samedi, 20 octobre 2012 01:49

Invité : M. Foumakoye Gado, ministre de l’Energie et du Pétrole

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Foumakoye Gado  M. Foumakoye Gado - Monsieur le ministre, vous revenez d’une mission à Zinder, où vous êtes allé faire l’état des lieux sur le fonctionnement de la SORAZ. Pouvez-vous nous dresser la situation qui règne actuellement au niveau de cette entité ?


«La raffinerie de pétrole a repris service depuis le 07 octobre dernier, et l’approvisionnement du pays en produits pétroliers est désormais effectif»

 

Ma récente mission à la raffinerie de pétrole de Zinder a été motivée par la rupture ces derniers jours de l’approvisionnement du marché national en produits pétroliers. Comme vous le savez, au démarrage des activités pétrolières dans notre pays, il a été créé une société de raffinage (SORAZ) qui est une coentreprise entre la China National Petroleum Company (CNPC), pour 60% du capital et l’Etat du Niger pour 40% des parts. Cette société a pour mission le traitement du pétrole brut extrait de certains gisements du champ d’Agadem dont l’exploitation a été confiée à la CNPC-NP et où il a été prouvé l’existence de réserves s’élevant à 483,3 millions de barils. Le gouvernement a souhaité la mise en place d’une raffinerie pour assurer l’indépendance énergétique et sécuriser l’approvisionnement de notre pays en produits pétroliers. Cette raffinerie a été inaugurée le 28 Novembre 2011 et les premiers litres de produits pétroliers ont été mis à la consommation des nigériens le 01 Janvier 2012. En produisant et raffinant du pétrole 20.000 barils par jour, une  quantité supérieure à sa propre consommation (7.000 barils par jour) ; et en commercialisant ce pétrole sur son territoire, le Niger s’affranchit du poids de l’importation de cette ressource et réduit ainsi sa dépendance énergétique vis-à-vis de l’étranger. Par la même occasion il allège sa balance des paiements et épargne donc des devises. Pour ce faire, il a été lancé, comme je le disais tantôt les opérations de raffinage dès le 28 Novembre 2011, dans les perspectives d’atteindre la pleine capacité de raffinage, c’est-à-dire 20.000 barils par jour courant Mai - Juin 2012.

Malheureusement, la SORAZ n’a pas respecté cet engagement ; ce qui du coup s’est répercuté sur la production des produits pétroliers, leur vente, mais aussi la capacité des machines à fonctionner en deçà de leur régime normal. C’est ainsi que nous nous sommes rendu compte à notre arrivée la semaine dernière que la raffinerie a un rythme de raffinage d’à peu près 10.000 barils par jour contre 20.000 prévus à cette date. Cette situation a dû certainement affecter les installations techniques et occasionner leur arrêt pour maintenance depuis le 15 Septembre ; arrêt que je juge d’ailleurs prématuré, puis que intervenu dix mois seulement après le démarrage de la raffinerie. La machine s’est donc grippée, obligeant un arrêt de la production pendant un temps plus long que prévu. En effet, une exploitation partielle de la raffinerie conduit à un coût d’exploitation unitaire fortement augmenté et de par sa nature, l’industrie de raffinage de pétrole ne supporte pas des arrêts intermittents.

Pour notre cas, en pareille circonstance, les autorités de tutelle devraient être informées à l’avance d’une décision de l’arrêt de l’usine et cela pour quelque motif que ce soit. Le gouvernement aurait alors pris toutes les dispositions pour sécuriser l’approvisionnement en hydrocarbures du pays. Cela n’a pas été fait par la SORAZ et à mon arrivée à la raffinerie, j’ai fustigé cette attitude irresponsable et inadmissible des responsables de la société.  C’est donc cette situation de l’arrêt de la production de la raffinerie qui a occasionné la rupture et les perturbations dans la distribution des hydrocarbures ces derniers jours. Mais je dois vous rassurer que toutes les dispositions ont été immédiatement prises pour solutionner ce problème. La fâcheuse coïncidence a été la grève des syndicats des transporteurs des hydrocarbures et n’eut été cet arrêt de travail, les Nigériens auraient connus seulement 24 heures de rupture d’essence super et dans une moindre mesure le gaz butane. Par contre, les stocks de gaz-oil n’ont pas du tout connus de rupture. D’ailleurs, vous avez suivi le communiqué relatif à la signature d’un protocole d’accord entre le gouvernement et les trois corporations syndicales qui ont manifesté l’arrêt de travail. La raffinerie de pétrole a repris service le 07 octobre et l’approvisionnement du pays en produits pétroliers est désormais effectif, depuis le début de la semaine. Ce chapitre quelque peu douloureux est, je l’espère, définitivement clos.

Monsieur le Ministre, depuis la mise en consommation du pétrole nigérien, les revendications ne cessent de fuser en vue d’obtenir une réduction des prix à la pompe. La dernière en date est celle du syndicat des taxis. La question reste de savoir si, à l’état actuel des choses, les prix à la pompe des hydrocarbures sont négociables…

La commercialisation des produits pétroliers raffinés au Niger avait donné lieu à des débats sur ce que devrait être le niveau des prix à la pompe. J’aimerai préciser à ce sujet que suite aux incertitudes sur la viabilité de la raffinerie, j’avais alors mis en place un comité technique ad hoc chargé d’évaluer la performance de la SORAZ. Le comité, après plus de trois mois de travaux, a atteint les objectifs qui lui étaient assignés à savoir, l’analyse des charges de la raffinerie qui a permis de réduire substantiellement certaines de ses charges, la fixation du prix de cession de brut à un niveau permettant à la SORAZ d’assurer sa viabilité et à l’amont de la chaîne pétrolière la récupération de ses investissements. Le comité avait aussi examiné les prix de cession des produits pétroliers, en les fixant à un niveau permettant à la SORAZ de couvrir ses charges tout en lui facilitant la commercialisation de sa production tant sur le marché domestique qu’à l’extérieur du Niger. C’est donc à l’issue de ce gigantesque travail que le gouvernement a officiellement arrêté les prix des produits issus de la raffinerie de Zinder tout en respectant la structure de prix en vigueur. C’est dire que ces prix n’ont pas été fixés au hasard. Ce sont des prix techniques définis sur une base comptable qui a tenu compte des différents frais et coûts y afférents. Avec les prix alors nouvellement fixés, nous nous sommes retrouvés avec une baisse de 100 FCFA par rapport au prix affiché avant le 01 Janvier 2012. Mieux, le différé sur les prix des hydrocarbures pratiqués depuis quelques années et qui a coûté en 2010 près de 30 milliards de FCFA au budget national n’a plus cours. Aujourd’hui, l’économie engrangée sur ce différé a été raisonnablement investie par le gouvernement de la 7ème République dans les secteurs sociaux de base (santé, éducation, hydraulique,...).

Un an après cette première mesure, le gouvernement annonce une autre baisse de 39 FCFA par litre pour compter du 01 Janvier 2013. Par ailleurs et comme je n’ai cessé de le dire, la décision de commencer l’exploitation pétrolière avec une raffinerie n’était pas opportune. Le raffinage est le segment le moins rentable pour les pays producteurs, et pire pour ceux qui prennent le risque de commencer par cette activité. Nous vivons cette réalité qui n’est pas à comparer à celle des pays voisins. Le Tchad a commencé l’exploitation de son pétrole en 2003, mais n’a pris la décision de construire sa raffinerie que l’année dernière. Le Nigéria est producteur de pétrole depuis 1956 et produit aujourd’hui 2.300.000 barils/jour, contre l’Algérie et la Libye producteurs depuis plus de 50 ans et qui ont des productions journalières respectivement de 1.300.000 barils et 1.500.000 barils. Alors, on veut qu’avec 10.000 barils par jour et à peine 10 mois d’exploitation, nous nous alignions maintenant et tout de suite sur les prix à la pompe pratiqués par ces pays. Déjà avec nos prix actuels, nous aurons les prix à la pompe les moins chers de tout l’espace UEMOA, y compris le Sénégal et la Côte d’Ivoire qui sont non seulement producteurs de pétrole, mais avec accès à la mer et disposant de raffineries de pétrole.

Au Sénégal, l’essence super et le gasoil se vendent en ce moment à respectivement 850 FCFA et 798 FCFA le litre et en Côte d’Ivoire, ils sont de 774 FCFA et 615 FCFA. Les raffineries de pétrole dans ces deux pays datent de près de 40 ans ; c’est-à-dire que les investissements sont supposé totalement amortis. Si nous restons toujours dans la logique des chiffres, le prix de transport d’un litre de carburant par kilomètre est plus cher au Niger que dans tout autre pays de l’Afrique de l’Ouest -Nigéria compris. Quand au gaz GPL, le prix pratiqué au Niger (3750 FCFA la bouteille de 12,5 Kg) est l’un des meilleurs en Afrique ; seuls les pays d’Afrique du Nord producteurs d’hydrocarbures depuis plus d’un demi-siècle en vendent moins cher que nous.

Qu’en est-il de la situation relative à la distribution du gaz ?

Cette question tombe justement à point nommé. Vous savez que le Niger est un pays à faible niveau de consommation énergétique et ce niveau est compris dans une fourchette de 0,15 à  0,30 tep/hab/an. Ceci est imputable au non-développement du tissu industriel et à la faiblesse du pouvoir d’achat des nigériens. L’énergie la plus abondamment consommée est essentiellement utilisée par les ménages pour la cuisson, le chauffage, et même l’éclairage nécessaire à la satisfaction des besoins élémentaires des populations. Les activités industrielles et économiques (l’agriculture, l’élevage, et même la plus part des services) sont peu consommatrices d’énergie. Les énergies dont dispose le Niger pour sa consommation sont la biomasse et plus particulièrement le bois-énergie, les hydrocarbures puis d’autres énergies alternatives comme le charbon minéral, l’énergie solaire, l’énergie éolienne et l’électricité. L’énergie finale consommée est essentiellement constituée par les énergies traditionnelles qui représentent environ 94% alors que les produits pétroliers représentaient 4,8% et l’électricité 1,2%.

La politique actuelle du gouvernement de la 7ème République consiste à inverser cette tendance en promouvant les énergies alternatives et particulièrement le gaz. Après la mise à disposition du consommateur d’un gaz de cuisine à un prix très accessible ; par exemple la bouteille de 12,5 Kg est vendue à 3750 FCFA, mon département ministériel envisage de lancer dans les tout prochains jours une campagne de promotion et de vulgarisation de gaz domestique. Nous sommes en ce moment en négociation avec des partenaires techniques et financiers, pour l’installation d’une usine de fabrique d’équipements de gaz (brûleurs, bouteilles, …) de 3 Kg, de 6 Kg, de 12,5 Kg, etc…afin de donner la chance aux nigériens de toutes les couches de s’en procurer. Aussi, avec cette campagne de vulgarisation de gaz domestique nous pensons contribuer non seulement à préserver l’environnement, mais aussi à alléger considérablement les corvées domestiques des femmes.

Réalisée par Assane Soumana

20 octobre 2012 
Publié le 19 octobre 2012
Source : Sahel Dimanche

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Dernière modification le dimanche, 21 octobre 2012 20:21

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