dimanche, 03 février 2013 08:03

Invité : Professeur agrégé Madi Nayama, président du comité d’organisation du 12ème congrès de la SAGO et du 4ème congrès de la SGON

Évaluer cet élément
(1 Vote)

Madi NayamaPr. Madi Nayama - Professeur, vous venez d’organiser le 12ème congrès de la Société Africaine de Gynécologie et d’Obstétrique (SAGO), mais avant de revenir sur ce congrès, pouvez-vous présenter brièvement à nos lecteurs ce que c’est que la SAGO ?
La SAGO, c’est la Société de Gynécologie et d’Obstétrique. Elle a été créée le 26 mars 1986 à  Cotonou, lors du 1er congrès de la SGOT qui regroupait alors le Togo et le Bénin.

Cette organisation a été créée par notre maître, le professeur Alihonou qui en est le père fondateur et le président du 12e congrès de Niamey. La SAGO a été créée dans le but de regrouper tous les gynécologues-obstétriciens africains, en vue d’harmoniser notre prise en charge, de fraterniser et d’échanger nos expériences. Et c’est dans cette optique qu’un congrès est organisé chaque deux (2) ans. Nous venons d’organiser pour la première fois ce congrès au Niger.

 

«Nous allons poursuivre et approfondir les réflexions pour l’amélioration de la prise en charge et la réduction de la mortalité et de la morbidité maternelles et néonatales »

Quelles sont les activités que mènent la SAGO et la SGON au Niger ?

La SAGO mène diverses activités. C’est en fait une sorte de bras armé de l’autorité politique. Elle est essentiellement une réunion d’experts qui sont au service des pouvoirs publics et des populations, dans le but d’améliorer la prise en charge et de sauver la vie des mères et des enfants.  C’est pourquoi la SAGO réunit des gynéco-obstétriciens et des sages-femmes. Et lors du congrès de Niamey, elle a regroupé des anesthésistes-réanimateurs, ainsi que des pédiatres. C’est dire que nous sommes là pour les communautés, pour échanger et harmoniser nos prises en charge. Nous sommes en collaboration étroite avec le collège national des gynéco-obstétriciens français, et avec les gynéco-obstétriciens du Canada et des Etats-Unis, mais aussi ceux du Maghreb, parce que la SAGO, c’est seize (16) pays africains dont la Tunisie. Et le Burundi vient de faire son adhésion au cours de ce congrès de Niamey.

Revenons à présent au 12ème congrès. Il est unanimement reconnu qu’il a été un succès. Qu’est ce qui explique, d’après vous, le succès de cette organisation?

Vous me donnez là l’occasion de rendre grâce à notre Seigneur Allah le Tout Puissant qui nous a permis de voir ce jour. Le grand mérite, c’est aussi et surtout la mobilisation politique. On a honnêtement senti l’implication et la présence de SE le Président de la République à ce congrès. Vous avez certainement eu à constater que c’est le Premier ministre, Chef du gouvernement, SE. Brigi Rafini, qui a personnellement ouvert les travaux. La Première Dame Dr Malika Issoufou et deux (2) autres premières Dames étaient également là. C’est la 1ère fois qu’on enregistre, au cours d’un congrès, la présence de trois (3) première Dames. Je tiens à  exprimer notre gratitude à la marraine de ce congrès, la Première Dame Dr Malika Issoufou.

L’autre aspect de la réussite de ce congrès, c’est la mobilisation des sages-femmes de la région de Niamey, et plus globalement du Niger tout entier. Nos collègues gynéco-obstétriciens (membres de la SGON créée en 1994), les pédiatres, les anesthésistes se sont aussi fortement mobilisés. Je tiens à remercier particulièrement Dr Idi Nafiou, 1er président de la SGON. A cela, il faut ajouter la mobilisation des populations de la Communauté urbaine de Niamey. Plus de 300 personnes n’ont pas pu accéder à la salle du Palais des congrès à l’ouverture. Il faut voir en cela l’implication de la gouverneure de Niamey, du ministre des Enseignements Moyens et Supérieurs et du ministre de la Santé Publique, qui était en quelque sorte le président du comité d’organisation. L’autorité  politique n’a ménagé ni son temps ni ses moyens pour créer des bonnes conditions de travail. Nous tenons à remercier sincèrement toutes ces personnalités.

Parlez-nous des délégations ayant participé  à ces assises

Nous avons enregistré 21 délégations pays. Il s’agit notamment des délégations venues d’Afrique du Sud, du Bénin, du Burkina Faso, de la Centrafrique, de la Cote d’Ivoire, du Gabon, de la République Démocratique du Congo, du Congo, du Mali, de la Mauritanie, du Burundi, du Rwanda, du Togo, du Tchad, du Sénégal, du Canada, des Etats-Unis, du Cameroun, du Maroc et du Niger. En plus des pays, nous avons des institutions comme l’UNFPA, l’ONUSIDA, l’OMS, l’UNICEF, des Ongs tels que GYNUITY, Amina Sutura, la Fondation Tatali, mais aussi des laboratoires et firmes pharmaceutiques tels qu’IMES Group, UNIPHARMSA, Société MINAH, AJANTA PHARMA, MEDIPHAR, INNOTECH, JHPIEGO, etc…

Au total, nous avons enregistré quelques  1550 participants dont 50 professeurs de rang magistral. Et je vous garantis que c’est pour la première fois qu’on a enregistré  un tel niveau de participation à un congrès.

Et comment se sont déroulés les travaux de ce 12ème congrès ?

Il faut tout de suite signaler que nous avons deux (2) jours de pré-congrès et trois (3) jours de congrès. Donc, pendant ces 2 jours de pré-congrès, les laboratoires et firmes pharmaceutiques ont eu à faire des expositions en collaboration avec l’OMS et l’UNFPA. Nous avons prévu 50 personnes pour les ateliers de prè-congrès. Mais quand on a commencé le 1er atelier, nous nous sommes retrouvés avec 400 personnes. Nous étions donc obligés de changer de salle.

Mais, si on ajoute les activités du congrès proprement dit, on a eu au total 21 conférences, trois (3) tables rondes, 215 communications orales et cinq (5) communications affichées. Ces conférences ont porté sur des thèmes aussi variés et pertinents que la mortalité  et morbidité maternelles et néonatales en Afrique, le soins obstétricaux et néonataux d’urgence (SONU), les cancers gynécologiques et mammaires, le Programme de l’Université médicale virtuelle francophone, la contraception, les soins après avortement, l’anesthésie-réanimation, la chirurgie endoscopique, la fistule obstétricale. Quant aux tables-rondes, elles ont traité des programmes de formation de la sage femme, les curricula LMD, les curricula harmonisés de l’OOAS, de la Misoprostol pour la gestion de l’hémorragie du post-partum  immédiat,  du développement et de l’amélioration des services de soins après avortement. La SAGO fait aussi la promotion des jeunes. Beaucoup d’entre eux ont présenté des communications. Ce qui donne droit à  un certificat de communication ou à un certificat de conférence qui tient une place importance dans leurs CV. C’est comme ça que nous faisons la promotion des jeunes parce que si nous avons atteint le rang magistral, c’est aussi grâce à ces jeunes là  et leurs travaux que nous encadrons.

Quelles sont les principales conclusions auxquelles vous êtes parvenus ?

Parmi les conclusions de ce 12e congrès, il y a d’abord l’élection d’un nouveau bureau. Et c’est le professeur René  Xavier Perrin qui a été élu président du bureau de la SAGO. Mais le Secrétaire général,  basé à Bamako, lui ne change pas. C’est le professeur Traoré du Mali. Le poste de Trésorière est assurée par une togolaise secondée par une centrafricaine.

Plusieurs recommandations ont été formulées à propos de la réduction de la mortalité maternelle et périnatale. C’est ainsi que le congrès a recommandé l’accélération des efforts pour l’atteinte des OMD d’ici deux (2) ans, l’implication des partenaires pour une bonne qualité des soins, l’évaluation des performances des équipes obstétricales et la qualité des systèmes de santé, l’amélioration de la couverture en ressources humaines qualifiées, la motivation des agents socio-sanitaires, le repositionnement de la PF et l’implication de tous les gouvernements dans la stratégie de la réduction de la mortalité et morbidité  néonatales.

A propos du VIH SIDA, le congrès a recommandé  le renforcement du dépistage et la prise en charge des personnes séropositives et le renforcement de la prévention de la transmission mère-enfant. D’autres recommandations ont été formulées relativement à  la lutte contre les cancers gynécologiques et mammaires, aux violences faites aux femmes, à la recherche et la formation des chercheurs, au partenariat, à l’amélioration du plateau technique des structures socio-sanitaires, à l’appropriation des soins de santé  primaires et au soutien des autorités politiques et des communautés nationales ainsi que celui des partenaires au développement.

Je tiens aussi à saluer la présence à  ce congrès de mon doyen de Lille, le Professeur Frank qui anime le programme de l’Université médicale virtuelle francophone. Il est difficile d’aller en Europe pour un diplôme universitaire. Mais le Professeur Frank vient au Niger avec les mêmes enseignants pour nous enseigner.  Le Niger a été le pays précurseur en 2009. Et le Professeur Frank nous a donné son accord pour qu’on fasse un diplôme d’écographie pour les sages-femmes et un diplôme de cancérologie qui va démarrer bientôt.

Le congrès a aussi recommandé l’extension de l’Ecole des maris à toutes les régions du Niger et même à d’autres pays. Des efforts ont été fournis par le Niger en matière de la santé de la mère et de l’enfant, ainsi qu’en matière de réduction de l’infection du VIH, et ces efforts se ressentent. Ainsi, à titre illustratif, on peut citer la loi sur la santé  de la reproduction adoptée par l’Assemblée nationale. Les directeurs centraux, et même le Secrétaire Général du Ministère de la Santé  publique, ont animé des conférences pour expliquer les efforts de la 7ème République pour réduire la mortalité maternelle et néonatale. Nous remercions l’UNFPA qui nous a fourni l’essentiel des conférenciers étrangers. Nous avons, au cours de ce congrès, abordé les recommandations de la fédération internationale des gynéco-obstétriciens (FIGO) à laquelle nous sommes affiliés. D’ailleurs, deux (2) Américaines membres de cette structure sont restées avec nous jusqu’au 30 janvier, parce que la FIGO veut s’implanter ici. Elles ont été reçues par le ministre de la Santé  Publique.

Au cours de ce congrès, deux (2) prix ont été  attribués à un médecin gynécologue et à une sage-femme. Quelle la signification peut-on donner à ces prix ?

En fait, le Professeur Alihonou, père  fondateur de la SAGO, a voulu immortaliser son œuvre. Et c’est ainsi qu’à chaque congrès, il attribue un prix à un médecin gynécologue et à une sage-femme officiant en milieu rural. Il s’agit aussi, à travers ces prix, d’encourager ces professionnels de la santé  dans leur travail visant à sauver les vies des mères et des enfants. Vous savez que ces médecins et sages-femmes travaillent dans des conditions difficiles et ils sont souvent seuls. C’est le cas des lauréats de cette année, Dr Nahantchi qui est à Tahoua, et de Mme Brah Aïssa, sage-femme à N’Guigmi.

C’est une manière pour le Professeur Alihonou et la SAGO de motiver ces gens et de stimuler d’autres pour servir davantage nos populations. Et c’est en cela que nous saluons la démarche actuelle du ministre de la Santé Publique qui, à chaque fois qu’il se déplace, donne des témoignages de satisfaction aux agents de santé. Nous estimons que la motivation, ce n’est pas seulement des avantages pécuniaires.

Quelles perspectives pour la SAGO et la SGON après ce congrès ?

Je tiens à remercier tous ceux qui ont contribué  à la réussite de ce congrès. J’aimerai citer toutes les autorités politiques, à commencer par le Chef de l’Etat, le Premier ministre, le ministre de la Santé Publique, celui des Enseignants Moyen et Supérieur, la gouverneure de Niamey, mais aussi nos collègues gynécologues, obstétriciens, pédiatres, sages-femmes, anesthésistes et réanimateurs.

Le 13ème  congrès aura lieu en 2014 en Guinée Conakry. Nous allons poursuivre et approfondir les réflexions pour l’amélioration de la prise en charge et la réduction de la mortalité  et de la morbidité maternelles et néonatales. Au niveau de la SGON, nous allons tenir notre prochain congrès dans six (6) mois. Nous avons constaté qu’il y  a de la mobilisation, que les gens sont disposés à acquérir des connaissances scientifiques, à adhérer pour changer leurs pratiques et réduire ainsi la mortalité  maternelle et néonatale. Nous tiendrons nos congrès tous les six (6) mois, parce que la SAGO, c’est l’enseignement, la recherche et les soins.

1er février 2013
publié le 1er février 2013
Source : Sahel Dimanche

{module 583}

Dernière modification le dimanche, 03 février 2013 08:54

Interview