mercredi, 27 février 2013 09:08

Entretien avec M. Paul Giniès, Directeur général de l’Institut International d’Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement (2iE) de Ouagadougou

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Paul GiniesMonsieur le DG, pouvez-vous nous présenter l’Institut International d’Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement (2iE) ?
Cet institut a une longue histoire puisqu’il est né il y a un peu plus de 40 ans et regroupait des écoles régionales construites sur le modèle d’un développement durable, qui comprenait des écoles des Mines comme l’EMIG de Niamey ; des écoles du développement rural comme celle de Ouagadougou; ou de textiles comme à Bamako. Toutes ces écoles-là ont accompli un bon travail.

 

«On peut se former à Ouagadougou et obtenir des diplômes ayant la même valeur que si on avait étudié en Europe ou en Amérique du Nord»

L’idée des pères fondateurs était de former des ressources humaines pour les Fonctions Publiques dans les nouveaux Etats. Cela a bien fonctionné  jusque dans les années 1990. Et ensuite, dans la plupart de ces écoles, on a continué à produire des ressources humaines qui partaient dans le secteur privé, mais sur un modèle de fonctionnarisation. Pour l’essentiel, ces écoles ont connu des fortunes diverses, souvent dans la contribution des Etats ou dans les différents systèmes en place. Certaines écoles ont disparu au fil des années, contrairement à d’autres  comme l’Ecole des Mines, de l’Industrie et de la Géologie du Niger (EMIG) parce que l’Etat nigérien a pris ses responsabilités pour assurer son fonctionnement. Certaines, parmi ces écoles, n’arrivent  pas à s’adapter et il a fallu faire un grand effort, en 2004, pour passer d’un système de financement public à un système d’association internationale, sans but lucratif, d’utilité publique et qui est amené  à  couvrir ses frais de fonctionnement au moyen de ses propres ressources.

L’Institut International d’Ingénierie, de l’Eau et de l’Environnement (2iE) de Ouagadougou est là pour rendre service aux Etats. Il forme des Bachelors (Bac +3); des étudiants en Master (Bac +5) et en Doctorat (Bac+8). Donc, notre institut dispose de tous les niveaux de formation du  système international de formation universitaire. Et l’avantage de notre système, c’est qu’il permet à un étudiant diplômé de l’institut de travailler aussi bien dans le monde francophone qu’anglophone, parce que nos diplômes d’ingénieur sont les seuls reconnus au niveau international ; ils sont  accrédités en Europe et le seront très prochainement aux Etats-Unis. Vous voyez donc qu’avec l’Institut International d’Ingénierie, de l’Eau et de l’Environnement (2iE) de Ouagadougou, la nécessité de quitter le Continent pour des besoins de formation ne se pose pas, car on peut bien se former à Ouagadougou et avoir des diplômes ayant la même valeur que ceux qu’on obtient en Europe ou en Amérique du Nord.

Quelles sont aujourd’hui, Monsieur le directeur général, les filières de formation proposées par cet institut ?

L’Institut International d’Ingénierie, de l’Eau et de l’Environnement (2iE) est un institut international d’enseignement supérieur et de recherche, spécialisé dans les domaines de l’Eau et l’Assainissement; l’Environnement ; l’Energie et l’Electricité  ; le Génie civil ; les Mines et les Sciences managériales. Les enseignements sont dispensés en Français et en Anglais. Il forme des ingénieurs-entrepreneurs hautement qualifiés, capables de répondre aux enjeux du monde de demain. Lieu de dialogue et d’ouverture, 2iE est profondément attaché  à la diversité culturelle et à la mixité sociale. On y accueille aujourd’hui des étudiants de vingt huit (28) nationalités et des enseignants de 25 nationalités. C’est dire que cette école est un modèle d’intégration africaine. Elle est construite à Ouagadougou avec le support de pays comme le vôtre, le Niger, qui est extrêmement actif. Nous avons actuellement 109 Nigériens en formation dans cet institut, et nous sommes là pour voir dans quelle mesure nous pourrons accompagner le Ministère en charge de l’Enseignement Supérieur, et aussi des sociétés comme la SOMAIR, la SONICHAR, la NIGELEC, etc., afin de pourvoir à la formation des ressources humaines dont ils ont besoin pour le développement de leurs secteurs d’activité.

Quel est l’apport de vos filières d’enseignement, relativement aux objectifs de développement de la sous- région Ouest africaine ?

Si vous regardez aujourd’hui l’Afrique, avec ses 5% de croissance, sa population composée de 30 millions de jeunes ayant l’âge de chercher du travail et dont les 2/3 ont moins de 25 ans, vous conviendrez avec moi qu’il faut de l’eau, un système d’assainissement et de l’électricité, surtout que les questions énergétiques sont cruciales dans un pays comme le Niger. Si les besoins primaires de la population  sont satisfaits, cela veut dire que le pays a fait un bon travail. Et nous formons des étudiants qui savent agir dans ces secteurs-là, car au-delà de la formation théorique, il y a aussi la formation sur le terrain. Ainsi, du côté de la construction, en Génie Civil et Mines, nous travaillons des matériaux pour en faire des poubelles. Nous avons aussi la capacité de convertir un problème en opportunité. En effet, la plate-forme de Ouagadougou sert de support pour que les gens puissent apporter des solutions dans leurs propres pays. Cependant, la difficulté des plates-formes d’ingénierie, c’est qu’elles nécessitent des  investissements, beaucoup d’argent, parce qu’il faut construire des laboratoires et les équiper. Mais notre institut offre des opportunités énormes pour l’Afrique de l’Ouest, et la jeunesse est un atout considérable pour cette Afrique, à condition qu’on lui donne une formation afin de trouver  des emplois ou de créer des entreprises susceptibles d’accroître l’économie du Continent. Quand on regarde la force de travail dans le monde, on peut affirmer que l’Afrique,  dans les 10 prochaines années, sera la première force de travail mondiale.

Monsieur le directeur général, pouvez-vous nous préciser exactement l’objet de votre mission à Niamey ?

L’objet de notre visite à Niamey est triple. Dans un premier temps, il s’agit pour nous de nous entretenir avec les pouvoirs publics. Je rappelle que la dernière fois, le ministre nigérien des Enseignements  Moyen et Supérieur, et de la Recherche Scientifique était venu à Ouagadougou lors de la remise des diplômes. Je dois donc faire le point avec lui sur les étudiants boursiers,  les flux des étudiants, et aussi lui rendre compte des résultats des étudiants en matière de finances. Bref, c’est tout un dossier qui est établi dans ce sens. Il est donc tout à fait normal de venir rendre compte aux autorités avec lesquelles nous travaillons, et ensuite les écouter pour voir comment nous pourrons améliorer la section et l’accueil des étudiants nigériens. L’autre but, c’est de voir comment, avec les entreprises, notamment celles qui sont au cœur des grands effectifs en termes de recrutement, on peut améliorer l’adéquation formation/emploi. Il s’agit de faire en sorte que les étudiants soient formés au Niger, je veux parler de la formation continue, ou bien à  Ouagadougou quand cela est nécessaire, et aussi s’assurer que ceux qui sont formés dans cet institut reviennent travailler au Niger. En outre, nous voulons faire comprendre que  l’avantage de l’Institut International d’Ingénierie, de l’Eau et de l’Environnement (2iE) de Ouagadougou, c’est qu’il propose deux choses : 95% des étudiants sortis de 2iE trouvent un emploi dans les six (6) après l’obtention de leurs diplômes ; 98% d’entre eux restent travailler en Afrique.

Le troisième objectif est de voir comment on peut accompagner le Niger sur la nouvelle économie, c’est-à-dire la croissance verte. Pour ce faire, nous travaillons déjà avec la SONICHAR afin de produire des matériaux innovants. Nous discutons avec d’autres sociétés en ce qui concerne le solaire et les énergies renouvelables, en vue de montrer comment notre ingénierie pourrait être mise à  disposition, à travers nos étudiants. A titre illustratif, nous avons actuellement un étudiant à la SONICHAR dans le cadre de son sujet de mémoire qui  porte justement sur la résolution d’un problème d’ingénierie.

Dans le cadre de la formation,  est-ce que l’Institut International d’Ingénierie, de l’Eau et de l’Environnement (2iE) entretient des relations avec des écoles de la sous-région?

On travaille avec l’Ecole des Mines de la Mauritanie; l’Université Abdou Moumouni de Niamey avec laquelle nous avons des échanges permanents, notamment dans des domaines comme l’agronomie ou toutes les autres filières en relation avec nos matières d’enseignement; nous travaillons également avec l’Université des Sciences et Technologies d’Abuja; les universités de l’Afrique de Sud, de la Tanzanie et de Koumassi au Ghana. Bref, c’est un véritable réseau. Il nous faut discuter avec les sociétés et entreprises pour savoir leurs besoins en matière de ressources humaines. Nous faisons appel à toutes compétences dans le cadre de la qualité des enseignements dispensés à 2iE. Ce qui fait qu’à la fin, nous avons des étudiants immédiatement opérationnels dans le domaine de l’emploi, comme en témoignent d’ailleurs les chiffres avancés plus haut.

Réalisée par Hassane Daouda

27 février 2013
publié le 27 février 2013
Source : Sahel

Dernière modification le mercredi, 27 février 2013 12:48

Interview