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vendredi, 16 décembre 2016 00:27

Lettre à mes compatriotes : Tayi Tawri et Mahamadou Issoufou est sans aucun doute le premier à le savoir, à le vivre et à en redouter les conséquences

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Lettre ouverte Mallami BoucarLe vendredi 9 décembre dernier, le Conseil des 43 ministres issus du hold-up électoral du 20 mars 2016 s’est tenu autour de Mahamadou Issoufou et a accouché, entre autres mesures, d’un communiqué libellé ainsi qu’il suit : « Une erreur malencontreuse s’est glissée dans le communiqué du Conseil des ministres du jeudi 1er décembre 2016, au niveau de la communication du ministre de l’Action humanitaire et de la gestion des catastrophes relative à l’activation du mécanisme de réponse immédiate (MRI) par le gouvernement. Une erreur !

Quelle erreur ? La voici : dans son fameux communiqué, le gouvernement issu du hold-up électoral du 20 mars 2016 a souligné que « le gouvernement a décidé de déclencher le MRI pour 2017 en vue de venir en aide à 54 000 000 de sinistrés, dont les familles sont en détresse et que, « D’ores et déjà, la Banque mondiale a marqué son accord, à travers l’IDA, pour doubler le portefeuille du Niger afin de lui permettre de faire face aux défis liés à la gestion d’urgence immédiate des crises ». Rien à dire sur les 54 millions. Ça ne peut être qu’une erreur matérielle, toute la population du Niger n’atteignant pas encore la moitié du chiffre déclaré. Simple question de bon sens ! Par contre, le gouvernement ne peut se tromper dans la rédaction d’un communiqué officiel impliquant un partenaire de poids telle que la Banque mondiale. En précisant que celle-ci a d’ores et déjà marqué son accord pour doubler le portefeuille du Niger en vue de lui permettre de faire face aux défis liés à la gestion d’urgence immédiate alors que c’est totalement faux, le gouvernement a plutôt manqué d’élégance et de civilité en diffusant un contenu inexact par rapport à des engagements qu’aurait pris la Banque mondiale. Il ne peut s’agir d’une simple erreur et la Banque mondiale l’a compris et a dû exiger une rectification. Ce qui a contraint le gouvernement, sans honte, a faire ledit rectificatif en restituant, cette fois-ci, le texte sans aucune référence à la Banque mondiale qui n’a, évidemment, pas pris le moindre engagement par rapport à cette question. Voici le texte qui est fidèle à la réalité : « A cet effet, le gouvernement a instruit les différentes structures en charge de la mise en œuvre du MRI, de prendre toutes les dispositions nécessaires afin d’assurer dans les meilleurs délais le démarrage des activités prévues ». Des dispositions qui, vous le savez, n’existent pas, Mahamadou Issoufou étant plutôt préoccupé à racler partout où il peut ce qui lui permet de payer les salaires, pécules et bourses qu’il peine à honorer.

Mes chers compatriotes, comment un gouvernement peut-il prétendre qu’il s’est trompé en précisant, dans un communiqué officiel, qu’un partenaire extérieur, en l’occurrence la Banque mondiale, a pris des engagements formels alors qu’il n’en est rien ? Le rectificatif à son premier communiqué est un désaveu, celui de la Banque mondiale qu’il a été obligé d’endosser et de publier. Cet acte, qui est passé inaperçu pour la plupart de nos compatriotes, traduit le désarroi de Mahamadou Issoufou et de ses hommes, confrontés à d’innombrables problèmes financiers auxquels ils désespèrent de trouver des solutions. Les ultimes tentatives qu’ils ont faites à l’extérieur, auprès de traditionnels partenaires financiers pas trop regardants sur les conséquences pour le peuple nigérien, ont échoué depuis belle lurette. N’est-ce pas qu’ils ont envisagé la fin d’octobre passé pour apurer le portefeuille des arriérés ? Massoudou Hassoumi n’a-t-il pas prétendu, comme d’habitude, qu’il s’agit d’une crise conjoncturelle et qu’elle sera résorbée rapidement ? En vérité, ils avaient compté sur un filon extérieur, mais comme le pétard est mouillé, ils se sont finalement résolus à chercher l’argent à l’intérieur du pays. Comment ? À travers un enchevêtrement d’actes incohérents et inconvenants, exposant encore plus clairement le tâtonnement qui sert de feuille de route à Mahamadou Issoufou. Tayi Tawri et Mahamadou Issoufou est sans aucun doute le premier à le savoir, à le vivre et à en redouter les conséquences. C’est là source de désespoir pour lui et ses camarades. Il le sait d’autant plus que la lutte contre la corruption et les infractions assimilées qu’il prétend mener n’est que de la poudre aux yeux. Mahamadou Issoufou est le principal obstacle à cette lutte, faisant ainsi prospérer la corruption et les infractions assimilées, les trafics en tous genres au point où le gouvernement est soupçonné, au plan extérieur, de commercer avec des milieux mafieux

Mes chers compatriotes, je disais tantôt que la lutte contre la corruption et les infractions assimilées n’est que de la poudre aux yeux et Mahamadou Issoufou en est l’obstacle premier. Je ne vous l’apprends pas d’ailleurs. Il y a tant d’exemples ! N’est-ce pas pour soustraire Issaka Assoumane à une procédure judiciaire légale et empêcher la manifestation de la vérité qu’il a nommé l’intéressé à ses côtés en qualité de conseiller avec rang de ministre ? Car, par delà le mépris pour le peuple nigérien, la justice et l’Etat de droit, l’acte de Mahamadou Issoufou est également une obstruction à une procédure judiciaire dont les premiers indices ne sentent pas bon pour son protégé. Si Issaka Assoumane ne se reproche rien, il doit impérativement se mettre à la disposition de la justice et prouver qu’il n’est point lié à cette sale affaire de vente clandestine de biens appartenant, selon la loi, à l’Etat et qu’il n’a nullement bénéficié du moindre kopek dans les produits de ce gangstérisme. Jusqu’à preuve du contraire, il est soupçonné et ses opinions, relayées dans la presse, ne sont que des prétentions sans fond. Des douaniers, dont deux responsables, en l’occurrence le directeur régional des Douanes de Zinder ainsi que son collègue du bureau de Soraz, ont été interpellés à la Police judiciaire, enquiquinés alors que celui sur lequel les plus gros soupçons de complicité pèsent et dont on a bloqué les comptes bancaires, est hors de portée de la Police judiciaire et de la Justice par le fait d’opposition de l’homme qui est chargé d’assurer la prééminence de la loi et le libre fonctionnement de la justice. Issaka Assoumane, pour qu’il accepte cette couverture qui viole la loi, doit se savoir fautif. Autrement, il serait systématiquement mû par le souci d’être blanchi à l’issue d’une procédure judiciaire. Pourquoi, si de lourds soupçons ne pèseraient pas sur lui, aurait-on décidé de bloquer ses comptes bancaires ? Les rapports des enquêtes diligentées par la Halcia l’épinglent clairement et il ne peut s’agir de simples fantaisies d’hommes voulant régler le compte à Issaka Assoumane. Non seulement les enquêtes le désignent comme étant celui qui a servi de sauf-conduit à son gendre qui aurait réalisé l’affaire de sa vie en revendant à 15 millions l’unité des groupes électrogènes qu’on lui aurait cédés à 200 000 FCFA, mais on lui reprocherait aussi d’avoir pleinement bénéficié des produits de la vente des matériels dilapidés. A quelle hauteur ? Seule l’instruction judiciaire permettra de le savoir. Ce qui est certain, il prétendrait n’avoir jamais touché le moindre franc de cet argent et que les signatures apposées en face de son nom et de celui de son adjoint ne sont pas les leurs. Qui aurait signé en face de leurs noms ? De toute façon, selon des informations dignes de foi, en ce qui concerne le Dg ou le Dg adjoint, le pourcentage du produit objet de confiscation qui leur revient par la force de la loi leur est attribué par transfert ou virement bancaire. En outre, l’arrêté N°215/MF/P/PGD du 29 août 1994, fixant les modalités de répartition du produit des amendes et confiscations douanières est formel en son article 4 : « Aucune répartition ne peut intervenir sans l’autorisation du directeur général des douanes ». Issaka Assoumane, qui a dû, donc, autoriser l’opération frauduleuse, ne pouvait nier être au courant de ce qui se passait, à fortiori ignorer qu’un bus neuf a été cédé à 200 000 FCFA et que son gendre personnel a acquis de ces biens de l’Etat bazardés. Il ne pouvait non plus prétendre qu’il n’a jamais réclamé la part qui lui revient de droit, c'est-à-dire 1,3% du produit net de la vente (arrêté n° 0029/MFRE/P/DGD du 20 janvier 1998) et qu’l ne s’est jamais préoccupé de savoir quels sont ces collègues indélicats qui auraient signé pour s’approprier sa part et celle de son adjoint (1,1%). Sur toutes ces questions et bien d’autres qu’impose la manifestation de la vérité, y compris à travers une confrontation des acteurs de cette affaire, Issaka Assoumane n’est pas encore appelé à venir à la Police judiciaire y répondre. Veut-on faire dans le deux poids, deux mesures auquel l’on nous a habitués depuis presque six ans, aujourd’hui ? Le directeur régional des douanes et le responsable du bureau de Soraz seront-ils les deux boucs émissaires que l’on a choisi de sacrifier sur cette fausse lutte contre la corruption et les infractions assimilées ?

Mes chers compatriotes, ce scandale de la Soraz n’est, de toute façon, pas un cas isolé. Et je puis faire le pari que des gens comme Issaka Assoumane ne seront pas inquiétés tant que le Niger est dirigé par Mahamadou Issoufou. Ceux qui rêvent de le voir subitement décidé à mener une guerre fratricide à la corruption qui a ruiné le Niger sous son magistère doivent se convaincre que ce n’est pas, demain, la veille, d’un tel sursaut. Peut-il permettre qu’une inspection judiciaire soit mise en place pour vérifier si, oui ou non, Gandou Zakara n’a pas tannulé les redressements fiscaux qui ont frappé, en toute légalité, les sociétés de téléphonie cellulaire, que pour les intérêts du Niger ? Peut-il permettre qu’une enquête judiciaire soit diligentée pour examiner comment et par quels moyens Mariama El Hadj Ibrahim est-elle devenue un des copropriétaires du complexe scolaire Bédir que les spécialistes créditent d’une valeur de plusieurs milliards de nos francs ? Peut-il accepter, sans interférence, que Brigi Rafini, son Premier ministre, fortement soupçonné d’avoir mis en péril les intérêts financiers du Niger devant Africard, soit mis en examen et éventuellement poursuivi ? Peut-il laisser faire la justice pour que la Caima [Ndlr : Centrale d’achat d’intrants et de matériels agricoles], aujourd’hui ruinée et en faillite, fasse l’objet d’enquête judiciaire afin que la lumière soit faite sur ces milliards de marchés octroyés de gré à gré sous Abdou Sidi, devenu aujourd’hui député ? Est-il capable de faire en sorte que la justice, qui vient d’exprimer sa volonté de faire rentrer l’Etat dans ses droits, puisse enquêter sur le fameux dossier de l’achat de l’avion présidentiel et de laisser les juges entendre Massoudou Hassoumi qui a été l’alpha et l’oméga de cette scabreuse affaire. Ah, quand je l’ai entendu parler des douaniers comme de vulgaires voleurs, j’ai eu mal pour le Niger. Mahamadou Issoufou serait-il en mesure de transmettre le rapport d’inspection diligentée au ministère de la Défense nationale et qui parlerait, selon certaines indiscrétions, de plus de 50 milliards dissipés sous Karidio Mamadou, aujourd’hui chargé de juger les voleurs de l’Etat, à la tête de la Haute Cour de justice ? Serait-il disposé pour ne pas interférer dans l’instruction judiciaire relative aux fraudes constatées lors du concours d’entrée à la Fonction publique au titre du ministère de la Santé, affaire dans laquelle le nom de son épouse (Malika) ainsi que ceux de grands ténors de son régime, à savoir le chef d’Etat-major général, la présidente de la Cour constitutionnelle, ont été cités par les mis en cause ? Peut-il, enfin, permettre que ce député, un certain Sidi Lamine, soupçonné au plan international d’être impliqué dans un trafic de drogue dure (cocaïne) ainsi que dans l’enlèvement de Jeff Woodke, un ressortissant américain vivant au Niger depuis deux décennies, soit débarrassé de son immunité de parlementaire et entendu par la justice ?

Mes chers compatriotes, si j’ai tenu à égrener le chapelet, que je n’ai entamé, dans le meilleur des cas possibles, que dans son dixième, c’est pour vous dire que vous ne devez vous faire la moindre illusion. L’usage du faux, la corruption, les détournements de deniers publics, les trafics en tous genres, le deux poids, deux mesures, constituent la marque de fabrique du magistère de Mahamadou Issoufou. Tout est clair, démontrable à volonté et personne ne sera offusquée de savoir que le régime est resté fidèle à ses mœurs en faisant en sorte que ceux qui ont fait allégeance à Mahamadou Issoukou ne soient jamais inquiétés. Au contraire, ce qui surprendrait, ce serait de voir tous ces gens livrés à la justice pour qu’ils s’expliquent, et éventuellement, lavés de tout soupçon. Pour moi, il n’y a aucun espoir, soit-il mince comme le fil du rasoir, de voir Mahamadou Issoufou accéder à une attente du peuple nigérien. Il en est si éloigné qu’il a oublié que dans l’affaire du président du conseil de ville de Niamey, il a déjà sévi par décret contre Oumarou Moumouni Dogari contre lequel, pourtant, il n’avait aucun argument de poids, et que fermer les yeux sur les délits reprochés à Assane Saïdou, c’est confirmer qu’il représente le principal obstacle à la lutte contre les crimes économiques qui ont ruiné le Niger. Notre pays, je l’ai déjà dit, a besoin de catharsis pour soigner ses plaies béantes et malodorantes.

Mallami Boucar

16 décembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourdhui

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