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samedi, 15 septembre 2012 13:18

Invité : Mme Baaré Aoua Abdou, ministre du Tourisme et de l’Artisanat

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Baare Aoua AbdouMme. Baaré Aoua AbdouMadame la ministre, vous êtes à la tête du département  du Tourisme et de l’Artisanat, depuis plus d’un an maintenant. Pouvez-vous nous donner la substance de votre cahier de charge ?

«Aujourd’hui, le Niger est une destination touristique fréquentable et nous ne voulons plus être dans la zone rouge ou orange ayant des conséquences négatives sur l’économie touristique»


 
Il vous souviendra que le 12 septembre 2011, SEM. le Président de la République a procédé à un léger remaniement technique du gouvernement qui s’est traduit, entre autres, par la création d’un département ministériel en charge spécifiquement  du Tourisme et de l’Artisanat. Ceci, à  notre avis, constitue une volonté politique des autorités de la 7ème  République de valoriser l’impact de ces deux secteurs sur la croissance de l’économie nigérienne, surtout de leur faire jouer un rôle majeur dans le Programme de Renaissance du Niger et de création d’emplois de S.E.M. Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l’Etat. Le Programme du Président de la République,  ainsi que la Déclaration de Politique Générale (DPG) de S.E.M. le Premier ministre, prévoient  pour ces deux secteurs, un rôle économique majeur en termes de développement durable,  de croissance,  de création d’emplois, de mobilisation de ressources internes et de lutte contre la pauvreté.
Notre cahier de charges est tiré de ce Programme de Renaissance du Niger  et de la Déclaration de Politique Générale de Son Excellence Monsieur le Premier Ministre. Pour ce qui est du secteur du tourisme et de l’hôtellerie, la mission qui nous est assignée porte sur le développement du tourisme d’une manière durable; l’amélioration du cadre règlementaire, législatif et institutionnel ; la diversification, le développement et la promotion de l’offre touristique en particulier  et la destination Niger en général ; et la construction des hôtels de grand standing à Niamey. Il s’agit aussi d’améliorer le réceptif touristique et hôtelier, d’accroître les investissements dans le secteur, et d’améliorer les performances techniques des professionnels du secteur.
Dans le secteur de l’artisanat, notre mission consiste à améliorer les performances économiques des artisans, mais également celles des techniques des intervenants du secteur; améliorer le cadre règlementaire, législatif et institutionnel; former et aider à l’insertion des exclus des enseignements primaire et moyen dans les métiers de l’artisanat. Cette mission s’étend aussi à la mise en place d’un financement adapté au secteur en vue de soutenir le programme de développement de la micro et petite entreprise artisanale (PDMPEA) ; au soutien à l’approvisionnement et la commercialisation des produits sur les marchés extérieurs, ainsi qu’à la construction et la dotation en équipement d’un site d’exposition pour le Salon International de l’Artisanat pour la Femme; à la transformation du Secrétariat permanent du SAFEM en une agence.
 
Qu’en est-il, Madame la ministre, des réalisations enregistrées dans le cadre de la mise en œuvre de ce cahier des charges ?
Depuis notre arrivée à la tête du département, conformément aux orientations définies dans la DPG du Premier ministre, nous avons élaboré un programme quinquennal sur la base duquel d’importantes actions ont été réalisées. Ainsi, dans le secteur du Tourisme, on peut se réjouir de l’adoption du document de la Stratégie Nationale de Développement Durable du Tourisme et de son Programme d’actions prioritaires (PAP) ; la mise en place d’un cadre de concertation des acteurs publics-privés du tourisme, et l’exécution du Projet ‘’ST-EP/OMT’’ de valorisation touristique de la périphérie du Parc du W à Brigambou, dans la Commune Rurale de Falmey, avec la construction d’un campement touristique, l’adduction d’eau potable et l’électrification solaire du village, du campement et de l’école, la construction d’un poste de contrôle et d’entrée dans le parc, la signalisation des principaux axes, la formation des groupements de femmes et des hommes à divers métiers, etc. On peut également noter la conception et la promotion de nouveaux circuits touristiques dans la périphérie du Parc W ; la réhabilitation de campement touristique (Karey- Kopto, Moli) et la création des directions régionales du Tourisme et de l’Artisanat de Diffa et de Niamey. Dans ce même élan, le Ministère a procédé à la mise en place d’un cadre de concertation des acteurs publics-privés. Nous avons aussi à  notre actif la co-organisation  du FIMA, de la Cure salée et du Festival de l’Aïr. S’ajoutent également des actions entrant dans le cadre de la promotion de la destination Niger, notamment à travers notre participation à des salons spécialisés dans les différents pays émetteurs de touristes ; les Journées économiques du Niger au Canada ; la participation aux salons SITHO de Ouagadougou  et SITOUR de Bamako, etc. Dans le domaine hôtelier, on estime le nombre d’emplois permanents créés à 310. On peut aussi citer le renforcement de la Coopération avec l’OMT pour qu’en tant qu’Etat membre notre pays puisse jouir des appuis de financement, de promotion et d’expertise et d’inscrire le Niger dans le Programme Mondial des Nations Unies pour le développement du Tourisme.
Dans le domaine de l’Artisanat, les réalisations portent sur la promotion des produits et l’amélioration des performances économiques des artisans grâce à la tenue à Niamey de la 7ème édition du SAFEM, la participation et l’encadrement des artisans et artisanes aux différentes foires et expositions dans la sous-région (Dakar et Bamako), en Europe (Paris et Marseille), en Asie (Chine) et aux Amériques (Canada et USA). D’autres actions majeures ont été menées dans le cadre de l’amélioration des performances techniques des intervenants du secteur avec la formation. L’amélioration du cadre règlementaire, législatif et institutionnel avec l’adoption de la loi portant création de la Chambre des métiers de l’artisanat du Niger qui permettra au secteur de disposer de tous les attributs économiques; la recherche de partenaires techniques et financiers pour la construction du site moderne d’exposition du SAFEM dont la pose de la première pierre a eu lieu ; faire adopter par le gouvernement, par décret pris en Conseil des ministres, le document de la Stratégie nationale de développement durable du tourisme et son Programme d’actions prioritaire, sont autant d’ambitions que nous avons pour le secteur.
 
Après plus d’une année passée à la tête de ce département, comment se portent aujourd’hui, selon vous, les secteurs du tourisme et de l’artisanat au Niger ?
Notre pays, à travers ses huit régions, renferme des richesses culturelles, fauniques, des vestiges historiques, archéologiques et de magnifiques sites touristiques, notamment les déserts du Ténéré, du Termit, du Tal ; le cimetière des dinosaures ; la vallée du fleuve Niger ; le Parc du W ; les derniers spécimens des girafes de l’Afrique de l’Ouest ; les rites culturels ; l’artisanat et l’architecture traditionnelle. Cette gamme de produits diversifiés prédestine le Niger au rang d’une destination internationale d’avenir pour la pratique de toutes les formes de tourisme.
Quant à l’artisanat nigérien, il est riche et varié, et sa réputation a même transcendé les frontières nationales. Bien ancré dans les traditions séculaires du peuple, il s’adapte au contexte actuel orienté vers un modernisme. C’est un secteur dynamique et de croissance forte et diversifiée qui comporte 206 métiers inventoriés répartis dans 16 branches d’activités occupant environ  900.000 personnes  dans des  Micros et Petites Entreprises de production, de services ou d’art aussi bien en milieu urbain que rural. Avec une croissance annuelle positive évaluée à plus de 2,5%, le secteur de l’artisanat contribue pour 25% au Produit Intérieur Brut (PIB). Malgré tout, le contexte actuel de ces deux secteurs se caractérise par l’invisibilité de leur  impact sur la croissance de l’économie et par  bien d’autres  défis majeurs.
 
La relance du tourisme est au centre de votre mission. Avez-vous, à ce jour, pris ou fait prendre des mesures législatives et réglementaires incitatives pour booster ce secteur qui a souffert de beaucoup de contingences ces dernières années ?
S’il y a un cadre qui a beaucoup retenu notre attention, c’est celui réglementaire et législatif. C’est ainsi que nous avons eu à créer les directions régionales du Tourisme et de l’Artisanat à Diffa et à Niamey. Dans cette même optique, nous avons pris l’arrêté ministériel n°0035/MT/A du 05 octobre 2011 portant création du Comité de relance du tourisme; créé un cadre de Concertation acteurs publics-privés;  organisé un atelier régional d’internalisation de la Stratégie et du Plan de Développement de l’Ecotourisme et de validation de la charte du Tourisme dans la zone du Projet COGERAT à Agadez, et un Séminaire national de sensibilisation sur le Programme Régional de Développement du Tourisme au sein de l’UEMOA. En plus, nous avons aussi actualisé et rendu opérationnel le portail touristique du Niger ; recensé et régularisé les établissements non déclarés ; développé les relations de partenariat avec des institutions nationales et internationales ; révisé les textes règlementaires ; organisé des évènements nationaux comme produits d’appel touristique ; institué un salon du tourisme au Niger.
 
Madame la ministre, on sait que le développement du tourisme va de pair avec celui des infrastructures hôtelières. De quoi dispose notre pays en termes de structures d’accueil pour ceux qui veulent visiter le  Niger et quelles sont vos ambitions dans ce domaine ?
Au niveau des infrastructures touristiques et hôtelières, des avancées ont été également enregistrées. C’est ainsi que dans la région d’Agadez, on compte 9 hôtels pour un total de 170 chambres avec 246 lits. Dans la région de Diffa, on compte 2 hôtels pour 95 chambres et 165 lits. Dans la région de Dosso, les hôtels sont au nombre 10 pour 183 chambres et 261 lits. Pour ce qui est de la région de Maradi, on compte 8 hôtels pour 180 chambres et 206 lits. Dans la région de Tahoua, on a 14 hôtels pour 234 chambres et 246 lits. Dans la région de Tillabéry, on a 17 hôtels, 230 chambres et 354 lits. La région de Zinder, elle, compte 12 hôtels, 150 chambres et 171 lits, tandis que celle de Niamey affiche 42 hôtels, 1127 chambres pour 1658 lits. Le total au niveau national donne 114 hôtels, 2369 chambres et 3307 lits. Pour ce qui est des agences de voyages, on en dénombre 153, y compris les bureaux de voyages et les agences de location de voitures.
 
L’insécurité a été, à un certain moment, l’une des causes de la raréfaction des touristes dans notre pays. Maintenant que la sécurité est de retour, ainsi que la stabilité politique, qu’avez-vous à dire aux potentiels investisseurs et aux touristes intéressés par notre pays ?
Depuis l’avènement de la 7ème République, il y a le retour de la sérénité et le tourisme renaît. Actuellement, le Niger est fréquentable. Pour convaincre les uns et les autres, ainsi que les grands sceptiques, l’Etat en collaboration avec les professionnels du tourisme a mené, au cours des années 2011 et  2012, plusieurs évènements socio-culturels et touristiques tels que la la Journée Mondiale du Tourisme; le Festival de l’Aïr ; la Cure Salée et autres circuits touristiques ; le Festival International de la Mode Africaine (FIMA), le Salon de l’Artisanat pour la Femme (SAFEM), le Guérouel, etc. Ceci pour vous dire que la paix règne au Niger, pays de grande diversité culturelle, soucieux de son développement.
Nous nous réjouissons du retour définitif de  la  paix et de la sécurité substantielle à la solidarité et à la consolidation de la cohésion sociale. L’Etat a tout mis en œuvre pour restaurer la Paix  et créer les conditions de développement de l’entière Economie de notre pays. Les Ressources Touristiques du Niger sont nombreuses et ne demandent qu’à être  exploitées ! Le Climat des Affaires et des Opportunités d’Investissements au Niger est favorable pour tous les potentiels Investisseurs. Aujourd’hui, le Niger est fréquentable et nous ne voulons plus être soumis en zone rouge ou orange ayant des  conséquences négatives sur l’économie touristique. En conclusion, je  dirai que les problèmes de sécurité se posent à tous les pays du monde, dans toutes les Régions de la Planète Terre. L’Insécurité Zéro n’existe nulle part dans le Monde !
 
Ces derniers temps, le sujet relatif à la mise en concession de l’hôtel Gaweye a défrayé la chronique. De quoi s’agit-il exactement, pourquoi une telle décision et quels sont les tenants et les aboutissants de cette opération ?
Je pense qu’il  n’y a pas de panique et je dois dire que la relance du dossier de la privatisation de la Société Propriétaire et Exploitante  de l’Hôtel  Gaweye (SPEHG) se situe dans le cadre du désengagement de l’Etat de la gestion directe des secteurs marchands. C’est ainsi qu’en 1995 l’Etat a inscrit la SPEHG  sur la liste des unités à privatiser. Depuis lors, le processus a été engagé pour trouver la meilleure formule qui s’adapte au contexte de cet établissement. Il y a eu trois tentatives de privatisation,  respectivement en 2002-2004, 2006-2007 et  2008-2009,  qui se sont avérées infructueuses.  En 2010-2011, une étude de restructuration de la SPEHG a été réalisée par un consultant, mais les conclusions de ladite étude n’ont pas connu d’application. Ainsi, la privatisation en cours se déroulera dans la plus grande transparence en impliquant tous les acteurs concernés et tiendra  compte aussi des intérêts de l’Etat et du personnel. Une feuille de route du processus de mise en concession de la gestion de l’Hôtel Gaweye a été élaborée avec tous les acteurs (Ministère, SPEHG, Direction Générale Hôtel Gaweye, Comité d’Etablissement et les Délégués du Personnel).
Réalisée par Zabeirou  Moussa

 

15 septembre 2012
Publié le 14 septembre 2012
Source : Sahel Dimanche 

Dernière modification le mardi, 18 septembre 2012 04:54

Interview