mercredi, 21 décembre 2016 05:46

Amères vérités

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Amere verites Canard FurieMahamadou Issoufou est sans aucun doute un cas d’école. Pour se maintenir au pouvoir, il a orchestré un coup d’Etat électoral, avec une CENI assujettie et corvéable à merci, mais ne trouve aucune gêne à parler de déficit démocratique en ce qui concerne d’autres pays. Yahya Jammeh ? Il était des chefs d’Etat réunis à Abuja, le samedi dernier, pour décider de ce qu’il y a lieu de faire face à cette usurpation de pouvoir en Gambie. Ah, que l’Afrique peut être drôle ! Mahamadou Issoufou a des prisonniers politiques, civils et militaires, mais il n’a aucun scrupule à parler de libertés et de justice.

Il a étouffé les libertés publiques chez lui mais exulte pratiquement en parlant d’Etat de droit. Il a détruit l’économie nationale, mais parle à volonté de succès économiques qu’il est peut-être le seul à voir. Il parle de lutte contre la corruption et les infractions assimilées, mais il est avéré et admis aujourd’hui par tout le monde qu’il en est le principal frein. Il parle de trafics, notamment de drogue mais il a honoré un certain Chérif Abidine dit cocaïne et garde toujours dans ses rangs un Sidi Lamine, cité dans une affaire de trafic de drogue dure (cocaïne) ainsi que dans l’enlèvement de l’américain Jeff Woodke, mais jamais inquiété. Il parle de pratiques qui freinent la mobilisation des ressources internes alors qu’elles sont plus ancrées autour de lui qu’ailleurs. En un mot, Il parle de développement alors que le Niger s’écroule. Pour beaucoup de Nigériens, Mahamadou Issoufou, à n’en point douter, ne sait manifestement pas de quoi il parle. Autrement, il a beau être passionné au point d’être aveugle devant ses échecs multiformes et tragiques pour le peuple nigérien, il ne peut confondre la nuit et le jour, le blanc et le noir.

Pour d’autres compatriotes, et ils sont plus nombreux, Mahamadou Issoufou est le réalisateur, le dialoguiste et le metteur en scène de ce mauvais cinéma, copie dramatique du film « De Hollywood  à Tamanrasset » où les acteurs, véritables têtes brûlées, se prennent pour de grands acteurs hollywoodiens. Mais, si dans le premier cas, Mahmoud Zemmouri, le réalisateur, donne à rire, Mahamadou Issoufou, lui, fait pleurer. Il fait pleurer, espérant ainsi ériger les fondements d’un règne sans fin tel qu’on le voit ailleurs en Afrique. La tentative de modification de l’article 52 de la Constitution n’est qu’un ballon d’essai et les parlementaires impliqués, qui savent devoir leurs sièges à une fabrication négociée de scores électoraux qu’ils n’auraient pu avoir dans le respect des règles du jeu démocratique, attendent, embusqués, qu’on leur fasse à nouveau signe. Tout ce qui a été perpétré contre le Niger lui est totalement imputable. Le drame du Niger est là, incommensurable ! Sous la coupe d’un homme qui a fait le serment coranique de respecter et de faire respecter la Constitution, notre pays est en train de sombrer dans un chaos absolu. Un pays aujourd’hui ruiné, où tout est à refaire, car Mahamadou Issoufou a anéanti les efforts que d’autres ont sué à faire ; le travail titanesque que d’autres ont réalisé ; les sacrifices que les travailleurs nigériens ont accepté et enduré, au nom du Niger. Il a démantelé la fragile économie du Niger, au grand bonheur de ses affidés qui se sont rempli les coffres-forts et les comptes bancaires en spoliant l’Etat de plusieurs centaines de milliards de nos francs.

Le drame du Niger est là, dans le choix délibéré et souverain de Mahamadou Issoufou à faire le bonheur de son clan politique sur le dos du Niger, dont le "dos aux zébrures rouges", se courbe inexorablement sous les crimes financiers et économiques, toujours plus monstrueux. Des affaires dans lesquelles, de Gandou Zakara à Brigi Rafini, en passant par Daouda Mamadou Marthe ainsi que tous les petits picsous qui ont mis en faillite le Trésor public, chacun a joué sa carte pour se tirer d’affaire et ne pas être le dindon de la farce. C’est l’exemple qui vient d’en haut, n’est-ce pas ? Mahamadou Issoufou ne fait-il pas comme bon lui semble ? N’a-t-il pas violé la Constitution, contracté des prêts sans l’aval de l’Assemblée, autorisé l’implantation de forces armées étrangères sur le sol nigérien sans en référer au parlement ; acheté un avion présidentiel dans un paradis fiscal, manifestement à crédit alors qu’il a prévu par ailleurs quelques 28 milliards dans deux lois de finance successives (2013 et 2014) et pris, scandale, un cadeau d’Areva de 35 millions d’euros dont la moitié devait servir pour le même motif. Et comme si cela ne suffisait pas, n’a-t-il pas carrément poussé le bouchon plus loin, trop loin, en prenant sous son aisselle, tous ceux qui ont fait du tort au Niger ?

Notre pays, entre ses mains, est un vulgaire instrument qui sert à enrichir des individus et des familles au détriment de la grande masse qui croule sous le poids de difficultés extrêmes. Des difficultés qui sont résumées dans ce vocable qui dit tout : TAYI TAWRI ! Tout se fait comme si Mahamadou Issoufou a plutôt juré de travailler au grand bonheur des siens qui trafiquent, détournent et usurpent. Sans aucune conséquence judiciaire ! Et le procureur de la République, qui a proclamé sa volonté de poursuivre tous ceux qui ont pris les biens et les deniers publics, va rapidement comprendre qu’il est allé vite en besogne et que les affaires auxquelles il fait allusion ne connaîtront aucune suite judiciaire sous Mahamadou Issoufou. Chaïbou Samna, pourrait-on dire, est entré dans le mur, car n’ayant pas pris les précautions nécessaires pour faire un discours mesuré, avec des propos pesés qui ne l’exposeront pas à la critique populaire. Et Mahamadou Issoufou ne lui a même pas donné le temps de respirer après sa sortie médiatique pour couronner des gens qui sont dans le viseur de la Justice, à commencer par Kalla Hankouraou, qui a été décoré, non pas à Maradi, l’année dernière, mais à Agadez, cette année. N’est-ce pas un désaveu aux propos de Chaïbou Samna qui va sans doute être obligé de se rabattre sur du menu fretin ?

Le drame du Niger est là, dans cette triste inertie de ses filles et de ses fils auprès de qui il ne trouve pas le ressort patriotique nécessaire au sursaut qui s’impose. Et c’est pourquoi… Et c’est pourquoi, la déclaration du Front pour la restauration de la démocratie et la défense de la République (FRDDR) qui exigeait le départ immédiat de Mahamadou Issoufou dont elle a égrené, par la voix d’Amadou Djibo dit Max, les crimes et délits contre le Niger, représente une lueur d’espoir. L’espoir d’un sursaut patriotique des dignes filles et fils du Niger pour faire entendre à Mahamadou Issoufou la voix du Niger et de son peuple dont les intérêts vitaux sont compromis dans de graves affaires de concussion, de malversations et de délits divers. Des affaires telles que l’achat de l’avion présidentiel, Gandou Zakara avec les téléphonies cellulaires, africard avec Brigi Rafini, les marchés de la Caima, les trafics de devises, complexe scolaire Bédir, etc. À travers l’appel à la démission de Mahamadou Issoufou et la revendication de la lutte aujourd’hui portée par les syndicats et la société civile, l’opposition politique se réveille enfin, déterminée à prendre sa part de responsabilité dans le combat citoyen qui est en cours. Mahamadou Issoufou, qui sait que son pouvoir ne repose sur aucune légitimité populaire, va sans doute user, comme à ses habitudes, de matraques, de gaz lacrymogènes et d’autres moyens de coercition propres à son régime pour essayer d’étouffer le mouvement. Le 21 décembre sera, donc, un jour de vérité. Entre ceux qui sont promptes à user de violence pour intimider le peuple et ceux qui sont déterminés à arracher leur liberté de manifestation, telle que consacrée par la loi fondamentale du Niger. Ce qui est certain, c’est que le Niger va mal, très mal et a besoin de tous ceux qui ont mal pour leur pays.

BONKANO.

21 décembre 2016
Source : Le Canard en Furie

Dernière modification le mercredi, 21 décembre 2016 06:01

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