lundi, 02 janvier 2017 11:00

Lettre à mes compatriotes : Je souhaite, en 2017, que tous ceux qui ont pris l’argent et les biens de l’État soient arrêtés et traduits devant la Justice et qu’ils paient au prix fort leurs forfaitures.

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Prison Niamey Argent EtatDans quelques jours, 2016 fera ses adieux. Une année noire ! Une année noire comme notre pays n’en a jamais connue dans son histoire, avec son cortège de malheurs et de misères individuels et collectifs. Une année noire au cours de laquelle Un Cfeb [Ndlr : Commission du fichier électoral biométrique] répondant aux ordres de Hassoumi Massoudou, avec à sa tête un certain Mallam Oumarou, un militant notoire du Pnds Tareyya, secondé par Sabiou Gaya, a confectionné le fichier électoral le plus grossier que le Niger ait connu.

L’audit interne du fichier a détecté 161 000 électeurs fictifs tandis que la mission d’audit de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) y a décelé 323 bureaux de vote fictifs, 39 228 mineurs et 50 697 inscriptions multiples, soit 25 484 doublons. Pire, malgré ces corrections, les cartes d’électeurs se sont révélées inutilisables, des erreurs monumentales y figurant au point où il était difficile d’établir la correspondance entre les données figurant sur la carte et celles de la pièce d’identité. Entre temps, il a bien fallu à Mallam Oumarou et Sabiou Gaya pour avancer et remplir leur "mission", piétiner les lois électorales et/ou passer outre celles qui paraissaient draconiennes. Malgré ce gâchis, ils ont englouti plus de 20 milliards dans ce travail délibérément bâclé en vue d’organiser le coup d’Etat électoral en préparation de Mahamadou Issoufou.

Au cours de cette année noire, les Nigériens ont connu une certaine Ceni, sans aucun doute la plus médiocre de l’histoire électorale du Niger et incontestablement la plus déterminée aussi à remplir sa "mission", allant jusqu’à adopter un arrêté liberticide, contraire à la loi, pour favoriser les fraudes électorales et réussir le coup d’Etat électoral de Mahamadou Issoufou. Dirigée par Boubé Ibrahim, un magistrat pourtant, et Maître Kadri Oumarou Sanda, un avocat, la Ceni a été plus un instrument à la solde du pouvoir en place qu’une institution constitutionnelle chargée d’organiser des élections libres et transparentes. Elle a, de ce fait, laisser libre cours au Cfeb de faire ce qu’elle veut, fermant ainsi les yeux sur les libertés que Mallam Oumarou et Sabiou Gaya s’étaient autorisées par rapport aux lois électorales, notamment dans le recensement des électeurs, le cafouillage délibéré dans la saisie des listes d’électeurs ainsi que dans l’affichage des listes électorales. Un véritable laisser-aller volontaire, organisé et sans doute motivé. Rien n’a pu les arrêter. Pas même la loi, Boubé Ibrahim et Maître Kadri Oumarou Sanda ayant poussé le bouchon jusqu’à autoriser le vote par témoignage, une grave atteinte à la loi. Pour Mahamadou Issoufou, Hassoumi Massoudou et les autres, c’est le OUF ! Ils peuvent désormais respirer. Car, si l’OIF leur a enlevé les 323 bureaux de vote fictifs, dont plus de 200 à Tahoua, Boubé et Kadri leur ont donné une ultime carte en main : le bourrage des urnes à travers le vote par témoignage qu’ils ont défendu becs et ongles et qu’ils ont fini par imposer par l’intermédiaire du Conseil d’Etat, institution non qualifiée pour apprécier la question, et par la Ceni, l’opérateur qui a admis la validité dudit vote par témoignage.

2016, une année noire au cours de laquelle, des élections législatives frauduleuses ont été organisées ; élections législatives à l’issue desquelles, scandale politique, de misérables petites formations politiques qui n’ont pas encore tenu de congrès constitutif ont obtenu, paraît-il, jusqu’à deux sièges. Le Pnds Tareyya, avec des scores fleuves qu’aucune réalité de terrain ne peut attester, s’en est sorti avec 75 sièges, soit près de la moitié du parlement qui en compte 171. Couplées au premier tour de l’élection présidentielle, les législatives se sont ainsi déroulées, sur fond de fabrication de scores électoraux qui n’ont rien à voir avec la réalité. Dans ce hold-up électoral où il s’agit de faire le plein de sièges, les alliés fidèles n’ont pas été oubliés. Il fallait leur faire un peu de place, histoire de les récompenser pour les éminents services rendus dans la violation des lois, les complots et dans le meilleur des cas possibles, le silence coupable.

2016, une année noire où Mahamadou Issoufou, qui a passé trois ans à vilipender Ibrahim Maïnassara Baré, à dire à qui veut l’entendre qu’il ne mérite aucun respect parce qu’auteur d’un hold-up électoral, a fait pire. Bien qu’il ait emprisonné son challenger pour l’empêcher de battre campagne et à coup sûr, de remporter l’élection, Mahamadou Issoufou a essuyé la plus grande "humiliation" électorale de l’histoire du Niger indépendant. Constatant que les Nigériens ont effectivement boycotté les bureaux de vote qui sont restés désespérément vides durant la première moitié de la journée du 20 mars, Mahamadou Issoufou a alors choisi la voie du hold-up électoral, gagnant, paraît-il, avec 92,49% que la Cour constitutionnelle, fidèle à sa mission de dire le droit, a bonifié, portant son score à 92,51% % tandis que celui de Hama Amadou, de toute façon fabriqué par les soins de ceux qui, pour certains, siègent actuellement à l’Assemblée nationale, est revu à la baisse. L’absence d’élégance de Mahamadou Issoufou et le déficit démocratique notoire qu’il a étalé à la face du monde se passent de tout commentaire. Son hold-up a été possible grâce à des complicités étendues, dont la plus criarde est certainement celle de la Ceni.

2016, une année noire au cours de laquelle, dans la logique d’un faux coup d’État militaire qui aurait été déjoué sans que la moindre preuve ait été apportée, Mahamadou Issoufou fait procéder à l’arrestation de quelques adversaires politiques et officiers de l’armée. Des prisonniers politiques qui sont toujours dans les liens de la détention tandis que de présumés dealers, trafiquants de drogues dures, sont en liberté, pratiquement protégés au sommet de l’État.

2016, une année noire au cours de laquelle des hommes politiques sur lesquels les Nigériens comptaient ont accepté de prendre de l’argent et/ou des strapontins dans les institutions de l’État pour donner carte blanche à Mahamadou Issoufou de faire ce que bon lui semble. Dans cette logique, Moussa Moumouni Djermakoye, d’un zèle inégalé, s’est carrément effacé devant l’homme qui rêvait de modeler le Niger à son image, en décidant de ne pas présenter de candidature à l’élection présidentielle au titre de l’Andp Zaman Lahiya. Une première depuis que ce parti a vu le jour et qui explique, entre autres, que le précieux héritage de feu Adamou Moumouni Djermakoye soit en train de couler.

2016, une année noire qui a vu plusieurs dizaines d’éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS) nigériennes tomber sous les balles criminelles de Boko Haram et autres terroristes du vaste Sahel. Une année noire également au cours de laquelle ceux qui se prétendent « Na illimi » ont posé des actes graves contre l’école nigérienne, allant jusqu’à se désengager de l’éducation dans des proportions inquiétantes en refilant aux communes le recrutement, la gestion de la carrière et même le paiement des contractuels de l’enseignement primaire.

2016, une année noire au cours de laquelle des milliers de commerces, à Niamey et à Zinder, ont été démantelés sur injonction gouvernementale, le gouverneur de Niamey montrant particulièrement un zèle outrancier à conduire lui-même les opérations, sur fond de menaces et d’intimidations. Un acte incompréhensible qui a davantage porté un coup rude à l’économie nigérienne déjà mal en point et qui a d’ailleurs montré ses limites ignobles, le processus ayant été entaché d’injustice criarde et de parti pris notoire.

2016, une année noire au cours de laquelle un député nigérien, un certain Sidi Lamine, a été cité dans une grave affaire de trafic de drogue dure (cocaïne) sans jamais que Mahamadou Issoufou demande son arrestation pour flagrant délit ou même demander à l’Assemblée nationale de lever son immunité parlementaire afin qu’il soit à portée de la justice. Par contre, des journalistes ont été envoyés en prison pour avoir dénoncé les commanditaires des fraudes au concours d’entrée à la Fonction publique au titre du ministère de la Santé.

2016, une année noire au cours de laquelle beaucoup de scandales à plusieurs dizaines de milliards ont été ébruités par la presse sans que le bureau du procureur de la République, si prompt à sévir lorsque l’acte le plus banal porte les stigmates de l’opposition politique ou assimilée à telle, s’autosaisit au nom des intérêts du Niger. Une année noire dont il est difficile d’égrener les malheurs et misères du peuple nigérien, tant chaque semaine, pratiquement, porte sa part lourds de désastres, de drames et/ou de souffrances. Autant dire les Nigériens ne regretteront pas 2016 qui fermera bientôt ses pages sombres et détestables.

Mes chers compatriotes, avec le secret espoir que 2017 soit l’année de l’euphorie, de la prospérité retrouvée, du bien-être, de la santé, de l’éducation et de l’hydraulique, mais aussi de l’unité et de la cohésion retrouvées des filles et des fils de ce pays, je voudrais vous souhaiter le meilleur au cours de cette nouvelle année qui s’annonce. Je souhaite ainsi que la miséricorde descende sur le Niger afin que la rupture d’égalité des Nigériens devant la loi ne soit plus qu’un douloureux souvenir et que cessent du coup les brimades et exactions, les arrestations arbitraires et sélectives.

Je souhaite, en 2017, que tous ceux qui ont pris l’argent et les biens de l’État soient arrêtés et traduits devant la Justice et qu’ils paient au prix fort leurs forfaitures ; que les trafiquants de drogues et de devises périssent avec eux ; que la corruption ne soit plus un moyen de gouvernance, mais véritablement un mal traqué de toutes parts ; que les enfants renouent avec les classes et que l’éducation soit replacée au centre de la politique de développement ; que l’indépendance énergétique du Niger ne soit plus un leurre comme aujourd’hui, mais un projet viable et faisable à travers le barrage de Kandadji ; que la santé des populations nigériennes ne soit plus un slogan creux, mais un combat de tous les jours ; que la jeunesse ne soit pas instrumentalisée avec des promesses-bidons du genre « 50 000 emplois par an », mais qu’elle soit le fer de lance du développement, protégée et soutenue ; que les fausses statistiques s’estompent pour laisser place au travail, seul gage de résultats tangibles ; que l’accès à l’eau potable des populations nigériennes soit un souci permanent au sommet de l’État ; qu’on ne parle plus du Niger comme un pays dont les autorités commercent avec des sociétés installées dans des paradis fiscaux et remettent sans cesse en cause des engagements pris. Qu’il y ait un gouvernement réduit qui corresponde aux difficultés actuelles et que l’Assemblée nationale retrouve des proportions acceptables, en termes de nombre de sièges, pour un pays aux ressources limitées comme le Niger, avec tout ce que cela représente comme priorités et urgences. Je souhaite que ce "Tawri" qui nous accable au point de nous étrangler, essentiellement du fait de la gouvernance scabreuse qui a cours, devienne "Tapchi" et que chacun de nos compatriotes puisse trouver les ressorts de son plein épanouissement. Bref, je souhaite que 2017 rime avec la liberté individuelle et collective pour tous les Nigériens et que la Constitution, loi fondamentale du pays qui est allégrement piétinée aujourd’hui, redevienne le creuset de la vie républicaine et démocratique au Niger.

Dieu est Miséricordieux. Prions-le, il saura effacer les larmes, si abondamment versées, au nom d’une politique sectaire, méprisable et destructrice du Niger.

Mallami Boucar

02 janvier 2017
Source : Le Monde d'Aujourdhui

Dernière modification le lundi, 02 janvier 2017 11:30

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