer simplement. C’est une vérité amère comme dirait l’autre.
Mes chers compatriotes, j’ai lu, sur les pages d’un journal de la Place, ces mots pleins de chaleur : « Enfin, les Nigériens se réveillent peut-être ! ». En voyant, hier, les images de la marche suivie de meeting des enseignants qui sont décidés à se battre contre cette gouvernance où les délinquants sont protégés et promus à de hautes fonctions tandis que ceux qui travaillent ne sont pas payés, j’ai compris que nous sommes à un tournant décisif de cette histoire douloureuse que Mahamadou Issoufou incarne. Le Niger se réveille, c’est certain, et les volontés étouffées se rebiffent, complètement écœurées de constater que le souci des gouvernants actuels n’est pas le Niger, mais leur sort personnel. En exigeant des douaniers ce qu’ils sont incapables de s’appliquer en premier, histoire de montrer la voie, Massoudou Hassoumi et ses camarades expriment ainsi le type de relations qu’ils entretiennent avec le reste du Niger : ils sont les cerfs et les autres, des serviteurs qui ont pour obligation de travailler dur pour leur garantir une vie douillette, à l’abri de tout besoin. Il faut que la Douane et la DGI travaillent à mobiliser les ressources financières qui leur permettront de mettre à l’aise Seïni Oumarou et ses amis ; il faut que la Douane et la DGI travaillent pour leur permettre de payer régulièrement tous ces conseillers avec rang de ministre ; il faut que la Douane et la DGI travaillent dur pour leur fournir les moyens de voyager comme ils veulent, quand ils veulent et vers n’importe quelle destination qu’ils souhaitent. Aux frais de la princesse  et tant pis pour les autres !
Mes chers compatriotes, Tayi Tawri et ce n’est pas demain, la veille, que les choses se décanteront. À moins, bien sûr… que tout ce qui a été subtilisé des caisses de l’État soit restitué à l’État. Et ça, il est hors de question, n’est-ce pas Hassoumi Massoudou ?
Mallami Boucar

08 décembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Idées et opinions