samedi, 07 janvier 2017 03:43

Tout a changé, en bien ou en mal, depuis 1990, sauf la façon de faire la politique

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Moussa Tchangari 06Pauvre Niger, pays où tout a changé, en bien ou en mal, depuis 1990, sauf la façon de faire la politique. Que penser de la sortie médiatique du Ministre d'État Bazoum, mettant dans le même sac société civile et opposition, sinon que Hama Amadou a fait école chez ses anciens amis et alliés, devenus aujourd'hui ses plus grands ennemis ? En écoutant le Ministre Bazoum dans ses efforts de préparation de l'opinion à la marche de la MRN du 8 janvier, comment ne pas se souvenir de l'ancien Premier ministre Hama Amadou haranguant la foule de ses partisans et les invitant à se mobiliser pour une marche gigantesque contre la société civile, coupable d'avoir organisé, un jour de mars 2005, une manifestation monstre à Niamey contre la cherté de la vie consécutive à la taxation des denrées de base ?

Hama Amadou serait-il mauvais en tout, sauf dans ce domaine ? Pourquoi n'avons nous pas droit, nous autres citoyens nigériens, d'exprimer notre mécontentement face à une gestion que nous jugeons calamiteuse, sans que l'on nous accuse de rouler pour quelqu'un ? Pourquoi n'avons nous pas le droit de rêver d'un futur meilleur pour notre pays, sans que l'on nous rappelle que notre passé était bien pire ? Pourquoi n'avons nous pas le droit de critiquer nos dirigeants actuels et de leur demander d'être vertueux, sans que l'on nous rappelle que leurs prédécesseurs étaient moins vertueux ? Pourquoi n'avons nous pas le droit de vouloir encore et encore plus d'efforts de la part de ceux qui gouvernent aujourd'hui dans les domaines de l'éducation, de la santé, de la sécurité où leurs prédécesseurs ont fait moins ?
Eh oui, cela veut dire une seule chose : ceux qui nous gouvernent pensent que nous sommes tous amnésiques, en tout cas plus amnésiques que eux, eux qui ont oublié pourquoi ils se sont engagés en politique, eux qui ont oublié contre quoi et qui ils se battaient, eux qui ont oublié leurs promesses, eux qui ont oublié que ce qu'ils fustigent aujourd'hui c'est qu'ils faisaient hier. Mais, bon, nous avons au moins eu droit à une petite consolation : le Ministre Bazoum nous assuré que le déguerpissement des petits commerçants, la démolition de leurs kiosques et boutiques, c'était la mort dans l'âme, une opération nécessaire qu'il fallait d'abord exécuter avant de penser à quelle solution trouver pour les pauvres gens. Tant pis, si les pauvres petits commerçants se sont retrouvés au chômage et vont devoir encore attendre quelques mois avant de trouver un lieu où reconstruire quelque chose; quand on gouverne, on est amené à faire des choses douloureuses, on peut s'amuser avec la vie des gens, pourvu que notre capitale, la vitrine du pays, soit plus belle qu'elle ne l'était pour les visiteurs étrangers, qui regardent les rues sans voir les personnes. Voilà une raison supplémentaire, pour ceux qui en doutent, de se battre; de se battre pour qu'on nous respecte en tant que citoyen(ne)s capables de s'indigner, d'être en colère, sans que quelqu'un, parce qu'il serait guidé par la soif du pouvoir, ne nous y pousse.

Moussa Tchangari

Dernière modification le samedi, 07 janvier 2017 03:53

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