vendredi, 23 novembre 2012 17:57

Interview de M. Amadou Alahouri, Haut Commissaire à l’Initiative 3N, ‘’Les Nigériens Nourrissent les Nigériens’’

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Amadou Allahoury DialloM. Amadou Allahoury Diallo -Depuis sa mise en place, le Haut commissariat à l’Initiative 3N que vous dirigez a conduit tout un processus qui a abouti à la table ronde des bailleurs de fonds qui vient de se tenir en France. Pouvez-vous nous rappeler ses grandes étapes?


«Avec l’Initiative 3N, nous avons une grande opportunité pour le Niger et que nous devons saisir véritablement après le succès de la table ronde».

 

L’Initiative 3N prend ses racines dans le programme du Président de la République. Ce programme lui-même part de la connaissance profonde que SEM le Chef de l’Etat a de la situation de notre pays. En effet, pendant qu’il était encore à l’opposition et lors de sa campagne, il a sillonné tout le Niger pour recueillir les préoccupations des populations. Et le problème récurrent qui lui a été évoqué est celui de la sécurité alimentaire. C’est donc partant de là que le Président de la République s’est engagé que s’il est élu, il va prendre toutes les dispositions pour que sécheresse ne rime plus avec famine dans notre pays.

Et la preuve a été administrée dès la première année de son mandat avec le Programme d’urgence qui a permis de faire face au déficit céréalier de la campagne agricole 2010-2011. Mais, ça c’est une réponse ponctuelle. Au-delà de cela, le Président de la République a lancé ce qu’on appelle l’Initiative 3N. Le premier cadre a été élaboré à partir du programme de la renaissance. Une fois, le Président investi au pouvoir et après le discours de politique générale du Premier ministre, nous avons lancé le processus d’élaboration de l’Initiative de façon participative. Les ministères, les organisations de la société civile et toutes les régions ont participé aux débats. C’est ainsi qu’est née la Stratégie de l’Initiative 3N, adoptée par la suite en avril 2012 par le gouvernement.

Cette stratégie est une stratégie à long terme. On a donc élaboré à partir de cette stratégie, des plans d’investissement prioritaires. Le 1er plan d’investissement est celui qui couvre la période 2012-2015. Et cela a coïncidé avec l’élaboration du PDES. Après le plan d’investissement élaboré avec la participation effective des ministères techniques, des organisations de producteurs, du secteur privé et des régions, nous sommes arrivés à un besoin d’investissement d’environ 1.000 milliards de francs CFA. Plusieurs projets ont été par la suite élaborés à partir de ce plan d’investissement. C’est tout ce paquet là que nous étions partis présenter à la table ronde. Ce paquet comprend un plan d’investissement avec 11 programmes d’investissement prioritaires, eux-mêmes déclinés en projets.

La table ronde de Paris s’est achevée sur des résultats très satisfaisants pour l’Initiative 3N qu’est ce qu’on peut en retenir ?

Vous avez été témoins, vous les médias, de la très large participation des partenaires. Tous les partenaires ont reconnu, chacun d’abord, la pertinence de l’Initiative 3N, ils ont reconnu le caractère novateur de cette initiative et se sont engagés à la soutenir. Chaque partenaire qui intervient lors de cette table ronde a reconnu la pertinence de cette dynamique nouvelle et cela honore le Niger. Il faut insister là-dessus, cela honore notre pays. Maintenant la balle est dans notre camp.

Après cette table ronde à quoi doit-on maintenant et de façon concrète s’attendre de la part du Haut commissariat ?

Nous sommes allés à la table ronde avec un certain nombre de projets. Il faut maintenant procéder à la finalisation de ces projets. Au niveau du Haut Commissariat, nous allons en relation avec les ministères et les partenaires techniques, nous engager très vite à finaliser les projets et à avoir des projets bancables. Il est vrai que ça prend un petit moment pour finaliser les projets, mais une fois que ces projets seront finalisés, nous allons couvrir tout le pays. Nous allons mettre en œuvre partout dans le pays des projets de l’Initiative 3N. Déjà, il y a un certain nombre de projets qui sont en cours d’exécution. Nous avons travaillé d’abord à aligner ces projets sur l’Initiative 3N. Aujourd’hui, que ça soit les projets financés par les partenaires, que ça soit ceux financés par le budget national ou même ceux financés par les ONG, tous ces projets sont alignés sur l’Initiative 3N. Ils s’inscrivent dans les 11 programmes d’investissement prioritaires. On peut dire aujourd’hui que l’Initiative 3N est réellement en marche.

La table ronde a permis de combler le gap de financement souhaité par notre pays. Mais plusieurs donateurs ont déploré  le faible niveau de notre capacité d’absorption des ressources. Comment comptez-vous résoudre ce problème pour qu’il ne freine pas la mise en œuvre du programme de l’Initiative ?

Premièrement, il faut que nous renforcions nos capacités pour élaborer les projets tant au niveau du Haut Commissariat qu’à celui des Ministères. Deuxièmement, il faut que nous voyions avec nos partenaires quelles sont les procédures nous permettant de mobiliser rapidement les ressources. En troisième position, il faut qu’on renforce les capacités d’exécution au niveau local. Et pour cela, les Ministères se sont engagés à recruter du personnel. Il y’a des recrutements qui sont en cours au niveau des ministères en charge de l’Agriculture, de l’Elevage, de l’Environnement. En plus, nous venons d’avoir près de 250 appelés du service civique national (ASCN) que nous allons mettre à la disposition des communes pour renforcer les capacités d’exécution. Les ASCN sont bien évidemment des cadres formés dans le secteur du développement rural. Ce sont des ingénieurs, des techniciens agronomes,  des vétérinaires ou des techniciens formés à l’IPDR. Tout ce beau monde ira renforcer les capacités de mise en œuvre.

Il va aussi se poser la question de la mobilisation sociale et du suivi-évaluation de la mise en œuvre du programme, comment comptez-vous vous y prendre ?

Vous me donnez l’occasion de dire une fois de plus que la réussite dépend particulièrement de la mobilisation. Il faut que tous les nigériens considèrent cela comme leur affaire plutôt que celle des autres. Dans les pays où on n’est arrivé à faire des avancées significatives en matière de sécurité alimentaire, c’est parce que toute la population a considéré que c’est son affaire. Ce n’est pas une affaire d’un régime, d’un parti ou de quelque personne que ce soit. C’est une affaire de tous et de chacun. Rappelez vous un peu l’exemple le plus récent de réussite en la matière ‘’Objectif Faim Zéro’’ du Brésil.

Et pour que cela soit bien compris nous allons mettre tous les moyens, nous allons organiser des rencontres avec les différents acteurs, les chefs traditionnels, les maires, les organisations des producteurs, les jeunes. Nous allons organiser des débats au niveau des régions pour que chacun apporte sa part de contribution. Ceux qui ont des observations ou des propositions vont les faire. L’essentiel est que nous puissions tous travailler ensemble pour relever le défi de l’insécurité alimentaire, atteindre la sécurité alimentaire dans notre pays. Je vous avoue que nous avons conscience que la mobilisation est fondamentale et nous allons y travailler. C’est un des axes majeurs de l’intervention du Haut Commissariat à l’Initiative 3N.

L’année passée, on a expérimenté le programme d’urgence. Mais cette année la campagne a été globalement satisfaisante. Il n’y a pas de programme d’urgence. Alors que va-t-on engager dans le cadre de l’initiative 3N ?

Cette année, comme vous l’avez dit, ce n’est pas le programme d’urgence. Ce sont les programmes des 3N qui vont être mis en œuvre. Nous avons enclenché le processus. Vous avez pu voir que les membres du gouvernement étaient récemment sur le terrain. Ils ont lancé la mise en œuvre de l’initiative 3N. C’est dire donc qu’actuellement  tout acteur, tout projet qui intervient dans les secteurs de l’irrigation,  de la maîtrise de l’eau, de l’amélioration des cultures pluviales, de l’élevage, de la pêche, de l’agroforesterie, de la récupération des terres ou de la nutrition, tout acteur dis-je interviendra dans le cadre des 3N. Nous allons travailler à assurer un meilleur suivi-évaluation, une meilleure coordination, à faire en sorte qu’on puisse capitaliser, les expériences et tirer les leçons. A chaque fois nous allons nous évertuer à donner aussi une plus grande visibilité à ce qui est entrain de se faire. Nous sommes vraiment très optimistes.

Le Niger dispose des zones à haut potentiel productif, envisagez-vous de réserver un traitement spécial à ces zones ?

Absolument. Nous avons déjà préparé  les projets, et nous allons les finaliser. Au niveau du Haut commissariat nous faisons de la maîtrise de l’eau un des axes majeurs de l’Initiative. Nous savons que nous avons suffisamment d’eau dans notre pays, nous avons plus de 33 milliards m3 qui coulent. Ceci dans toute la zone agricole et même dans le nord. Le problème que nous avons est celui de la mobilisation de ces ressources en eau que nous avons dans les dallols, les lacs, les Korama, l’Aïr, le Goulbi. Il y a déjà des actions qui sont engagées. C’est le cas du projet ‘’Ruwan mu’’’ lancé dans la zone du Goulbi. Il est un projet de mise en valeur de la petite irrigation dans les zones du Goulbi, de la Tarka et dans la Korama.

Ce type de projet va être de multiplié pour couvrir l’ensemble du Niger et ce sera plusieurs axes. Là où il faut renforcer les capacités de l’exploitant on va le faire à travers la mise à sa disposition d’intrants et de matériels. Là où il faut regrouper les exploitants, on va regrouper les gens pour exploiter les grandes superficies qu’on va aménager. Selon la nature agro-écologique nous allons développer les cultures qui conviennent. Nous voulons que chaque ménage nigérien pratiquant l’agriculture puisse accéder à l’eau, à la semence, aux intrants agricoles pour produire.

Nous voulons également que chacun puisse disposer d’un minimum d’animaux que ça soit la volaille ou les petits ruminants. Et tout cela, c’est pour améliorer la capacité de résilience du ménage face au choc de la sécheresse. A partir du moment où un ménage a accès à l’eau, possède quelques têtes d’animaux, il n’a pas trop de problème même en cas de sécheresse. Notre objectif est d’arriver à cela et au-delà créer la croissance. Donc nous allons créer les conditions pour que l’agriculture et l’élevage se modernisent et que nous puissions exporter les productions nationales.

Au niveau des communes nous voulons qu’il ait un minimum d’équipement dans les villages d’abord : une banque d’intrants, une banque céréalière, un centre de réparation de matériels agricoles, une centre de formation des jeunes. Nous voulons aussi que les communes puissent disposer d’un marché, une piste, un centre de vaccination des animaux, un centre de récupération nutritionnelle des enfants. Voilà un peu comment nous voulons construire l’initiative 3N.

L’initiative a été beaucoup applaudie par les partenaires. Qu’est-ce qui, d’après vous, peut expliquer ce succès ?

Il se trouve que beaucoup de partenaires ont dit : voilà un programme africain d’éradication de la faim ! Ils ont comparé l’Initiative 3 N au programme brésilien «Objectif Faim Zéro». Et ils ont été tous unanimes que l’Initiative 3N est une version  africaine de ce programme phare qui mérite d’être soutenu. Ce soutien s’explique d’abord par la volonté politique affichée très forte. Le Président de la République y tient beaucoup à cette initiative. Ensuite, il y a la mobilisation de la population autour de ce programme et enfin il y’a un mécanisme de coordination et de travail multisectoriel qui est mis en place comme dans le cadre de l’Objectif Faim Zéro. C’est dire que toutes les conditions sont réunies pour que les partenaires soutiennent cette initiative.

Vous êtes visiblement très confiants. Avez-vous des promesses fermes?

Bien sûr, déjà la table ronde a permis de mobiliser la totalité du financement manquant. Et on a eu des promesses fermes de certains partenaires comme les Américains qui n’ont pas voulu faire des annonces chiffrées. Récemment, la semaine dernière pour être précis, j’ai rencontré les responsables de l’USAID ici à Niamey. Et ce n’est pas moins de 200 millions de dollars qu’ils nous ont promis d’investir dans le cadre de l’Initiative 3N. Leurs interventions vont dans le cadre du renforcement de la résilience des populations. Nous avons d’autres partenaires comme l’Union Européenne, la Banque mondiale, la BAD, la BID et toutes les coopérations bilatérales qui sont engagées à financer l’Initiative 3N. C’est dire que nous avons de très bonnes perspectives mais tout dépend de nous.

Quel appel avez-vous à lancer à l’endroit des autres acteurs pour, qu’ensemble, vous atteigniez vos objectifs et votre mission ?

Avec l’Initiative 3N, nous avons une grande opportunité pour le Niger et que nous devons saisir véritablement après le succès de table ronde. Aujourd’hui, par rapport à la question de la sécurité alimentaire, tout le monde regarde le Niger comme un exemple. Tous les contacts que nous avons eus lors de cette table ronde, nous le confirment. Mais, on ne peut réussir cela que si on est tous conscients, que si tous les nigériens se mobilisent. C’est pourquoi j’en appelle à une forte mobilisation de nos concitoyens pour la mise en œuvre de l’Initiative 3N. Il faut que chaque citoyen voie à son niveau ce qu’il peut apporter à cette initiative, du reste nationale, en vue d’atteindre la sécurité alimentaire.

Réalisée par Siradji Sanda et Zabeirou Moussa

23 novembre 2012
publié le 23 novembre 2012
Source : Sahel Dimanche

Dernière modification le vendredi, 23 novembre 2012 19:40

Interview