jeudi, 05 janvier 2017 23:12

Lettre à mes compatriotes : Les manifestations du 7 et du 8 janvier prochain seront un ÉCHEC, le peuple nigérien n’étant pas aussi dupe pour célébrer ceux qui sont à la base de ses malheurs.

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Lettre-ouverte-Mallami-Boucar.jpgIl semble que le 7 et le 8 janvier 2017, comme en hommage aux évènements de Charlie Hebdo, des compatriotes projetteraient d’organiser, sur toute l’étendue du territoire national, une marche suivie de meeting et qu’ils auraient choisi comme slogan de mobilisation « Mahamadou Issoufou n’est pas seul ». La trouvaille d’un « génie des Carpates » qui ne voit plus loin que le bout de son nez. Mahamadou Issoufou n’est pas seul… responsable des malheurs du Niger, c’est sûr et personne ne lui disputera cette vérité. Que ce soit à propos du désastre financier et économique ou sur le plan sécuritaire, social, judiciaire ou démocratique, l’homme a bien raison de plaider la culpabilité partagée. « Oui, je suis coupable, mais je ne suis pas seul », semble dire Mahamadou Issoufou et il a parfaitement raison dans la mesure où, pas plus tard qu’il y a cinq mois, Seïni Oumarou lui a fait allégeance, moyennant un strapontin de 500 millions de francs CFA contre son silence complice dans la prédation des ressources publiques.

Oui, Mahamadou Issoufou n’est pas seul puisqu’il est avec tous ceux qui, depuis six longues années, triturent les textes, violent la Constitution, organisent des fraudes et règnent sur le Niger selon leur bon vouloir et non selon les lois et règlements de la République.

Mahamadou Issoufou n’est pas seul car il est avec tous ceux qui, au mépris de l’honneur et de la dignité, de leur fonction et de leurs titre et grade, ont planifié, organisé et exécuté le plus grand hold-up électoral de l’histoire du Niger et sans doute de l’Afrique, maintenant son adversaire politique en prison pour aller seul au second tour et se faire déclarer gagnant avec 92,51% des voix, selon la Cour de Kadidiatou Ly.

Mahamadou Issoufou n’est pas seul car il est avec tous ceux qui, à Zinder, à Gaya et dans d’autres localités du Niger, ont été à la base de la mort de nombreux compatriotes, parfois tués par balles ou par gaz lacrymogène, lancés à bout portant sur des scolaires et étudiants protestant contre la mise à mort de l’école nigérienne.

Oui, Mahamadou Issoufou n’est pas seul puisqu’il est nécessairement avec tous ceux qui font dans le trafic de devises et de drogues et dont les activités, connues mais protégées, font prospérer au Niger une économie criminelle aux tentacules étendues dont les énormes profits sont ensuite blanchis dans des circuits tout autant connus.

Oui, Mahamadou Issoufou n’est pas seul dans la mesure où il est avec tous ceux qui, hommes politiques aux allures respectueuses mais en réalité sans vergogne, ont accepté pots de vin et strapontins pour fermer les yeux sur ses dérives dangereuses, devenant ainsi les complices de tous ces crimes politiques et financiers connus ou non encore connus.

Mahamadou Issoufou n’est pas seul car il y a avec lui tous ceux qui ont fait main basse sur des dizaines et des dizaines de milliards, voire des centaines de milliards et qui, de la Caima à la Sopamin, en passant par la Soraz et la Sondiep, ont ruiné l’espoir des populations nigériennes de voir leur pays jeter les bases de son développement, aspiration légitime au regard des atouts financiers et économiques dont a bénéficié le bonhomme lorsqu’il est arrivé à la tête de l’État.

Mahamadou Issoufou n’est pas seul car il est obligatoirement avec ceux qui, sans scrupule, ont acheté avec crédit un avion présidentiel aux îles Caïman, un paradis fiscal particulièrement prisé de ceux qui font dans l’illégal, le faux et le banditisme international. Un avion présidentiel pour lequel, pourtant, il a fait inscrire aux budgets 2013 et 2014, quelques 28 milliards de francs CFA et accepté un geste généreux d’Areva, autant dire un acte corrupteur, de 35 millions d’euros.

Mahamadou Issoufou n’est pas seul car il est avec tous ceux qui, de Dosso Sogha à Agadez Sokni en passant par Maradi Kollia, ont régulièrement facturé la réalisation d’infrastructures de fortune à coups de milliards, alourdissant considérablement la dette publique de l’État dont personne ne connaît aujourd’hui l’étendue.

Mahamadou Issoufou n’est pas seul puisqu’il est avec tous ceux qui savent qu’ils ne sont pas aujourd’hui à l’Assemblée nationale sur la base d’une popularité justifiée dans leurs régions d’origine, mais parce qu’ils ont été adoubés quelque part et cooptés comme "représentants du peuple".

Mahamadou Issoufou n’est pas seul parce qu’il y a bien tous ceux qui ont ruiné l’école publique, la nourrissant de slogans vains tandis qu’ils faisaient main basse sur ses ressources au point où, sans vergogne, des personnes, tapies au sommet de l’État, ont prétendu avoir acquis le complexe scolaire Bédir comme une sorte d’aumône de la part des promoteurs dudit complexe, au nom d’une prétendue coopération fructueuse qu’elles auraient entretenue.

Mahamadou Issoufou n’est pas seul car il draine forcément avec lui tous ceux qui ont tranquillement sacrifié les intérêts du Niger en annulant, sans état d’âme, le contrat régulier avec AFRICARD pour le réattribuer à CONTEC GLOBAL, au mépris des conseils et des mises en garde, mais surtout de l’arrêt du Conseil d’État, la plus haute juridiction du Niger.

Mahamadou Issoufou n’est pas seul car il lui a bien fallu s’appuyer sur des complicités diverses pour faire arrêter des adversaires politiques et quelques officiers mal-pesants au sein des Forces de défense et de sécurité (FDS), au nom d’un coup d’État qui n’existe que dans l’hypothèse du complot ; des hommes qui gardent prison depuis un an et qui, tout le monde en convient à présent, sont des prisonniers politiques.

Mahamadou Issoufou n’est pas seul dans la mesure où il entraîne dans son sillage tous ceux qui, aussi bien dans la Fonction publique que dans les sociétés d’économie mixte telle que la Sonidep, doivent leur recrutement à des services parfois répugnants du point de vue moral ou sur la base de fraudes dans lesquelles ont trempé de très hautes personnalités trônant à la tête de grandes institutions de l’État.

Mahamadou Issoufou n’est pas seul car il est avec ces centaines, voire ce millier de conseillers abusivement payés sur les fonds publics pour servir des causes comme les manifestations envisagées le 7 et le 8 janvier prochain et dont le gros de la clientèle se recrute au sein des syndicats et de la société civile.

Mahamadou Issoufou n’est pas seul car, derrière lui, se remarquent aisément tous ces malfaiteurs qui ont trouvé refuge et protection à la présidence ou à l’Assemblée nationale. Bref, Mahamadou Issoufou n’est pas seul dans tout ce que le Niger a connus comme malheurs, misères et drames et il n’y a sans doute pas meilleur slogan de rassemblement que celui-là. Dans un Niger dynamité à dessein par la corruption à grandes échelles, les passe-droits, les fraudes, les trafics en tous genres, y compris de la drogue ; un Niger où l’économie criminelle prospère à vue d’œil, en lieu et place de l’économie nationale, le slogan « Mahamadou Issoufou n’est pas seul » est en somme la revendication d’une solidarité des crimes en tous genres commis sous la gouvernance scabreuse d’un homme qui a juré sur le Saint Coran vouloir inaugurer un règne comparable à celui d’Umar Ibn Kathab, l’Emir des croyants [que Dieu soit satisfait de lui], mais qui s’est retrouvé à Paris, un matin de 11 janvier 2014, en train de réclamer être Charlie, du nom d’un journal qui a caricaturé le Prophète Muhamad [Psl].

Mes chers compatriotes, les manifestations qu’envisagerait Mahamadou Issoufou et ses partisans sur toute l’étendue du territoire national riment avec ce qu’un écrivain a appelé « le bal des charognards ». Que vont-ils célébrer ? Sinon leur puissance financière, acquise sur le dos de l’Etat, dans des trafics de devises et de drogues, dans la corruption et les détournements de deniers et biens publics, toutes choses régulièrement dénoncées mais qui ne trouvent, en face, qu’un mur immense d’impunité et de mépris.

Que vont-ils célébrer, sinon, justement, ce mépris qu’ils ont pour le peuple nigérien et qui a conduit Mahamadou Issoufou à saluer la qualité du hold-up électoral de février-mars 2016 et à décerner, récemment à Agadez, les plus hautes distinctions de l’État à des voyous de la République.

Que vont-ils célébrer, sinon, ces échecs retentissants, ces désastres financiers que Mahamadou Issoufou a engendrés et qui, du rail de Bolloré devenu dépotoir à la centrale thermique de Gorou Banda, inexploitable pour son coût exorbitant, en passant par le barrage de Kandadji ou encore le pétrole hypothéqué et les prêts contractés dans des conditions nébuleuses, traduisent mieux que tout l’ECHEC INCONTESTABLE de Mahamadou Issoufou.

Que vont-ils célébrer sinon l’impuissance du peuple nigérien à se défaire d’une sangsue qui suce son sang en prétendant, comble d’hypocrisie et de cynisme, construire son bonheur alors qu’elle a ruiné l’école publique, consacré le règne de l’impunité et deux justices, l’une, sévère et impitoyable pour les uns ; l’autre, incroyablement complaisante pour les autres, pourtant auteurs de malversations portant sur des milliards, de périls graves sur les intérêts du Niger comme dans l’affaire d’Africard, de trafics de devises ou de drogues, sans craindre de voir la police les enquiquiner, à plus forte raison, la justice à leurs trousses.

Que vont-ils célébrer, sinon la puissance dévastatrice de l’argent sur des populations rurales pauvres ainsi que la bêtise d’une gouvernance sans âme qui préfère dépenser des centaines de millions de francs pour justifier une légitimité arrachée par hold-up que de régler une infime partie des problèmes des travailleurs, notamment des enseignants, des étudiants et des scolaires.

Mes chers compatriotes, telle est la compréhension qu’il faut avoir du slogan « Mahamadou Issoufou n’est pas seul ». Les manifestations qu’il sous-tend ne peuvent être logiquement qu’un ÉCHEC, le peuple nigérien n’étant pas aussi dupe pour célébrer ceux qui sont à la base de ses malheurs.

Mallami Boucar

05 janvier 2017
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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