lundi, 02 janvier 2017 11:17

Il faut le dire…

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Le 21 décembre 2016, alors que le pouvoir issu du coup d’Etat électoral des 21 février et 20 mars 2016 a fait le pari que les Nigériens ne suivront pas le mot d’ordre de la société civile active, les citoyens nigériens sont massivement sortis pour dire NON à Mahamadou Issoufou et à sa façon de conduire le pays. Une mobilisation qui a fait trembler dans les rangs du pouvoir au point où, selon des informations qui circulent déjà dans certains milieux, des mesures administratives et policières seront prises pour empêcher le rendez-vous du 13 janvier prochain, date retenue par le mouvement Tayi Tawri pour manifester à nouveau.

La vérité est blessante, mais il est toujours bon de dire ce qu’il y a à dire. Le report sine die, en violation flagrante de la Constitution, des élections locales, ne pouvait tromper personne. Outre que le régime actuel a dilapidé les fonds publics au point de ne pas être capables de les organiser à date, il faut dire que Mahamadou Issoufou a eu peur d’un revers électoral jamais constaté au Niger. Il sait que les fraudes électorales sont autrement plus difficiles lorsqu’il s’agit d’élections locales, le circuit d’organisation, les acteurs en présence tout autant que la structure chargée de proclamer les résultats étant à proximité des électeurs. Il sait qu’une réédition du 21 février 2016 sera très difficile, voire impossible. Car, à moins de gazer les gens et de prendre les urnes pour aller dépouiller tranquillement sous des arbres, en dehors des localités, ce qui pourrait engendrer des violences insoupçonnables, les acteurs impliqués, qui connaissent bien leurs terroirs et savent parfaitement « qui est qui », ne se laisseront pas faire. Pierre va-t-il accepter que Paul le dépouille de ses voix alors qu’ils sont tous du terroir ? Les plus nombreux vont-ils accepter, dans la même localité, qu’on leur impose des élus fabriqués ? Or, l’impopularité de Mahamadou Issoufou et de son parti, le Pnds Tareyya, n’ont jamais connu un tel pic en cette fin d’année. Organiser les élections locales les mettrait donc, à nu.

La marche suivie de meeting programmée pour le 13 janvier prochain est perçue comme tel au sein du pouvoir où on craint un nombre encore plus élevé de citoyens dans les rues cette fois-ci. Aussi bien à Niamey qu’à l’intérieur du pays et dans la diaspora. Il n’y a bien sûr aucune inquiétude que la manifestation dégénère, mais souvenez-vous, lorsque l’hyène veut manger son petit, elle l’accuse de sentir la chèvre. Eh bien, le 13 janvier risque d’être une autre confrontation douloureuse, entre d’une part, des citoyens qui entendent jouir librement de leur droit de manifestation ; d’autre part, des gouvernants qui se sont rendus coupables de crimes économiques odieux et qui entendent protéger leurs biens acquis sur le dos de l’Etat …en abusant de la force publique pour empêcher l’exercice d’un droit consenti par la Constitution du 25 novembre 2010. Vouloir, coûte que coûte, étouffer les libertés publiques est certainement une mauvaise option qui ne saurait être une garantie solide. Les gaz lacrymogènes, les matraques et les arrestations arbitraires ne sauraient en définitive mettre à l’abri d’un peuple déterminé à s’affranchir d’une gouvernance qui les brime. Il faut savoir raison garder et comprendre que la démocratie, c’est de souffrir entendre l’autre camp, celui qui n’est pas d’accord avec la conduite des affaires de l’Etat. Et si vous avez peur qu’il ne fasse la preuve que vous êtes impopulaires et indignes de rester à la tête de l’Etat, alors démissionnez et faites place à un autre citoyen. N’abusez pas de la violence, soit-elle celle de l’Etat, car la violence génère la violence. Pas autre chose ! Laissez les Nigériens manifester, c’est un droit constitutionnel. Il faut le dire, interdire la manifestation citoyenne du 13 janvier 2017 serait certainement un acte de provocation inutile et peut-être plein de risques. Ça ne peut être perçu autrement d’autant que si nos informations se confirment, la majorité au pouvoir, sonnée par la manifestation du 21 décembre dernier, envisage d’organiser une contre-manifestation le 7 janvier prochain. Comme à l’accoutumée, ce sont de fortes sommes d’argent qui seront mises à la disposition des leaders pour charrier les militants et opportunistes de tout acabit sur les lieux de la manifestation. Des localités proches de Niamey telles que Tillabéry pour Seïni Oumarou, Kollo pour Ladan Tchiana et Dosso pour Moussa Moumouni Djermakoye, seraient ciblées pour alimenter la manifestation. Wait and see !

GAMBO

02 janvier 2017
Source : Le Monde d'Aujourdhui

Dernière modification le lundi, 02 janvier 2017 11:27

Idées et opinions