mercredi, 13 février 2013 11:13

Interview du Secrétaire général adjoint de la Région d’Agadez «Notre objectif vise la création d’un cadre souple au sein duquel toutes les entités peuvent se développer et contribuer au bien-être économique et social du pays» déclare M. Abdourhamane

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Abdourhamane MoussaM. Abdourhamane MoussaIl est aujourd’hui admis, que les meilleurs arbitres les mieux placés, pour choisir les projets et leur ordre de priorité  en faveur du monde rural, sont les autorités locales. Toutefois, pour qu’une telle politique aboutisse, des efforts considérables doivent être déployés en vue d’améliorer les compétences  et les capacités  de gestion des autorités dans les régions.

Les ONG, projets et associations  doivent ainsi jouer pleinement leur rôle pour aider les populations à formuler leurs besoins, identifier  et planifier  des programmes et  les mettre en œuvre. L’autorité   va  créer un cadre souple  au sein duquel toutes  les entités peuvent prospérer, se développer  et contribuer ainsi au bien-être  économique et social du pays afin d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Le programme de Renaissance du Président de la République SEM. Issoufou Mahamadou cadre bien avec les attentes du monde rural.

 

«Notre objectif vise la création d’un cadre souple au sein duquel toutes les entités peuvent se développer et contribuer au bien-être économique et social du pays» déclare M. Abdourhamane Moussa

Monsieur le SG, en dehors des richesses minières, la région  d’Agadez regorge d’importantes potentialités agro- pastorales. Des partenaires au développement (Projets et ONG) mènent des actions dans cette région. En tant que point focal des ces intervenants, vous leur avez  demandé d’investir pour aider la région à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement, si possible avant 2015. Comment se présente actuellement la situation ?

Comme vous  l’avez souligné  à  travers votre question, effectivement en dehors des ressources minières, il y a des potentialités agro-pastorales  non négligeables  dans la région d’Agadez. Et ces potentialités sont gérées  par les services techniques  de l’Etat : Agriculture, Elevage, Environnement, Génie rural, OPVN, et tout cela coordonné par les services du Développement communautaire de la région. C’est claire, la région d’Agadez vient de sortir d’une situation d’insécurité  et a besoin d’actions de développement. Ces actions de développement  nous pouvons les avoir à travers  un système très bien synchronisé : l’Etat, les collectivités territoriales, les projets et ONG appuyés par les bailleurs de fonds. Suite à une rencontre avec les différentes ONG, projets et associations, nous avons inscrit la politique gouvernementale  dans cette direction et  appelé ces partenaires  à investir dans la région. Nous avions en outre  insisté pour que des  actions concrètes,  vérifiables sur le terrain  soient exécutées par les projets et ONG au profit des populations. Mieux, nous menons des missions pour savoir concrètement ce qui  se passe  réellement sur le terrain. Aujourd’hui, avec le Programme de Renaissance à travers les « 3N », ll faut des actions très dynamiques et concrètes pour que  les populations sentent la présence de l’Etat.  Nous  tenons à poursuivre dans cette voie. Notre objectif vise la création d’un cadre souple  au sein duquel toutes  les entités peuvent prospérer, se développer  et contribuer ainsi au bien-être  économique et social du pays.

Avant votre prise de fonction, ce n’est un secret pour personne, même le point focal n’avait pas connaissance avec exactitude, du nombre de projets encore moins  celui des ONG. Peut-on affirmer aujourd’hui qu’il y a  une évolution sur la maîtrise des activités des partenaires au développement agissant dans  la région ? Quelle stratégie avez-vous adoptée pour mettre les partenaires au pas, surtout lorsqu’il a été constaté que les ONG  jusqu’à une époque récente font comme bon leur semble : manque d’agréments, non respect du contenu, des statuts etc.?

C’est une question vraiment  très importante. Effectivement, dès  notre prise de fonction, nous avons cherché  à comprendre très vite  et vérifier surtout qu’est ce qu’il y a d’ONG, de projets  et d’associations au niveau régional. Nous avons remarqué qu’il  y a  une multitude d’actions éparses et chacun fait ce que bon lui semble .Avec la Direction du développement communautaire, nous nous sommes attelés à faire le point de toutes les associations, ONG et projets qui exercent dans la région. Il fallait faire un tableau afin de connaître exactement ce qu’ils font. Connaître exactement les partenaires. Connaitre les ONG fictives, parce qu’il y en a, et savoir leur nombre. C’est difficile mais nous sommes arrivés à avoir une fourchette, jusqu’à  enregistrer 300 ONGs . Mais cela ne veut pas dire que c’est fini .Chaque jour, il y a de nouvelles ONGs   qui viennent vers nous. Donc, pour maîtriser cela, nous leur avons demandé de nous fournir leur plan d’action, leurs statuts, leurs règlements intérieurs. Et avant de commencer  l’exécution de leurs actions  nous leur demandons l’autorisation d’exercer. Si elles n’en n’ont pas, elles sont obligées de nous les fournir.

Sur instruction du gouverneur de la région, le Colonel Major Garba Maikido, un travail a été fait un moment  pour ce qui concerne les ONG et associations extérieurs. C’est des partenaires qui nous viennent de la France ou d’autres pays européens .Elles doivent se conformer aux textes et règlements en vigueur dans  notre pays .Ainsi, elles doivent passer par le ministère de la coopération, celui de l’intérieur pour nous confirmer que tout est respecté et s’adapter à la réalité nigérienne .Quand l’ONG mène des activités  nous  lui demandons , de nous présenter aussi leur T.D.R (terme de référence ) pour savoir qu’est-ce qu’ils font et où. Parce que l’Etat a une lourde responsabilité de connaître exactement ce que ces ONG  font sur le terrain où nous les faisons accompagner tant au niveau communal que dans les  départements par des représentants de l’Etat. Nous, en tant que point focal, nous menons  des missions de vérification sur le terrain avec les services techniques.  Aujourd’hui, toutes ces ONG  sont en train de se mettre au pas. Les Préfets, les Maires sont informés pour qu’on sache exactement ce que font ces partenaires pour des fois, éviter des doublons dans les activités. Maintenant nous sommes satisfaits. Dans le temps,  certaines  ONG, ne se donnent même pas la peine de passer par l’autorité. On a constaté que certaines d’entre elles se livrent même à la distribution de certains produits alimentaires et médicaux.

Pour ce qui concerne  les « 3N, il faut que les communautés à la base  se sentent effectivement concernées par les activités menées. On  sait par exemple que HEDTAMET  fait telle chose, dans telle ou telle  zone, Karkara ou Takayat mènent des actions dans telle commune. Et nous avons l’œil sur les bailleurs de fonds et les projets  qui viennent en appui tels que : COGERAT, Mercy Corps, PEDEV II FICOD, PAM, PASOC II, la H.A.C.P, Handicap International OXFAM. Ce sont des structures que nous suivons de très près. Malheureusement concernant les ONG à peine 20  mènent réellement des activités sur le terrain.

Est-ce à dire que, c’est fini maintenant la question de ce que l’on a appelé les  ‘’grands bonds’’, cette pratique de certains projets qui débarquent dans la région, à l’insu des autorités et se mettent au travail sans que personne ne soit au courant de ce qu’ils sont entrain de faire ?

Çà  c’est terminé. Nous avons  mis fin au désordre observé  les années passées. Il n’est plus question, de débarquer  sans aviser l’autorité. Les Préfets, les services de l’Etat ont été instruits  à arrêter les contrevenants. C’est pourquoi, dès au départ, je vous ai dis qu’il faut une présentation des activités à mener,   une identification de la  zone  du type  d’activités et des populations avec qui ils travaillent. 

Sous le fallacieux prétexte d’insécurité  nous avons constaté une concentration de Projets et ONG  dans la périphérie, juste au niveau de la commune. A titre d’exemple pour une raison inexplicable personne ne veut intervenir à Bilma. Est-ce que la situation a évolué ?

C’est effectivement vraie, il y a deux ans de cela,  on peut dire que la quasi-totalité des activités  sont concentrées autour de la commune d’Agadez. Aujourd’hui, je peux  vous assurer que toutes ces actions  de développement concernent toute la région  d’Agadez sans exception. Nous savons très bien que le CICR  est à Bilma où il mène des activités, il y a l’OIM qui gère les refoulés de Libye, nous savons que le PAC travaille à Bilma. Aujourd’hui le projet COGERAT va étendre ses activités  sur les 15 communes  de la région.

A un  moment  donné, tous les projets et ONG ont  quitté la région .Qu’en est-il aujourd’hui ?

Nous savons que ces tâtonnements sont liés  à l’insécurité. Aujourd’hui, tout bailleur de fonds peut aller partout investir dans la région. En d’autres termes, cela veut dire qu’il n’y a pas de frein sur les actions de développement. Au moment fort  de l’insécurité, il n y a pas que Bilma, même au niveau  de la Commune, les bailleurs de fonds étaient devenus hésitants. Aujourd’hui, tous  sont de retour  grâce à la stabilité et mènent des actions d’investissement dans les zones à hauts risques telles : Tabelot, El Mecki, Tin’Touloust, Gougaram, Timia, Dabaga Iférouane.

Un problème se pose dans cette région : la plupart des projets et ONG ne déposent pas de bilan de leurs activités sachant bien que l’Etat, a un droit de regard sur les activités qu’ils mènent dans les entités administratives.

C’est exact. Aujourd’hui nous avons obligé  les intervenants  qu’ils soient ONG ou Projets à déposer un bilan  à la fin de leurs activités au niveau du gouvernorat. Le bilan est nécessaire pour toutes les ONG et Projets car, c’est à travers  le bilan que l’on peut savoir si ça marche  ou si ça ne marche pas. Ils doivent nous le  présenter conformément à leur TDR, car le gouvernement a  ses exigences. C’est pourquoi,  nous sommes  régulièrement sur le terrain.

A travers les missions que vous avez effectuées  dans la région, est ce qu’on peut dire qu’un climat de confiance règne entre les autorités d’Agadez et les partenaires au développement ?

Le climat de confiance  règne entre l’autorité  et les partenaires dans la région. Nous le confirmons. Et d’ailleurs,  cela a rassuré d’avantage  les populations, les agriculteurs, les éleveurs, les Projets, les ONG et les Associations.

Parlons du Programme d’urgence. Combien d’ONG ou Projets apportent leurs contributions de la région ?

Dans le cadre du Programme d’urgence  où  Programme de renaissance,  c’est surtout en 2012-2013, que  beaucoup d’ONG, sont en train de participer  au développement de la région, mais je peux vous citez  entre autres, celles qui régulièrement travaillent : l’ONG HED TAMET, Karkara par exemple, l’ONAT, GAGE, Takayat et bien d’autres qui sont en train de s’y mettre. Donc à travers la réussite, que nous avons constatée, il  y a l’intervention de l’Etat à travers, la cellule  de crise  alimentaire, la CCA qui est entrain de mettre beaucoup de moyens. La CCA  intervient à travers  des Cash Transfert, Food for Work , l’achat de  céréales et  la vente  de céréales à prix modéré, les récupérations des terres par des banquettes, les ‘’Bandes Pare-feux’’ et tout ceci entre  dans le cadre  du Programme d’urgence. En 2012, à travers le Cash Transfert, il y a eu la mise en place  au niveau de ces populations  de plus de 1 milliard 50 millions de FCFA  en Cash Transfert uniquement dans cette région, en particulier dans la Commune Urbaine d’Agadez  , et dans les communes  de Tabelot et Dabaga  à travers Mercy Corps, OXFAM, et PAM. C’est des sommes énormes  qui ont été injectés  dans cette région. On peut dire aujourd’hui que les « 3N » c’est bien partie, la preuve,  en allant sur le terrain que ce soit à Agadez commune, Dabaga, Tabelot, Iférouane, Timia, c’est des réalités  qui sont là. Le niveau de vie des populations s’est nettement amélioré.

La vente de l’or violet (l’oignon) est d’un apport économique appréciable dans  la région. Quelles dispositions avez-vous prises pour convaincre les partenaires à contribuer à la réorganisation des coopérateurs et la recherche des débouchés  pour l’écoulement de  leurs productions?

Aujourd’hui  le prix du sac d’oignon s’élève à plus de 30.000 FCFA  pour vous dire  que c’est des revenues appréciables pour l’économie régionale et nous encourageons ces populations à persévérer  dans la production. L’oignon d’Agadez se trouve sur les marchés Ghanéens, Ivoiriens, Burkinabés et Togolais. Il a dépassé le cadre  national,  parce que les producteurs  ont revalorisé la culture de l’or violet. Ces derniers temps, elles sont entrain de restructurer, renforcer les capacités de leurs coopératives, et des Unions etc. Tout ceci en encadrant  les paysans, pour maitriser  les marchés  et donner de la valeur  aux productions pour une action dynamique. L’Etat doit continuer  à appuyer ces populations.

Est –ce pour ces raisons que l’Etat va réaliser ce que l’on appelle la route de l’oignon ?

Exactement, c’est çà l’intérêt économique .La productivité évaluée , l’engagement de ces populations de l’Aïr qui se sont lancées dans la production , ont amené les plus hautes autorités de la République du Niger à construire cette route de 450km qui va désenclaver  les zones difficilement accessibles :Tabelot, Dabaga, Timia, Iférouane, et au-delà les villages riverains ;Tin’touloust, Zomo etc…Je crois que l’objectif , c’est çà l’apport de l’Etat, il faut  faciliter la commercialisation et l’écoulement des productions.

La CAIMA, intervient  à quel niveau en faveur des producteurs ?

Il faut encourager les activités de la CAIMA. Au tout début, cette institution  n’avait en tout  que 6 centres  de vente qui d’ailleurs n’étaient même pas officiellement reconnus. Aujourd’hui, la CAIMA a réussi à créer plus de 64 centres  de vente, pour se rapprocher d’avantage  des producteurs. Et ces intrants  sont vendus au prix à la base qui sont les mêmes dans toutes les régions afin de faciliter l’accessibilité  aux populations. Dans toutes les localités vous trouverez les intrants de la CAIMA. C’est une institution qui joue pleinement son rôle.

Quelles sont vos perspectives pour la région, notamment en ce qui concerne la mise en valeur des vastes plaines de l’Izhazer.

Il  faut que les ONG, Projets et associations se rassurent que la région d’Agadez renferme d’énormes potentialités  économiques dans le secteur agro-sylvo pastorale.  Déjà, nous avons  un certain nombre  de projets qui sont là.  Le Projet Irhazer  permettra  la  mise en valeur de 5000 ha  sur un financement AREVA .La première phase concernera la mise en valeur de 1000ha. Quand au Projet  COGERAT, il va étendre ses activités  sur les 15 communes. L’Etat à travers ses démembrements est en train de mettre un certain nombre de mécanismes pour soutenir  les producteurs, et résorber le chômage. Il y a le PASOC II, le PDEV II, HED TAMET  qui sont en train de mettre les jalons, pour appuyer nos producteurs. C’est dire combien l’avenir  est radieux. Les producteurs ont pris conscience du rôle qu’ils sont appelés à jouer. La mise en application totale  du Programme  de Renaissance 2013-2015 va rendre les actions de développement plus réelles  dans la région d’Agadez.

Réalisée par Abdoulaye Harouna

13 février 2013
publié le 13 février 2013
Source : Sahel

Dernière modification le mercredi, 13 février 2013 12:11

Interview